28/04/2026
Un homme vient me consulter en réflexologie pour un mal de cou persistant, une douleur installée depuis des années, mais qui, depuis quelques semaines, s’est intensifiée au point de le réveiller la nuit. Il a consulté, passé des examens, essayé différentes approches, mais rien ne permet d’expliquer ce qu’il ressent, et surtout, rien ne le soulage durablement.
Dès le début de notre échange, un geste attire mon attention. Il pose spontanément sa main sur son cou, puis la remonte vers sa gorge, comme si son corps cherchait à me montrer quelque chose avant même qu’il ne le verbalise. Il m’explique alors que cette zone a toujours été problématique pour lui. Depuis l’enfance, il ressent une gêne diffuse, une sensation de gorge encombrée, avec ce besoin constant de racler, sans qu’aucune cause médicale n’ait jamais été identifiée.
En creusant davantage, il me confie qu’enfant, il enchaînait les problèmes de gorge, qu’il avait une voix très fragile, presque effacée, et qu’à l’école, on ne l’entendait pas. Il se décrit lui-même comme un enfant très timide, qui faisait tout pour passer inaperçu, pour ne pas déranger, pour qu’on l’oublie presque. Pendant qu’il parle, j’observe sa posture : la tête légèrement baissée, les épaules affaissées, une respiration courte, superficielle, retenue, et un regard teinté d’une tristesse qu’il semble porter depuis toujours.
Très rapidement, il devient évident que son corps ne fait pas que réagir à une douleur physique. Il exprime quelque chose de plus profond, quelque chose qui n’a jamais été entendu.
Je lui parle alors de la symbolique émotionnelle du cou, de la gorge, des cordes vocales, de la voix, de tout ce que cette zone peut représenter dans le corps : ce que l’on n’a pas pu dire, ce que l’on a retenu, ce que l’on a intériorisé, parfois depuis très longtemps, souvent lié à une tristesse, à un chagrin qui n’ont pas trouvé d’espace pour s’exprimer.
Je lui demande simplement s’il ressent de la tristesse. Il marque un temps de réflexion, puis me répond que probablement oui, sans vraiment savoir comment le définir, car il ne se considère pas comme quelqu’un de joyeux. Il ajoute que, dans son entourage, on lui a déjà fait remarquer qu’il avait souvent l’air triste, et qu’au fond, il s’est toujours senti comme ça, sans jamais comprendre pourquoi. Pour lui, cet état est devenu normal.
Je sens que nous sommes sur une piste juste, et je poursuis mon exploration en lui demandant si un événement récent aurait pu réactiver cette émotion, en lien avec l’intensification de sa douleur. Il réfléchit, il ne voit pas à part un événement survenu deux mois plus tôt : un ami lui a annoncé le décès de son grand-père. Il précise qu’il ne connaissait pas cet homme, et pourtant, il a ressenti un chagrin profond, inattendu, qui l’a habité pendant plusieurs jours.
Je lui demande alors si lui-même a toujours son grand-père. Il me répond que non, qu’il ne l’a jamais rencontré, car celui-ci a quitté sa grand-mère lorsque sa mère était encore bébé, et n’est jamais revenu. Puis il ajoute un élément essentiel : sa mère, elle, a perdu son propre grand-père lorsqu’elle était enceinte de lui. Cet homme l’avait élevée comme sa fille, en l’absence de son père, et sa disparition a été brutale, à la suite d’un accident de voiture.Il m’explique que cette perte a été extrêmement douloureuse pour sa mère, et qu’elle en parle encore aujourd’hui comme d’une épreuve qu’elle n’a jamais réellement surmontée.
À cet instant, tout commence à faire sens.
Je lui parle alors du vécu intra-utérin et de l’analyse des empreintes émotionnelles de la vie prénatale et de la naissance. Je lui explique que, pendant la grossesse, le bébé perçoit les émotions de sa mère sans filtre, sans recul, et qu’il s’en imprégne profondément, jusqu’à les intégrer comme une réalité intérieure.
Il m’écoute, puis me dit qu’il ne sait pas, que sa mère ne lui a jamais vraiment parlé de sa grossesse ni de sa naissance. Il hésite, puis me dit qu’il pourrait peut-être l’appeler.
Il prend son téléphone, compose son numéro… et par chance, elle décroche.
Je le laisse échanger avec elle à ce sujet… Puis, peu à peu, les informations arrivent.
Elle lui raconte que pendant sa grossesse, elle était envahie par ce chagrin. La perte de son grand-père était un immense drame. (1ère empreinte).Elle lui confie qu’elle n’a pas pu vivre cette période avec la joie que l’on associe habituellement à l’attente d’un enfant. Cette tristesse était présente en permanence.
