09/04/2026
💔 Il avait 9 ans quand il m'a dit 'Papa, je ne veux plus vivre'. Je ne l'ai pas écouté. Il est mort à 12 ans.
Je m'appelle Mamadou Diallo.
Je suis Franco-Sénégalais. J'habite à Villiers-le-Bel, dans le Val-d'Oise. Je conduis un bus depuis quinze ans.
Mon fils s'appelait Issa. Il s'est pen.du avec ma ceinture. Celle que j'avais enlevée ce soir-là, fatigué, pressé de me reposer. Il avait 12 ans.
Je ne l'ai pas vu souffrir. Je ne l'ai pas écouté. Parce que je pensais qu'être un père, c'était être dur. Parce que mon propre père était dur. Parce que dans ma famille, on ne parle pas. On encaisse. On serre les dents. On dit "ça va passer".
Ça n'a pas passé.
Issa était en CM2 à l'école Paul Langevin. Il était harcelé. Parce qu'il était gros. Parce qu'il s'appelait Issa.
Parce qu'il mangeait du tigadègue dans sa gamelle. Les autres enfants lui disaient "rentre chez toi, sale noir". Lui, il était né à Gonesse.
Il était français comme eux. Mais ses papiers ne comptaient pas. Seule sa couleur comptait.
Il ne me l'a jamais dit. Il avait peur. Peur que je lui dise "défends-toi". Peur que je lui dise "t'es un homme". Peur que je le regarde avec déception.
À 9 ans, il est venu dans ma chambre. Il pleurait sans faire de bruit. Il avait appris à pleurer sans bruit. Parce que son père n'aimait pas les garçons qui pleurent.
"Papa, je ne veux plus vivre."
J'ai posé mon téléphone. Je l'ai regardé. Et j'ai dit : "Ne dis pas n'importe quoi. Va dans ta chambre."
Il est parti. Il ne m'a plus jamais reparlé de ça.
À 10 ans, il ne voulait plus aller à l'école. Il disait qu'il avait mal au ventre. Je le croyais. Je le croyais parce que c'était plus facile.
À 11 ans, il ne sortait plus de sa chambre. Il ne parlait plus. Il ne souriait plus. Sa mère disait : "Mamadou, emmène-le voir un psy." Je disais : "C'est l'adolescence. Ça va passer."
Ça n'a pas passé.
Le jeudi 17 mars, je suis rentré du travail. J'étais fatigué. J'avais fait ma journée de bus, les embouteillages, les clients pressés.
J'ai enlevé ma ceinture. Je l'ai posée sur le dossier de la chaise. J'ai mangé. Je me suis endormi devant la télé.
Sa mère l'a trouvé le lendemain matin. Elle a poussé un cri. Un cri qui m'a arraché le cœur. Un cri que j'entends encore chaque nuit.
Ma ceinture. Son cou. Son visage bleu. Ses yeux grands ouverts.
Il me regardait. Comme le jour où il était venu me dire "je ne veux plus vivre". Avec la même question : "Pourquoi tu ne m'as pas écouté, papa ?"
Je suis resté là, immobile. Je n'ai pas pleuré.
Au cimetière de Gonesse, quand la terre a touché son cercueil, je suis tombé à genoux. J'ai hurlé. J'ai pleuré. J'ai crié son nom. "Issa ! Issa ! Issa !"
Il n'est pas revenu.
Un mois après, j'ai trouvé son carnet sous son matelas. Il écrivait dedans depuis des années. Des mots d'enfant. Des phrases qui m'ont tué.
"Papa m'a dit d'arrêter de pleurer. Maintenant je pleure dans ma tête. Personne ne voit."
"Je lui ai dit que je veux plus vivre. Il m'a dit de ne pas dire n'importe quoi. Il ne m'a pas cru. Personne ne me croit."
"J'ai trouvé une ceinture. Celle de papa. Elle est solide."
"Papa ne m'a jamais aimé. Maintenant il me verra. Trop t**d."
J'ai serré le carnet contre ma poitrine. Je suis resté par terre, à pleurer, à lui dire "pardon". Mais il ne m'entendait pas.
Avec Argenlivre, j'ai écrit un livre. 200 pages. Son histoire. Ma faute. Pour que d'autres pères n'attendent pas de trouver une ceinture autour du cou de leur fils pour ouvrir les yeux.
L'année dernière, j'ai participé au Week-end de l'écrivain à Paris. Je suis monté sur scène. Il y avait des caméras, des journalistes, des centaines de personnes.
J'avais peur. Mes jambes tremblaient. Mais j'ai lu. J'ai lu la page où Issa écrit "Papa ne m'a jamais aimé".
J'ai pleuré devant tout le monde. Je ne pleurais pas depuis l'enterrement. Ce jour-là, j'ai pleuré toutes les larmes que j'avais retenues. Et quelque chose s'est libéré.
Après mon passage, des pères sont venus me parler. Des pères qui pleuraient. Des pères qui disaient "moi aussi, je ne dis jamais 'je t'aime' à mon fils". Des pères qui disaient "ce soir, je vais lui parler".
Ce jour-là, j'ai compris. Mon histoire ne servait pas qu'à moi. Elle servait à tous ces pères silencieux. À tous ces enfants invisibles.
Le 16 mai 2026, une nouvelle édition du Week-end de l'écrivain aura lieu à Paris. Des médias, des leaders, des institutions seront là. Des pères, des mères, des enfants aussi.
Si toi aussi tu as une histoire qui t'étouffe. Si toi aussi tu veux monter sur scène et libérer ta parole. Si toi aussi tu veux empêcher d'autres enfants de mourir en silence.
Inscris-toi. Ta place t'attend. Ta voix peut sauver des vies.
✍🏾 Je témoigne : le Week-end de l'écrivain m'a sauvé. Il peut te sauver aussi. Rejoins-nous à Paris le 16 mai 2026. Écris IMPACT en commentaire.
— Mamadou Diallo, conducteur de bus à Villiers-le-Bel, auteur de "Ma ceinture, son cou", publié chez Argenlivre.