01/03/2026
Ce que dit le sourire
L’image souriante est mise en avant quelque soit le support ou le réseau social.
Dans le même temps, « la poker face » - visage impassible dont l’expression neutre est destinée à dissimuler ses émotions - se rencontre le plus souvent dans les lieux publics.
Qu’est-ce que les émotions visibles trahissent ?
La tristesse, la déception, la peur…pourraient trahir une vulnérabilité que l’on ne s’autorise pas à dévoiler à l’autre.
Mais plus étrange qu’est-ce que pourrait trahir le fait de sourire ?
Comme s’il était institué de sourire par écran interposé, face à un objectif mais pas sous le regard réel de l’altérité.
De quoi devrait-on se défendre avec cette faciale armure ?
Qu’est-ce que l’autre pourrait y voir qui nous rendrait à ce point vulnérable que l’on préfère porter un masque neutre ?
Le sourire est une entaille, une faille, une fêlure qui vient ouvrir le visage à l’extérieur.
La signature expressive visible d’une entame qui dé-complète un visage de marbre, voulu entièrement indemne d’émotion, d’expression, de réaction.
De tout ce qui anime la face humaine.
Oser sourire reviendrait à accepter de mettre la lumière sur une fêlure, de la laisser s’entrouvrir car cette faille invisible, intolérable, inacceptable relève spécifiquement de la fragilité humaine.
La sphère orale - des lèvres à la langue en passant l’alignement des dents est lieu du besoin, du langage, du désir, de l’amour ou de l’agressivité et de ce qui délimite la condition humaine.
Assumer la fêlure - trouver de la force dans la douceur d’un sourire, de l’aplomb dans la prise de parole, de l’accueil dans un rire a gorge déployée - permet comme le Kintsugi, art japonais de réparer avec de l’or les fractures d’un objet brisé pour mieux les révéler, de sublimer le dit objet et son rapport à l’autre.
📸 Bert Stern - Brigitte Bardot