Lorsqu’ils abordent sa naissance, elle lui décrit un accouchement long et difficile, avec un cordon ombilical enroulé autour du cou (2eme empreinte) une grande peur de le perdre, une mère affaiblie, et une séparation précoce puisqu’il a été placé en couveuse (3eme empreinte)
Lorsqu’il raccroche, son regard a changé. Comme si quelque chose venait de se révéler.
Je reprends alors avec lui pour mettre du sens avec ses informations, je lui explique que, dans le ventre de sa mère, il a baigné dans cette tristesse sans pouvoir s’en dissocier. Qu’il ne fait pas la différence entre ce qu’il ressent et ce que sa mère traverse, et qu’il s’en est imprégné, et s’en est attribué la responsabilité, et la culpabilité sans en comprendre l’origine et que sa mère, de par son immense chagrin, s’est probablement coupé involontairement de sa grossesse, de la connexion avec son bébé.
C’est ainsi que se construisent certaines croyances profondes : ne pas avoir sa place, déranger, devoir se taire, se faire discret.
Les jours qui suivent sa naissance, il ne pleure presque pas. Sa mère lui dira souvent qu’il était un bébé très sage. Mais derrière cette image rassurante, on peut aussi entendre l’adaptation d’un enfant qui ressent, dès le début, qu’il ne doit pas déranger, qu’il doit s’effacer face à une charge émotionnelle déjà trop lourde.
En grandissant, son corps a continué à parler pour lui. Les troubles de la gorge persistent, les cordes vocales restent fragiles, la voix est basse, peu assurée. Il a du mal à s’exprimer, à prendre sa place. Il me dira d’ailleurs qu’il a toujours fonctionné ainsi, en retrait.
Je lui propose alors un bilan d’évaluation émotionnelle afin d’identifier les émotions dominantes en déséquilibre. Le résultat met en évidence une tristesse très marquée.
Je lui explique qu’en médecine traditionnelle chinoise, la tristesse est liée au méridien du poumon, en lien direct avec entre autre: la respiration, la gorge, les cordes vocales, la voix et le cou etc… Lorsqu’elle est retenue ou non exprimée, elle peut s’inscrire dans le corps et se manifester précisément dans ces zones.
À ce moment-là, un élément vient renforcer cette compréhension de manière troublante. Le grand-père de son ami, dont le décès a récemment réactivé sa douleur, portait le même prénom que celui que sa mère a perdu pendant sa grossesse : « Pierre »
On pourrait parler de coïncidence.
Mais son corps, lui, a reconnu.
Comme si une mémoire ancienne s’était réveillée.
Comme si ce deuil transmis in utero cherchait enfin à être libéré.
C’est ici que commence le travail en réflexo-analyse.
Identifier ces empreintes émotionnelles inconscientes. Mettre en lumière ce qui était resté enfoui, parfois depuis le tout début de la vie. Comprendre que certaines émotions ne lui appartiennent pas, et qu’il a porté, sans le savoir, une charge émotionnelle liée à l’histoire de sa mère.
Ce premier échange a été intense. Nous décidons de poursuivre avec un second rendez-vous quelques jours plus t**d, afin de libérer ces empreintes en conscience modifiée.
À la fin de cette deuxième séance, j’observe déjà un changement. Sa posture est plus ouverte, son regard plus présent. Il prend sa place.
Lors de la troisième séance, nous poursuivons avec la réflexologie plantaire émotionnelle afin d’accompagner le corps dans la libération des blocages. Dès le début du rendez-vous, il me dit avec enthousiasme qu’il dort mieux et qu’il a moins mal.
Pendant la séance, la zone réflexe du cou et de la gorge est très marquée. Progressivement, la tension s’apaise. Sa respiration devient plus ample, il déglutit, sa tête penche légèrement, sa mâchoire se relâche au point que sa bouche s’ouvre. Le corps commence à lâcher ce qu’il retenait depuis toujours.
Il s’abandonne complètement et s’endort profondément.
À la fin, il a du mal à revenir. Il me regarde, il a les yeux mouillés mais il est apaisé, et me dit qu’il se sent bien, comme si quelque chose était parti. Il ne ressent plus cette douleur habituelle. Sa tête est plus droite, sa posture différente. La zone cou-gorge semble libérée.
Nous poursuivrons ce travail… car certaines libérations se font par étapes.
Mais une chose est certaine :
Son corps avait une histoire à raconter.
Et en lui laissant l’espace de s’exprimer… il a commencé à se libérer.