09/28/2023
4AM J'ai passé toute la nuit, ainsi que celles des dernières semaines, à jouer à la chaise musicale avec le lit, le divan et le lazyboy afin de trouver une position confortable. Impossible. Absolument tout me fait mal. J'ai tellement hâte de sentir ces contractions tant parlé. Tellement hâte de rencontrer ma cocotte. Depuis deux semaines je suis en latence. 4cm et 80% depuis plus de 7 jours. Mais la douleur de mes contractions est gérable et elles ne sont aucunement régulières. À noter que j'ai fait le choix d'avoir des décollements de membranes (stripping). J'en ai fais trois durant les 10 derniers jours.Et je crois que c'est ce qui en entraîné cette latence siiiiiiiii longue. Mais j'étais informé, j'ai fait le choix éclairé de le faire quand même. C'était le risque.
Le matin du 17 mai 2023, à 4am, enfin une contraction me réveille. Ouch. Je me lève et va rejoindre mon amoureux dans notre lit, je veux de la proximité, du réconfort. Je souhaite de tout mon âme que ce soit le commencement, enfin. Pendant les 20 prochaines minutes, je reste dans le lit à essayer de me rendormir et faire comme si elles n'existaient pas. Mais impossible. Je me dirige donc me faire couler un bain pour voir s'il cela va avoir un effet. Si c'est bien le travail* qui est commencé, l'eau chaude du bain ne les calmera pas. En fait, il y a une forte chance qu'elles s'amplifient. C'est ce qu'on veux.
Je me fais couler un bain, me détend et j'attends. Je respire. J'écoute de silence du petit matin. En l'espace de 45 minutes, mes contractions s'intensifient et sont maintenant aux 3 minutes. Ça y est. Je crois que ça y est!
Je réveille doucement mon amoureux en lui disant d'avertir son père qu'il ne travaillera pas aujourd'hui. C'est le grand jour. Je le sais. Je le sens. Le vortex est commencé. Il se lève, finalise la valise, fait la vaisselle, plie la lavage, me prépare à déjeuner et passe la balayeuse. Il le sait. Je veux une maison propre pour notre retour. Je n'ai besoin de rien dire. Nous nous sommes préparé pour ce moment depuis de longues semaines. Nous sommes fébriles.
6AM Je suis sur notre lit. J'avais besoin de confort. Les contractions se sont intensifiées et sont environ aux 2-3 minutes.. Marc décide d'appeler notre Doula car il croit que c'est le moment de se rendre à l'hôpital. Malgré l'intensité des contractions, je refuse d'y croire. Ça fait seulement 2 heures... J'avais prévu passer la journée chez moi à valser avec mes contractions. Mariepier demande à me parler au bout du fils, hésitant Marc me l'a passe."Ahhhooohhh". J'émets des sons graves pour traverser cette nouvelle vague. "OK on se rejoint à l'hôpital" dit-elle.
6H50AM Le plus long 25 minutes de route de ma vie. En chemin, les contractions se sont intensifiées, et je crois que les nids de poule de la 132 y sont pour quelque chose.
J'ai peur. J'ai peur de n'être qu'à 4cm encore et de devoir faire mon travail dans une chambre d'hôpital. Ou pire. J'ai peur de devoir retourner à la maison et de refaire cette route. Je voulais le confort de ma maison. Je voulais y rester le plus longtemps possible. Mais l'intensité ne ment pas. Je crois qu'on a pris la bonne décision.
Arrivé à l'hôpital, je marche lentement pour me rendre en obstétrique. J'ai mal, mais je respire et ça va bien. Je m'imaginais arriver à l'hôpital en hurlant, mais non. Je jase et je ris au travers de mes contractions. En entrant dans l'hôpital, je passe tout droit à la zone des désinfectage des mains. Je vais accoucher, j'ai mal, pas de temps à perdre. J'entends Marc derrière moi qui se dépêche à suivre le protocole. Je l'attends dans l'ascenseur qui nous mène au 2e étage. Il arrive... avec le 1litre de Purel entre les mains. Tellement nerveux, il était parti avec la bouteille Hahaha! On arrive à l'étage, on rit encore. L'infirmière qui est là nous demande si c'est notre premier enfant. On répond que oui, mais les contractions sont aux 2 minutes et assez intenses. Elle nous fait un sourire et dit : ah on a le temps!
