04/16/2026
Le patriarcat ou l'obsolescence programmée... de nos ovules.
Depuis que le monde est monde la fertilité est une histoire attribuée aux femmes. Entre religions, cultures et déshonneur, la femme est toujours sous les projecteurs. La société prend un malin plaisir à la scruter dans son intimité inaccessible. La femme sait depuis sa naissance que son temps est compté, que ses ovules se périment. Et cela se ressent dans toute notre société. Combien de femmes que j'accompagnes sont prises à différents niveaux avec leur fertilité. La peur de tomber enceinte, de ne pas tomber enceinte. D'être célibataire passé 30 ans, la peur de l'avortement. La dualité entre un choix de carrière et la vie de femme féconde. Cette charge émotionnelle nous est transmise comme une évidence unilatérale.
Et pourtant la fertilité concerne autant les hommes que les femmes. 1 couple sur 6, rencontre des difficultés à concevoir. Et encore aujourd'hui quel tabou caricatural.
L'homme ou la société véhicule le temps qui passe comme un accessoire et toute forme de proactivité comme une pression, alors que la femme est dans l'urgence de se positionner, choisir, renoncer... Quelle injustice!
J'accompagne des femmes depuis longtemps sur leur parcours en fertilité et très régulièrement elles vivent de l'incompréhension ou de la minimisation. Leur compagnon sont plus détachés, moins pressés, et les institutions de fertilité mettent toujours en place des protocoles longs avant la prise en charge. Pour la femme cela est souvent vécu comme une course contre la montre. Ce temps qui passe et qui ne reviendra pas.
Pour l'homme une aisance à prendre son temps, une puissance qui peut être vécue comme une maltraitance pour la femme, qui en fonction de sa situation doit s'ajuster. (Contraception, observations, hypervigilance).
C'est là que le patriarcat claque ! Les hommes dans l'inconscient collectif ont tout leur temps, la femme elle, maison du mystère, subit chaque mois les frasques de la pérénité de l'espèce.
Il est nécessaire d'oser parler à nos conjoints de cette injustice vécue comme un lourd fardeau. Parce que le problème du patriarcat c'est son aspect insidieux qui s'immisce dans toutes les sphères sans préambule. L'état permanent immuable de ce qui est. Cela fait froid dans le dos...
Lorsque l'on reconnaît que c'est un problème systémique, cela permet à la femme de prendre le recul qui ne lui est pas disponible quand on n'analyse pas sociologiquement nos sociétés.
Être impatiente, compter, décompter, projeter, sentir de la pression, avoir l'esprit occupé c'est autant de parasites qui nous empêchent de performer au travail, avec nos enfants (le parcours en fertilité concerne beaucoup de femmes déjà mères), en société. Cela crée de la distance, une solitude muette.
Quand la nature et la culture font front pour nous inciter à performer, nous perdons l'essence du soi. Ce temps qui passe est un deuil d'impuissance, mais, une société qui modifie ses perceptions une obligation.
La fatalité est une histoire collective qu'il est possible de désamorcer quand tous se sentent concernés. Après tout, la pérénité de l'espèce est l'affaire de tous.
La femme n'est qu'un maillon d'une chaîne soutenante qui sait prendre soin. Soyons solidaires, soyons équitables ❤️