05/04/2026
J'ai vendu les croquettes....
Je ne publie jamais ce genre de choses. Mais hier soir, en rangeant de vieilles affaires, je suis retombée sur quelque chose qui m'a bouleversée: un flyer avec une police hasardeuse et un vieux numéro camerounais.
« Les Amuse-gueules de Josie: Croquettes » en dés, billes, bâtonnets, semi-bâtonnets, nœuds…etc. Croquettes » aux arômes de fruits : citron, orange, vanille, ananas…etc. L’idéal pour vos réceptions, goûters d’enfants, anniversaires, cocktails, mariages, Baptêmes, et célébrations diverses. » (regarde en commentaires)
C'est une confidence que je te fait ce matin. J'ai vendu les croquettes.
Yaoundé, 2009. Des mois que j'avais obtenu ma licence en biochimie à l'Université de Yaoundé I. Le besoin d'autonomie financière s'était fait sentir plus violemment , c'est ainsi que je décidais de mettre pause aux études pour avoir d'abord un gagne pain.
J'avais déposé des dossiers déposés dans plusieurs entreprises que je ne me permettrai pas de nommer. Et celles en lien avec ma qualification et celles qui n'avaient rien avoir avec: quand on cherche un emploi en Afrique on ne trie pas, "ce qui vient tu fais d'abord" était la devise. Avec quelques concours d'entrée tenté qui n'avaient pas abouti. Financièrement c'était chaud. N'allant plus à l'université il n'y avait plus d'argent de taxi, d'argent de goûter.... que les parents donnaient: ces petits prétextes qui en tant qu'étudiantes te permet de jongler et couvrir des besoins minimum.
Les semaines passaient. Les mois passaient. Rien.
Je vivais encore chez mes parents. Le toit et le repas, c'était assuré. Mais au-delà de ça , les petites dépenses du quotidien, c'était vraiment chaud.Cette période a duré plusieurs mois , mais le ressenti donnait une impression d' éternité.
C'est l'une des périodes de ma vie ou j'ai été très triste, pessimiste car je ne voyais pas d'issue. Mon avenir semblait nuagueux, sans direction. Même Dieu que j'invoquais nuit et jour semblait être aux abonnés absents, pourtant je faisais la messe tous les jours, j'essayais de vivre en état de grâce, les neuvaines à St Joseph, Marie qui défait les noeuds... étaient mon quotidien. Même jusque là, rien.
Et puis fatiguée d'attendre, épuisée d'espérer un travail à la hauteur de mes attentes et ambitions, sous la suggestion d'un prêtre, j'ai pris à contrecoeur une décision difficile, une décision honteuse (à mes yeux à ce moment), une décision qui avait toutes les allures d'un échec cuisant.
J'allais vendre les croquettes en attendant...
Une décision que je n'aurais jamais imaginé prendre si l'on m'avait questionné à ce sujet 2 ou 3 années plus tôt.
Je me souviens que lorsqu'un prêtre à qui je présentais ma situation m'avait suggéré de commencer par là en attendant, j'avais crié intérieurement: " une licenciée en biochimie vendre les croquettes"? jamais! Donc tout l'école là pour vendre les croquettes???? avais -je hurlé intérieurement en l'écoutant m'orienter sur ce chemin. Par respect pour lui je n'avais pas fait de commentaires, si ce n'est : J'ai compris mon Père....
Il faut savoir qu'en rejoignant la filière biochimie après mon baccalauréat, mon objectif était clair: soit réussir le concours d'entrée à l'école de médecine CUSS, soit devenir docteur en Biochimie. Il n' yavait de demi mesure dans mon esprit à cette époque , matrajectoire était mentalement bien tracée.
Sauf que rien ni personne ne m'avait préparer à la réalité du terrain.
Alors un matin, fatiguée d'attendre, d'espérer et de toujours tendre la main, j'ai emprunté le capital aux parents et j'ai commencé à faire les croquettes.
Je me souviendrais toujours de cette voix moqueuse qui a longtemps sonné dans ma tête: depuis le ptérissage de la pâte, la friture, l'emballage...
"wou -hou-hou, vendeuse de croquettes!", "tes égaux sont dans les laboratoires, dans les bureaux, toi tu es encore dans la cuisine de tes parents pour faire quoi? les croquettes! hé-hééé". " Toute une licence en poche pour finir ainsi... Mieux les filles du quartier qui vendent les beignets. Elles au moins, elles n'ont pas perdu leur temps sur les bancs..."