Direction salle d'examen. À peine entré, alors que j'ai une contraction je lui mentionne que ça pousse... dans mon a**s ! Son visage change. Je sais ce que ça veux dire & elle aussi. Ça va plus vite qu'elle pensait... Bébé arrive bientôt.
7h10AM Nous traversons immédiatement dans notre salle pour le séjour. Là où je suis supposé faire le travail qu'il restera avant la poussée. Je me couche sur le dos pour que l'infirmière m'examine. Je suis à 7cm. Les larmes me montent aux yeux, mon intuition était bonne.
Je me lève rapidement car je sens la prochaine contraction arriver. Je m'appuie sur le bord du lit, Marc me fait un point de pression sur les reins et POUF je perds mes eaux. Comme une balloune qui éclate... sur les pieds à Marc. Et ça coule beaucoup ! Je ressens immédiatement un soulagement, mais qui est malheureusement de courte durée. L'infirmière revient, Marc l'informe de ce qui vient de ce produire et elle répond: "Oh! On change de salle." Nous traversons donc dans la salle d'accouchement, là où je mettrais ma fille au monde moins de 3 heures plus t**d.
Depuis que nous sommes arrivé à l'hôpital, Marc tient informé notre doula du déroulement. Ça va vite et on craint qu'elle n'arrive pas à temps.
Un fois dans la salle d'accouchement, je tente de trouver la position la plus "confortable". Marc me rappelle de boire et d'essayer d'uriner. Mais la douleur est trop intense et la position assise n'est clairement pas la bonne pour moi à ce moment. Je m'appuie les avant-bras sur le bord du lit et Marc me masse le dos avec la paume de sa main, de haut en bas, vigoureusement. Dans notre préparation, nous avions vu différents points de pression, mais étrangement, sur le moment, c'est ce qui fait du bien. Et c'est parfait comme cela, on s'adapte. Ça pousse de plus en plus et bientôt, c'est une évidence. C'est imminent. C'est le temps de pousser.
Le médecin arrive quelques minutes plus t**d et vérifie si je suis "complète". Je sais très bien que je le suis, car la sensation de poussée est trop présente. Elle me confirme que je suis à 9,5cm, mais que si je sens que ça pousse, je pousse. Sincèrement, à ce moment, à moins que mon bébé soit en danger, même si elle m'avait dit d'attendre d'être à 10cm, je ne l'aurais pas fait. Le corps sait ce qu'il fait et le mien a déjà commencé sa marée. La sensation change, les contractions montent et descendent comme des vagues. C'est beau, fort et inévitable.
Je suis encore debout, les avant-bras sur le lit, me balançant de droit à gauche, laissant la marée m'envahir. J'émets des sons graves pour traverser ces vagues. Commençant à pousser un peu, puis, de plus en plus. Je décide de changer de position et d'aller à 4pattes sur le lit, appuyé sur un oreillé de corps. Je sais à quel point le mouvement est important et changer de position peut être une bonne idée.
Et c'est à ce moment que Mariepier arrive. Je suis soulagé. Je ne la vois pas, mais je sais qu'elle est là, dans sa présence presque silencieuse. Une infirmière me propose de changer de position et d'essayer sur le côté. J'essaie, mais je me rend vite compte que j'ai besoin d'aide de la gravité. La dernière chose que je veux c'est que ça stagne et cette position m'empêche de bouger. Je suis donc rapidement de retour à 4pattes sur le lit, appuyé sur un ballon pour me balancer, peigne d'acupression dans une main. Marc m'encourage à l'oreille:" Tu es forte, je suis fier de toi." Nos regards se croisent. Il a les yeux plein d'eau. C'est beau.
