02/02/2026
*Texte : La MÈRE, la plaie au cœur de la discorde familiale*
Qu’est-ce qui noue une famille, et qu’est-ce qui la tient debout quand les vents se lèvent ?
Ce n’est ni l’abondance des biens, ni la force des noms, ni même l’autorité du père. Le nœud et le liant, c’est la mère. Celle qui est censée veiller à la cohésion invisible de la maison, à la juste coordination des places et des liens.
La mère est gardienne du feu intérieur.
Elle est celle qui maintient la flamme allumée lorsque les voix se taisent et que les murs n’abritent plus que des silences. Dans l’ordre symbolique, elle est la calebasse sacrée, dépositaire du feu ardent des ancêtres. Ce feu ne lui appartient pas. Il lui est confié pour être transmis, protégé, maintenu vivant sans être accaparé.
Lorsque le père faillit, lorsque le Lion chute ou s’égare, la famille peut encore tenir. La blessure est visible, le choc est frontal. Mais lorsque la mère se trompe, lorsqu’elle s’égare dans sa mission, la fracture devient souterraine. Elle ne crie pas. Elle s’installe. Elle se diffuse.
La mère est la Lune.
Elle veille dans la nuit, reçoit le Soleil lorsqu’il descend de son trône pour se reposer à ses pieds. Autour d’elle gravitent les étoiles : les enfants, les lignages à venir, cherchant conseil, orientation, protection. De sa lumière dépend la trajectoire de chacun.
Mais toutes les lunes n’éclairent pas.
Certaines ne font que réfléchir une clarté trompeuse.
Aujourd’hui, trop de mères portent des calebasses vides. La forme est là, intacte, respectée. Mais le feu s’est éteint. Elles donnent l’apparence de la fonction sans en porter la substance. Elles laissent croire à une présence là où il n’y a plus qu’un rôle joué.
Alors la transmission se pervertit.
Au lieu d’engendrer la cohésion, elle sème la discorde. Au lieu de produire des héritiers enracinés, elle fabrique des enfants livrés à eux-mêmes, des aînés sans retenue, des lignages minés par la rivalité et la prédation.
Si la famille est aujourd’hui divisée en son sein, ce n’est pas par hasard.
C’est parce que le feu central a vacillé. Parce que la mère — volontairement ou non — n’a plus assuré la garde du foyer symbolique. Là où elle aurait dû contenir, elle a laissé dériver. Là où elle aurait dû transmettre avec justesse, elle a laissé s’installer la confusion.
La discorde n’est pas née d’un jour.
Elle est le fruit d’un feu mal gardé.
Et tant que cette défaillance ne sera pas reconnue pour ce qu’elle est — non comme une faute morale, mais comme une rupture symbolique — la famille continuera de se déchirer autour d’un centre devenu creux, cherchant dans les cendres ce qui aurait dû rester vivant.
Ngoumela Fondji - NDI SI