Cette voie n'en finissait pas de me démolir intrieurement... mais je continuais. J'avais touché le fond.
J'offrais une bouteille symbolique à celui qui m'avait suggéré l'idée puis le reste , emballé en sachets de 100-100 frs cfa, je déposais chez une connaissance, un Call-boxeur sympathique à l'époque au quartier emombo 2ème.
Ce que je ne savais pas, c'est que ce carton de croquettes était la dernière étape avant ce tournant décisif de mon existence.
Le stock n'a jamais eu le temps de s'épuiser...
Avant que le callboxeur ne m'appelle pour le réapprovisionnement, j'ai reçu un autre appel, celui de mon tout premier emploi.
Un poste dans une structure où, pour la première fois de ma vie, j'ai touché à la nutrition de près. 6 mois d'essai, salaire très, très faible (90% partait dans le taxi) mais qu'est ce que j'étais heureuse!
C'est où j'ai découvert, avec une certitude inexplicable que la nutrition était mon truc, ma mission.
Deux années et demi plus t**d, je démissionnais de ce poste pour ouvrir mon cabinet.
Le cabinet a ouvert la voie à une invitation au Congrès de nutrition en Belgique, puis aux 19 livres, à ces milliers de vidéos que je ne compte plus.
Et à cette communauté 800 000 personnes + que nous formons aujourd'hui...
Je ne suis pas coach en développement personnel, il y en a suffisamment qui font ça très bien. Mais, ce matin avec le recul, 17 ans plus t**d, je voudrais te laisser avec ces trois choses:
1- Et si ton souci actuel, n'était pas le manque d'opportunités, mais le fait que tu attends une opportunité à ta taille ?
Moi j'attendais un poste de biochimiste. Un poste à la hauteur de mon diplôme, de mes ambitions, de l'image que j'avais de moi-même.
Et pendant que j'attendais ce poste-là, les mois passaient et l'argent ne venait pas.
Ce que le prêtre m'a appris malgré moi, c'est que le démarrage n'a pas à être à ta taille. Il a juste à être.
Et si tu mettais ce plateau de bananes devant ta porte demain matin ?
Et si tu commençais ta passio-cuisine en faisant juste quelque plats à emporter le week-end ?
Et si tu proposais ces tresses? Ces cours de répétition? Commence...
2- La voix qui te sabote et se moque sera toujours là. Dans ta tête, autour de toi: frère, ami, époux...Mais une chose: ignore là si tu peux . Ou écoute là , mais choisis quand même de passer à l'action.
Je me souviendrais toujours de cette voix: « Wou-hou-hou. Vendeuse de croquettes. Toute une licence en poche pour finir ainsi.... »
Elle ne s'est pas tue quand j'ai commencé les croquettes
Elle ne s'est pas tu non plus quand j'ai voulu ouvrir mon cabinet, écrire mon premier livre ou enregister ma 1 ère vidéo. Elle est toujours là quand je veux commencer un projet. Elle ne se taira probablement jamais. Aujourd'hui je prends plaisir à l'écouter, et passer à l'action juste pour la défier...
Donc si tu entends ces jours; "ça ne va pas marcher", "on va se moquer de toi", "tu mérites mieux " N'écoute pas; avance, fonce!
3- Dieu n'était pas aux abonnés absents. Il chronométrait...
Les neuvaines, la messe quotidienne. Et le silence "apparent" de Dieu en retour.
Je crois que si cet emploi était arrivé avant les croquettes ( avant l'humilité forcée, avant que je comprenne dans mes tripes ce que ça fait de ne pas avoir le choix) j'aurais peut-être refusé ce premier emploi à cause du salaire...
Si aujourd'hui le ciel te semble fermé, les portes condamnées, ta prière sans écho tiens bon. Toucher le fond fait mal, mais fortifie. Elle te prépare parfois à recevoir ce qui vient...
Bonne fête de Pâques ✝️
📸 Yaoundé, 2009. Un mois après mon premier emploi- période d'essai. Le stock de croquettes n'avait pas eu le temps de s'épuiser...
✨Josie-K
Biochimiste | Experte en nutrition tropicale depuis 2010, 19 ouvrages publiés