07/05/2026
Quand un accompagnement s’arrête sans avoir le temps de dire au revoir.
Il y a quelques jours, une partie de mon activité en art-thérapie s’est arrêtée de manière assez brutale, sans préavis.
Je sais que cela peut arriver dans les institutions, les structures, les changements d’organisation.
Mais ce qui me touche profondément, ce n’est pas uniquement la forme.
C’est l’absence d’échange.
L’absence de compréhension du travail mené auprès des jeunes.
Et surtout, ne pas avoir eu la possibilité de leur dire au revoir.
Parce qu’au-delà des ateliers, il y avait un engagement humain, relationnel, construit dans le temps.
On parle beaucoup aujourd’hui de la santé mentale des jeunes.
Mais on oublie parfois que certains accompagnements agissent en amont, bien avant que la souffrance ne déborde.
L’art-thérapie fait partie de ces espaces.
Des espaces où les mots ne sont pas toujours nécessaires au départ.
Des espaces où l’on peut déposer autrement.
Créer. Ressentir. Expérimenter. Exister.
Dans ma pratique, j’accompagnais les jeunes à travers une approche interculturelle, globale, nourrie aussi par la psychologie du sport et les médiations artistiques.
Et étant moi-même issue des milieux populaires, je mesure profondément ce que représente l’accès à ces pratiques en faveur de la santé mentale.
Je sais ce que signifie grandir dans des environnements où :
- il faut parfois survivre avant de penser à soi,
- où les discriminations et le racisme marquent les parcours dès le plus jeune âge ,
- où l’on apprend davantage à se taire, à s’effacer,
C’est aussi pour cela que ces espaces comptent car il permettait à apprendre à prendre pleinement sa place sans être défini par les projections ou les biais des autres.
Petit rappel de ce que recouvrent réellement les arts dans la pratique:
En médiation artistique, l’art devient un tiers relationnel.
Le geste créatif, l’œuvre, le jeu ou la création collective permettent de faire circuler la parole, de favoriser la coopération, de recréer du lien et parfois de réparer des fractures relationnelles.
Dans les institutions éducatives, sociales, associatives, culturelles ou médico-sociales, ces pratiques soutiennent la participation, l’inclusion, l’appartenance et la valorisation des personnes.
En art-thérapie, la démarche est davantage thérapeutique.
Il ne s’agit pas seulement de créer du lien, mais d’offrir un espace de transformation face à une souffrance psychique, existentielle, psychosomatique ou développementale.
La création devient alors un support symbolique.
Un moyen d’approcher ce qui déborde sans avoir à le verbaliser frontalement.
Parfois, ce qui ne peut être dit se dépose autrement, progressivement, à travers la matière, le mouvement, les couleurs, le corps ou le jeu.
Merci aux familles, aux enfants et aux équipes qui m’ont accordé leur confiance durant cette aventure de plus de 3 ans et qui a fait ses preuves dans le parcours des jeunes .
Ce n’est qu’un au revoir.
Et comme la vie sait aussi rééquilibrer les chemins, je vais pouvoir rendre disponibles des espaces que certaines personnes attendaient depuis longtemps.