28/04/2026
La présence d'activités paroxystiques à l'électroencéphalogramme (EEG) chez une personne autiste, en l'absence de crises d'épilepsie cliniquement visibles, est une situation fréquente mais complexe. Les données scientifiques suggèrent qu'il s'agit d'un marqueur potentiel de dysfonctionnement cérébral sous-jacent, bien que son implication directe dans la symptomatologie autistique et la conduite à tenir ne fassent pas l'objet d'un consensus absolu.
1. Une prévalence significative mais une signification clinique débattue
La présence d'anomalies paroxystiques (pointes, pointes-ondes) sans crise associée, dites « décharges épileptiformes intercritiques », est nettement plus fréquente chez les personnes autistes que dans la population générale. Les études récentes rapportent une prévalence variable, pouvant atteindre jusqu'à 59 % dans certaines populations spécifiques, contre 6 à 30 % selon les estimations plus anciennes . Une étude plus ciblée a identifié 36 % d'anomalies épileptiformes isolées chez des patients TSA non épileptiques, en particulier ceux présentant des comportements agressifs ou une résistance aux traitements psychotropes habituels .
2. Le lien spécifique avec les encéphalopathies épileptiques
L'association la plus documentée concerne les syndromes épileptiques rares, notamment le syndrome des pointes-ondes continues du sommeil (POCS) et le syndrome de Landau-Kleffner (SLK). Ces encéphalopathies se manifestent par une régression cognitive et/ou langagière, souvent accompagnée de traits autistiques . Dans le cas du POCS, l'EEG de sommeil révèle des décharges continues et diffuses pendant le sommeil lent, qui peuvent passer inaperçues sur un EEG standard . Une étude a observé que la normalisation du tracé sous traitement antiépileptique s'accompagne souvent d'une amélioration neuropsychologique partielle .
Ces observations sont confortées par des descriptions plus anciennes : un cas de 1975 rapportait déjà une enfant dont le comportement alternait entre excitation et autisme, son EEG montrant des décharges paroxystiques temporo-pariétales sans signe clinique d'épilepsie .
3. Implication clinique et orientations pratiques
Bien que le débat persiste sur l'usage des antiépileptiques en l'absence de crises, un élément fait consensus : la régression ou la fluctuation des compétences chez un enfant autiste doit impérativement conduire à la réalisation d'un EEG de sommeil prolongé. Cet examen est essentiel pour rechercher des anomalies électriques infracliniques pouvant justifier un traitement spécifique .
En dehors de ce contexte de régression, la décision de traiter des anomalies paroxystiques isolées sans crise dépend d'une évaluation spécialisée, prenant en compte la topographie des anomalies, leur abondance, et l'impact fonctionnel potentiel. Les données actuelles rappellent que l'épilepsie et l'autisme partagent des réseaux neuronaux communs, mais les liens de causalité entre une anomalie EEG ponctuelle et un symptôme autistique ne sont pas encore totalement élucidés .
En conclusion, les activités paroxystiques à l'EEG sont un indicateur important dans l'autisme, surtout en cas de régression, mais leur découverte fortuite ne débouche pas automatiquement sur une indication thérapeutique médicamenteuse.