Soudainement, la poussée réflexe arrive. Je ne contrôle plus la force de mes poussées. Mon corps pousse pour moi, dans une puissance qui me déstabilise. Ça m'envahit complètement. C'est trop. À ce moment, je tente de les retenir, je souffre, je hurle. Encore aujourd'hui, je peine à mettre les mots sur cette puissance.
"On parle beaucoup de la gestion de la douleur des contractions. On m'avait parlé d'un soulagement lorsque nous pouvons enfin pousser. Comme chaque accouchement est unique, dans mon cas, ça été tout le contraire. J'étais préparé à gérer la douleur des contractions, mais la douleur de la poussée m'a complètement prise au dépourvu. J'étais sous le choc. Il était où ce soulagement? J'avais mal comme jamais."
Je me tourne vers Mariepier, et lui dit " ça marche pas marie, je serais pas capable. Ça fait trop mal. Faite quelque chose." J'étais dans mon sommet. Je croyais mourir. Je demande au médecin de faire quelque chose. Elle me répond qu'elle ne peut rien faire à ce stade. On voit les cheveux. Mariepier me propose de lui toucher la tête. C'est à ce moment que j'ai mon premier contact avec ma fille.
Il y a une différence entre la douleur et la souffrance. Tout est une question de "mindset". À ce moment, entre mes contractions, durant mes pauses, j'angoissais sur celle qui venait de passer et encore plus sur celle qui s'en venait. J'étais dans un état de souffrance. Je voulais que tout s'arrête. Je ne raisonnais plus dutout. J'oubliais tout ce que j'avais appris.
C'est à ce moment que Mariepier posa les mots que j'avais besoin d'entendre : Tu le fais Vanessa. TU ES DANS TON SOMMET. Tu as des pauses entre tes contractions. Profite-en et respire." Révélation. Le sommet. On en a tant parlé. Je l'avais presque oublié. Je ne meurt pas. C'est normal & surtout c'est presque terminé. Elle arrive ma cocotte. Elle a raison. J'ai des pauses. Je dois me calmer. Je respire. Je prends des grandes respirations. Je suis capable. J'ai toute la force en moi pour réussir. Si j'ai survécu aux dernières contractions, je peux survivre aux suivantes. Je dois simplement me recentrer et respirer. Personne d'autre ne peut le faire pour moi. C'est moi, mon mental, mon corps et ma cocotte.
À ce moment, ça fait environ 45 minutes que je suis en couronnement, je suis épuisé. Je hurle, car ça brule et je me sens déchirer. Je sens sa tête entrer et sortir à chaques contractions, se créant un passage petit à petit, préparant mon périné pour la grande traversée. Mais j'en ai assez. Je veux qu'elle sorte. Je suis toujours à 4 pattes lorsque je sens une contraction arriver... cette fois-ci je pousse avec mon corps. Je ne le retiens pas. Je travaille avec lui. Une atroce douleur me traverse, puis un énorme soulagement. Soudain, je réalise que j'ai ma fille dans mes bras. Ça me prend quelques secondes me recentrer. Elle a est là. Elle ne pleure pas tout de suite, mais elle ouvre les yeux et fait un "Ohhhhhhh". Elle se mets ensuite à pleurer et le plus grand des soulagement m'envahit. Le 17 mai 2023, à 9h49am, j'ai attrapé ma fille à 4pattes. Comme j'avais tant visualisé durant ma préparation. Je la colle contre moi. On l'a fait. On y est arrivé. Je suis si fière d'elle et si fière de moi. Je me couche sur le dos pour mieux l'admirer. Je pleure. Marc se penche sur nous en émerveillement total. Notre fille est enfin avec nous. Après 3 ans d'attente, elle est là. 💫