05/04/2026
Le sanctuaire du Cercle
Il y a quelques semaines, une chercheuse me demande de remplir un questionnaire sur les lieux spirituels. La question était simple : lister par ordre d'importance des lieux que je considère comme spirituels. Je me suis retrouvée devant ce tableau à remplir et j'avais littéralement un blanc. Aucune idée quoi mettre dans cette liste. Si elle m'avait demandé une liste de lieux religieux ou même sacrés, j'aurais pu en remplir des pages entières probablement, mais des lieux spirituels ? C'est quoi un lieu spirituel tout d'abord... je dois d'abord clarifier cela.
Un lieu spirituel pour moi est un espace dans lequel je peux me connecter au plus grand, à mon moi supérieur, à l'univers et très franchement, à premier abord, ce ne sont pas des lieux physiques qui me viennent en tête, mais plutôt des espaces symboliques. Pourquoi faire cette différenciation ? Parce qu'un lieu physique n'est pas grand-chose juste par ses murs ou sa construction ; ce qui le rend spécial et propice au recueillement – à mon humble avis – c'est l'intention avec laquelle il est conçu ou utilisé et l'énergie que l'on y amène encore et encore, seul ou en groupe.
La première réponse qui me vient – un peu comme une évidence – ne correspond effectivement pas à un lieu tangible, mais plutôt à un espace intérieur, une conscience qui me permet de ressentir mon Être spirituel. J'appelle cet espace mon Temple intérieur, que je ressens comme un espace de silence en moi. Sans mon Temple intérieur, je ne ressentirais aucunement le besoin de me retrouver dans des lieux spirituels tangibles. Bien que, inversement, ces lieux physiques dits spirituels pourraient peut-être bien éveiller mon Temple intérieur de par leur énergie, si toutefois, pour une raison ou une autre, j'en perdais l'accès.
Un de ces lieux qui éveillent très certainement cet état en moi est tout simplement la nature, que je considère comme le Temple premier. En immersion dans la forêt, je me sens en lien avec la terre et le ciel, comme les arbres qui sont profondément enracinés et s'élèvent vers le ciel. Je mentionne la forêt en premier, car ma connexion avec elle est privilégiée, je ressens avec les arbres une symbiose très particulière, mais la montagne, le lac ou bien d’autres lieux naturels à travers le monde éveillent tout aussi bien cette sensation d'appartenance à un grand tout en moi.
Ayant ainsi rempli les deux premières lignes du tableau – sans encore avoir cité une seule pierre ou édifice sacré – je ne peux m'empêcher d'y ajouter un autre espace symbolique qui pour moi se positionne forcément avant les monuments : il s'agit du Cercle. Je crois même que le Cercle est la forme la plus puissante de lieu spirituel pour moi.
De par sa forme déjà, le cercle amène l'énergie de l'unité et il a certainement été utilisé depuis des millénaires comme Temple sacré, même sans en tracer forcément la forme de manière physique, mais simplement en se retrouvant en cercle entre humains pour partager un moment de connexion. Que ce soit la connexion à soi, aux autres ou au plus vaste, tant que l'intention est partagée par tous les convives, l'espace sacré et spirituel est fort. Autour du feu par exemple, depuis la nuit des temps, les êtres humains se sont retrouvés à partager des rituels, à raconter des histoires, à se réunir en tribu. La puissance énergétique du cercle est amplifiée par la qualité de présence des personnes présentes et peut encore être amplifiée par la force d'un lieu physique.
J'ai expérimenté à maintes reprises que le Cercle m'aidait à me ramener dans mon centre. Parfois en toute solitude en le traçant simplement au sol – virtuellement ou physiquement – et plus souvent encore avec d'autres personnes en nous réunissant avec une intention commune. Même si c'est une réunion éphémère avec des gens que l'on ne connaît pas forcément, tant que l'intention qui nous réunit est la connexion, la tribu prend forme dans le cercle et chaque personne en devient une cellule intrinsèque et importante. Lorsque le cercle se défait, la tribu du moment s'éparpille, mais chacun emporte un peu de cette énergie du lien qui nous a réunis pour un temps, une énergie qui nourrit l’Être en profondeur.
Depuis plusieurs années maintenant que je suis plongée dans la philosophie celtique de nos ancêtres, et bien sûr dans des pratiques en conscience de toutes sortes depuis ma jeunesse, la sacralité du cercle devient de plus en plus évidente pour moi et me sert de refuge au quotidien lorsque le monde extérieur devient trop envahissant. Dans de nombreuses réunions, retraites, sessions, stages, nous utilisons le cercle pour créer des espaces sacrés, des espaces-temps hors du temps qui nous permettent de nous régénérer, de vivre quelques heures ou quelques jours au sein d'un sanctuaire qui contient et protège notre vulnérabilité et nous permet ainsi de nous ouvrir à la connexion à soi, aux autres et au plus grand en toute sécurité. Il va sans dire que sous cette forme le cercle rappelle la matrice, symbole maternel et nourricier.
Le Cercle, pour qu'il ait cette qualité de contenant protecteur, a besoin d'être tenu avec une intention pure. Souvent c'est une personne ou un groupe de personnes qui tiennent cette intention et les participants s'y ajoutent en s'alignant à l'intention de départ et en augmentent ainsi l'énergie et la puissance, tout en y amenant leurs propres dons et attributs, ce qui rend le Cercle riche de diversité et de facettes.
Récemment, lors d'une de ces réunions, qui était justement organisée pour créer du lien entre les intervenants d'un festival qui aura lieu cet été, le Soulstice Fest, j'ai ressenti à nouveau la force du Cercle qui permet aux acteurs d'un évènement de se sentir les maillons d'une même chaîne – chacun valorisé par ce qu'il ou elle est – et ainsi d'y contribuer avec plus d'entrain, se sentant faire partie d'un tout.
Une expérience bien plus intime et privée était une cérémonie que j’ai faite seule dans la forêt pour célébrer mon entrée dans l’ordre des bardes, ovates et druides. Un simple cercle tracé au sol par des branchages et des feuilles mortes, une bougie et les arbres en témoins ont donné lieu à un moment unique et émotionnel que je n’oublierai jamais. Ce qui a fait de ce rituel ultra simple un moment de connexion profond et spirituel était sans doute la symbiose entre l'intention pure, les prières, le geste symbolique de tracer le cercle et le fait de vivre ce moment en présence totale à ce qui est.
Bien sûr que les lieux sacrés physiques ont leur importance – ils sont d'ailleurs souvent construits autour de la géométrie du cercle – mais je me rends compte, à ce stade de ma vie, que ce qui m'importe plus que les pierres, ce sont les Temples intangibles qui se manifestent par notre présence et notre intention, que ce soit de moi à moi ou créé par la synergie d'un groupe. Et cela ne m'empêche pas d'avoir sur ma bucket list quelques lieux que j'aimerais un jour visiter physiquement, comme Stonehenge ou les Pyramides d'Égypte.