17/04/2022
Crise vers la renaissance :
« Ce n'est pas chose insignifiante que de voir s'effondrer, chez un être humain, l'attitude et les structures conscientes. C'est en petit une véritable fin du monde, le sujet a l'impression que tous les éléments qui constituaient sa vie retombent dans une manière de chaos originel. Il se sent abandonné, désorienté, vulnérable à l'extrême, tel un navire sans gouvernail et livré aux fureurs des éléments. C'est du moins ce qui semble être et l'impression qu'il en a. L'expérience montre que la réalité est un peu différente : en fait, l'être, abandonné par son conscient, est retombé dans ses plans inconscients collectifs, auxquels il est livré. »
Processus de l'individuation :
« L'individuation n'a d'autre but que de libérer le Soi, d'une part des fausses enveloppes de la persona, et d'autre part de la force suggestive des images inconscientes. »
Définition du Soi:
« Intellectuellement le Soi n'est qu'un concept psychologique, une construction qui doit exprimer une entité qui nous demeure inconnaissable, une essence qu'il ne nous est pas donné de saisir parce qu'elle dépasse, comme on le pressent dans sa définition, nos possibilités de compréhension. On pourrait aussi bien dire du Soi qu'il est "Dieu en nous". C'est de lui que semble jaillir depuis ses premiers débuts toute notre vie psychique, et c'est vers lui que semblent tendre tous les buts suprêmes et derniers d'une vie. Ce paradoxe est inévitable comme chaque fois que l'homme s'efforce de cerner par la pensée quelque chose qui dépasse la capacité de sa raison.
J'espère que le lecteur a senti clairement qu'il a du Soi au Moi la même distance qu'il y a du soleil à la terre. On ne peut confondre l'un avec l'autre, pas plus qu'il ne s'agit d'une déification de l'homme ou d'un abaissement de Dieu. Ce qui est situé par-delà notre raison humaine lui demeure de toute façon inaccessible. »
« Une grande humilité n’est jamais sans s’accompagner d’une grande présomption et une grande présomption va toujours de pair avec une chute imminente . »
« ... seul est philosophe de génie celui qui parvient à élever une vision primitive, qui n'est qu'un déroulement naturel, à la dignité d'une idée abstraite, et à en créer un patrimoine conscient de la collectivité des hommes. C'est en promouvant cette élaboration qu'il oeuvre de façon personnelle ; et c'est dans cette élaboration individuelle de son esprit que réside la valeur personnelle qu'il peut légitimement se reconnaître, sans basculer dans une inflation. »
« Ainsi le Soi est aussi le but de la vie, car il est l'expression la plus complète des combinaisons du destin que l'on appelle un individu ; et non pas seulement le but de la vie d'un être individuel, mais aussi de tout un groupe au sein duquel l'un complète l'autre en vue d'une image et d'un résultat plus complets. »
Un homme dépressif et son anima :
« Lorsqu’une dépression s’emparera de lui, il ne devra plus s’astreindre soit à travailler, soit à telle ou telle contrainte pour oublier et fuir, il devra au contraire accepter sa dépression et, en quelque sorte, lui donner la parole. […] Ce n’est ni une faiblesse, ni un relâchement sans consistance, c’est au contraire une tâche difficile qui exige le grand effort de conserver son objectivité en dépit des séductions du caprice : on transforme ainsi l’humeur en objet observable, au lieu de la laisser s’emparer du sujet qu’elle domine. Le malade aura à faire en sorte que son état d’âme dialogue avec lui : son humeur devra lui révéler et lui préciser comment et de quoi elle est faite, et en fonction de quelles analogies fantasmatiques on pourrait tenter de la cerner et de la décrire. »
Carl Gustav Jung .
Dialectique du moi et de l'inconscient (1933)