15/06/2017
Une petite histoire des hommes et des plantes médicinales
Depuis son apparition sur Terre, l'homme a entretenu des liens étroits avec le monde végétal. Les plantes ont toujours fait partie de son alimentation puisqu'il ne lui est pas physiologiquement possible de ne se nourrir exclusivement que de produits animaux. Hippocrate préconisait voici 2500 ans: "Que ton aliment soit ton remède". Mais en complément à cette approche nutritionnelle fondamentale, l'être humain a certainement su très tôt utiliser sous diverses formes des plantes spécifiques pour soigner la maladie. La phytothérapie naquit dans un passé lointain.
La médecine par les plantes se développa au fil des siècles et des cultures. Les plus anciennes traces écrites remontent à la Chine, à l'Inde, à la Mésopotamie et à l'Égypte ancienne. Le papyrus Eber, daté de 1600 ans avec J-C, outre les méthodes de diagnostic, présente environ 800 préparations à base de plantes et de minéraux.
En Grèce, Hippocrate développa la théorie des humeurs (sang, pituite, bile et atrabile) correspondant aux quatre éléments: terre, feu, eau et air. Celle-ci influencera les conceptions de l'Occident pendant plus de deux millénaires.
La période romaine est dominée par Pline l'Ancien, auteur d'une histoire naturelle en quarante volumes. Les médicaments à base de végétaux foisonnaient à Rome.
La médecine arabe permit aux connaissances antiques de survivre au déclin de l'Empire romain. Elle fit connaître à l'Occident diverses plantes orientales, dont de nombreuses épices, ainsi que la distillation, l'emploi de l'alcool et la préparation de sirops à base de sucre de canne.
La médecine européenne se développa tout au long du Moyen Âge dans les abbayes dont l'un des rôles fut de soigner la population. Bientôt furent créées les premières faculté de médecine ouverte aux laïques, dont les plus célèbres furent les écoles de Montpellier, de Padoue et surtout de Salerne.
La peste noire du milieu du XVème siècle remit en question l'antique théorie des humeurs. Paracelse, la récusant, se tourna vers l'astrologie, l'alchimie et la "théorie des signatures" qui voulait que chaque plante indique par un signe les propriétés qu'elle possède ou l'organe qu'elle soigne. Ainsi, la Reine des prés comme le Saule, qui poussent tous deux les pieds dans l'eau, permettraient de soigner les maux liés à l'humidité.
L'esprit scientifique qui se développa au cours du siècle des lumières s'applique également à la phytothérapie que l'on tenta de rationaliser. Au début du XIXème siècle, on parvint à isoler les premiers principes actifs. Cette notion et le développement de la chimie organique qui permit de synthétiser dans de nombreux cas les substances considérées comme responsables de l'activité des végétaux bouleversa rapidement la médecine par les plantes. Les principes isolés présentaient l'avantage d'être facilement dosables, d'agir de façon énergique et de pouvoir être produits en grande quantité. Ainsi se développa la puissante industrie pharmaceutique tandis que les plantes médicinales, jugées peu actives et peu fiables, étaient écartées de la thérapeutique en place.
Il fallut cependant constater que les principes actifs isolés et les molécules de synthèse provoquaient des effets secondaires que n'avait habituellement pas le végéral utilisé dans son intégrité. Certains médecins étudièrent spécifiquement les plantes médicinales et s'employèrent à les réhabiliter. Chef de file de l'école phytothérapeutique française du XXème siècle, à la suite de F-J Cazin et de H. Cazin, Henri Leclerc sur donner à la médecine par les plantes une base scientifique sérieuse et irréfutable. Il est l'auteur de plusieurs traités dont un Précis de phytothérapie toujours d'actualité.
En utilisant la plante entière, l'ensemble des substances contenues dans celle-ci agit sur le patient. Il semble que les molécules du végétal qui accompagnent le principe actif jouent un rôle important pour en optimiser les effets sans brusquer l'organisme. D'ailleurs, dans bien des cas, on ne sait pas précisément comment agit la plante et il est difficile de définir clairement un principe actif unique. En fait, si l'on se montre sensible à l'utilisation de la plante entière et non d'une seule substance douée d'une action particulière, le sens et les causes de la maladie peuvent paraître aussi important que le traitement de celle-ci. La phytothérapie peut permettre d'aller au-delà de la médecine symptomatique.