04/12/2020
L’IMMUNITÉ POST COVID 19 .
1)LE PROCESSUS :
L’assaut des anticorps spécifiques du SARS-CoV-2
Les anticorps anti-SARS-CoV-2 atteignent leur maximum quatre semaines après l'apparition des symptômes. Il s'agit alors essentiellement d'IgM, IgA et d'IgG. La production d'IgG va encore augmenter tandis que les IgM et A vont progressivement disparaître. Sept semaines après l'apparition des symptômes, les plasmocytes ne produisent pratiquement que des IgG pour se défendre contre le coronavirus.
Dès lors, les IgG vont progressivement disparaître pour atteindre une concentration basale faible environ cinq mois après l'apparition des symptômes. Cette armée dressée contre le SARS-CoV-2 entre alors en sommeil et ne se réveillera que si une seconde infection par ce même pathogène a lieu.
(Voir le graphe ci dessous)
2)QUELQUES DONNÉES SELON DES ÉTUDES.
Pas un seul jour ou presque sans que ne tombe une nouvelle étude sur la durée de l'immunité au coronavirus. Certaines plutôt rassurantes, mettant en avant un niveau d'anticorps significatif après plusieurs mois, d'autres alertant au contraire sur la faible durée de ces anticorps, notamment chez les personnes asymptomatiques ou ayant développé des formes peu sévères. Certains patients n’en développent même pas du tout ! Or, cette question est fondamentale si l'on veut entrevoir la fin de l’épidémie : si la durée de l'immunité est faible, il faut s'attendre à des vagues successives sans fin et à devoir multiplier les rappels de vaccin. Si, au contraire, elle dure des années, le virus disparaîtra lorsque suffisamment de personnes auront été immunisées.
La majeure partie des études se focalisent sur les anticorps qui apportent la réponse la plus directe et la plus rapide pour combattre les virus. Sauf que le système immunitaire est bien plus complexe que cela et dispose d'autres moyens pour se protéger. Une large étude, encore non relue et publiée sur le serveur bioRxiv, suggère qu'en prenant en compte l'ensemble de la réponse immunitaire, nous pourrions être protégés du coronavirus pendant « des années », voire « des décennies ».
Les chercheurs se sont penchés sur les quatre principales composantes de la réponse immunitaire, à savoir les anticorps, les lymphocytes B, ainsi que les lymphocytes T CD8+ et T CD4+. Les échantillons ont été prélevés chez 189 patients américains, âgés de 19 à 81 ans, la plupart présentant des symptômes légers. Non seulement les chercheurs ont noté une baisse relativement modeste des anticorps 6 à 8 mois après l'infection mais ils se sont aperçus que le nombre de cellules B était en hausse -- une surprise non anticipée. Les cellules T ne montrent elles aussi qu'une légère et lente diminution, ce qui laisse espérer une persistance à long terme. « Cette étude est la première à tracer la réponse immunitaire de manière aussi détaillée », se félicitent les auteurs.
Lymphocytes B et T : une immunité au long cours
Ces résultats encourageants sont en ligne avec d'autres études. Il a ainsi été montré que des survivants de l'épidémie de Sras de 2003 ont encore des anticorps neutralisants 17 ans après. Une autre étude de l'université de Fribourg (Allemagne) montre que les patients atteints de Covid-19 développent une réponse immunitaire puissante par l'intermédiaire des lymphocytes T CD8+, capables d'éliminer les agents pathogènes même en l'absence d'anticorps.
Contrairement à la réponse humorale produite par les anticorps neutralisants, l'immunité conférée par les cellules B et T n'est toutefois pas stérilisante, c'est-à-dire qu'elle n'empêche pas d'être à nouveau infecté. Mais elle est suffisante en théorie pour empêcher une forme grave de la maladie. Cette protection serait d'autant plus efficace, selon les auteurs de l'étude, que le Sars-CoV-2 se diffuse relativement lentement dans l'organisme, laissant le temps au mécanisme immunitaire de réagir. « Le coronavirus est arrêté suffisamment rapidement pour que non seulement vous ne ressentiez aucun symptôme mais pour que vous ne soyez pas infectieux », assure Alessandro Sette, chercheur à l'Institut d'immunologie de La Jolla et co-auteur de l'étude.
3) LA PRÉSENCE DE L’IMMUNITÉ CHEZ PLUSIEURS PATIENTS.
Une immunité bien présente
Dans une étude islandaise, chez plus de 30.000 personnes, les chercheurs ont analysé la réponse immunitaire humorale à l'aide d'échantillons de patients. Les échantillons testés provenaient de 1.237 personnes contaminées par le SARS-CoV-2 (diagnostic confirmé par test PCR) ayant guéri, 4.222 cas contacts placés en quarantaine et 23.452 personnes non exposées au virus. Les individus ayant guéri de la Covid-19 étaient 91,1 % à être séropositifs. Cela veut dire qu'ils ont bien produit des anticorps spécifiques au SARS-CoV-2 et qu'ils peuvent, en théorie, faire face à une nouvelle infection sans crainte, même si des cas de deuxième infection, parfois plus graves, ont été recensés. Dans cette population, le taux des anticorps en question a augmenté, puis a atteint un plateau deux mois après l'infection et est resté constant jusqu'à quatre mois après cette dernière. Parmi les personnes cas contacts, seulement 2,3 % étaient séropositives. Ce chiffre tombe à 0,3 % chez les personnes non exposées au virus.
4) LA MÉMOIRE IMMUNITAIRE.
Il n’est pas déraisonnable de penser que cette mémoire immunitaire dure des années, voire des dizaines d’années
L'avantage des cellules immunitaires par rapport aux anticorps, c'est qu'elles sont produites en grande quantité et ne déclinent pas trop au fil des ans. « Il n'y a aucun signe que les cellules mémoires puissent soudainement s'effondrer. Habituellement, on observe une lente décomposition au fil des ans », indique Akiko Iwasaki, immunologiste à l'université de Yale et interrogé par le New York Times. « Il n'est pas déraisonnable de penser que ces composants de la mémoire immunitaire durent des années, voire des dizaines d'années », confirme son collègue Deepta Bhattacharya, de l'université d'Arizona. On n'a toutefois pas encore réussi à déterminer quelle quantité d'anticorps ou de cellules immunitaires est nécessaire pour offrir une protection suffisante. Ce taux pourrait lui-même être très variable selon les individus.
La réponse à la durée de l'immunité ne sera peut-être jamais tranchée.
D’après :Futura science,Julien Hernandez publié le 04/11/2020.
/JAMA.