07/01/2026
Long COVID : non pas une maladie mystérieuse, mais l’effondrement du “terrain” biologique
Dr Mohamed BOUTBAOUCHT
Quand l’infection disparaît… mais que le corps ne se relève pas
Lorsque la fièvre tombe et que le test devient négatif, une question revient chez des millions de personnes à travers le monde :
« Pourquoi est-ce que je me sens encore malade ? »
Pour une part importante des patients, la COVID-19 n’a pas marqué la fin de la maladie, mais le début d’un état chronique désormais connu sous le nom de Long COVID ou PASC (Post-Acute Sequelae of SARS-CoV-2).
Plutôt que d’y voir une nouvelle pathologie isolée et inexpliquée, le Long COVID peut être compris comme un effondrement du terrain biologique : un ensemble de systèmes physiologiques fragilisés, inflammatoires et désynchronisés, incapables de retrouver leur équilibre après un stress aigu majeur.
A- Le Long COVID n’est pas “dans la tête” : il est dans le terrain
La médecine conventionnelle peine à fournir une explication unificatrice au Long COVID, tant les symptômes sont variés :
• fatigue profonde et persistante
• brouillard cognitif, troubles de la mémoire
• dyspnée, intolérance à l’effort
• palpitations, tachycardie
• douleurs musculaires et articulaires
• vertiges, tremblements, anxiété
• troubles sensoriels (odorat, goût)
• troubles hormonaux, chute de cheveux, dérèglements menstruels
Ces manifestations ne sont ni aléatoires ni psychogènes.
Elles représentent des signaux de détresse du terrain, révélant une désorganisation simultanée de plusieurs systèmes régulateurs.
Les diagnostics fréquemment posés — dysautonomie, syndrome de fatigue chronique, syndrome post-viral — sont des descriptions, pas des explications causales.
Les traitements proposés (antidépresseurs, bêtabloquants, antihistaminiques, anxiolytiques) masquent les symptômes sans réparer les mécanismes sous-jacents.
Le résultat est souvent le même : des patients médicalement “pris en charge”, mais biologiquement épuisés au niveau cellulaire.
B- Ce que le Long COVID représente réellement : une tempête systémique
Le Long COVID n’est pas un mécanisme unique, mais un effondrement multisystémique, comparable à une maison qui perd simultanément l’électricité, l’eau, l’oxygène et le chauffage.
1️⃣ Confusion immunitaire et mimétisme moléculaire
Des fragments de protéine Spike peuvent persister longtemps après l’infection, notamment dans :
• les monocytes
• l’endothélium
• l’intestin
• certains tissus nerveux
Cette persistance entretient une activation immunitaire chronique. Par mimétisme moléculaire, le système immunitaire peut alors attaquer des structures propres à l’organisme : mitochondries, myéline, tissu conjonctif.
➡️ Il en résulte une inflammation durable, des troubles neurologiques et un déficit énergétique profond.
2️⃣ Mise en veille mitochondriale prolongée
Les mitochondries ne sont pas de simples producteurs d’énergie : ce sont des capteurs du danger cellulaire.
Lors d’une infection aiguë, elles passent en mode défensif pour éviter leur détournement par le pathogène.
Mais lorsque l’inflammation persiste, ce mode ne s’éteint plus.
• augmentation du stress oxydatif
• chute du NAD⁺ et du glutathion
• dysfonction de la chaîne respiratoire
➡️ La cellule reste bloquée en mode survie, incapable de produire l’énergie nécessaire à la réparation.
3️⃣ Atteinte endothéliale et microcirculatoire
La protéine Spike interagit avec les récepteurs ACE2, perturbant :
• l’endothélium vasculaire
• la fluidité sanguine
• l’oxygénation tissulaire
Des micro-caillots riches en fibrine amyloïde, invisibles aux tests standards, peuvent obstruer la microcirculation pendant des mois.
➡️ Résultat : hypoxie chronique, intolérance à l’effort, palpitations, brouillard cérébral.
4️⃣ Tensions fasciales et dérégulation neurovégétative
Le fascia constitue un réseau sensoriel et mécanique intelligent, hautement sensible au stress et au traumatisme.
• contraction fasciale persistante
• atteinte du nerf vague
• dominance sympathique (fight/flight) ou état de sidération
➡️ Respiration superficielle, troubles digestifs, insomnie, anxiété, douleurs diffuses.
Le diaphragme, clé de la respiration mais aussi de la circulation lymphatique et du liquide céphalo-rachidien, devient un point central de stagnation toxique.
5️⃣ Effondrement du microbiote et axe intestin–cerveau
L’infection, les traitements médicamenteux et le stress altèrent profondément le microbiote intestinal.
Conséquences :
• hyperperméabilité intestinale
• surcharge histaminique
• inflammation cérébrale secondaire
De nombreux patients présentent des déséquilibres silencieux (SIBO, candidose, parasitoses latentes).
➡️ Or, près de 70 % des cellules immunitaires et de la sérotonine sont liées à l’intestin.
Quand le terrain intestinal s’effondre, la confusion neuro-immune s’installe.
C- Approche de récupération basée sur le terrain : réparer, pas forcer
Le Long COVID ne se “surmonte” pas par la volonté.
Il s’agit d’un problème de régulation cellulaire, non de motivation.
La récupération nécessite une approche progressive, douce et hiérarchisée, respectant la physiologie du vivant.
Principes clés :
• ouvrir les voies de drainage avant toute stimulation
• réparer les mitochondries sans les sursolliciter
• restaurer la microcirculation
• rééquilibrer le système nerveux
• moduler l’immunité sans la supprimer
La guérison n’est pas linéaire. Elle se construit couche par couche, dans un environnement interne qui permet au corps de refaire ce qu’il sait faire : s’autoréguler.
D- Ce que le COVID a réellement fait : révéler une fragilité préexistante
Le virus n’a pas “créé” le Long COVID à partir de rien.
Il a mis en lumière un terrain déjà vulnérable :
• carences micronutritionnelles
• dysfonction mitochondriale latente
• surcharge toxique
• stress chronique et dette de sommeil
• stagnation lymphatique et circulatoire
• réactivations virales anciennes (EBV, HHV-6, CMV)
Le SARS-CoV-2 a été l’étincelle.
Le terrain inflammatoire et épuisé en était le combustible.
Conclusion : écouter le corps plutôt que le faire taire
Le Long COVID n’est pas un ennemi à combattre, mais un message biologique à décoder.
Il nous rappelle que la santé ne se résume pas à l’absence de virus, mais à la qualité du terrain qui permet au vivant de s’adapter, de réparer et de se régénérer.
👉 La véritable guérison commence lorsque l’on cesse de supprimer les signaux du corps
👉 et que l’on commence à les comprendre