07/05/2026
Vous connaissez les schtroumpfs, ces petits êtres bleus qui peuplent les sous-bois d'une forêt obscure ? Ils vivent dans des champignons et s'expriment dans un langage où le mot "schtroumpf" remplace un verbe, un nom, un adjectif.
Un vocabulaire simple devenant l'un des signes distinctifs de la communauté Schtroumpf. Pas besoin de les voir, il suffit de les écouter parler pour les reconnaître. Un entre-soi précieux, langage secret que même Gargamel ne comprend pas tout à fait. A la façon des alchimistes, ils annoncent dans une langue des oiseaux ce que les autres ne peuvent pas totalement maîtriser. Et puis dans un vocabulaire partagé, les différences s'estompent, celles de la culture ou de l'éducation notamment. Seule reste l'intonation, fidèle traître aux intentions.
Peu de vocabulaire, le mot schtroumpf à toutes les sauces, comme "truc" ou "trucmuche", "bidule", "machin", "chose", "machin-chose", "un genre de" ou "une espèce de", "les bails". Des mots valises, fourre-tout qui demandent à celui qui les entend de développer une empathie extraordinaire : se mettre à la place de l'autre et deviner le fond de sa pensée. Le risque de confusion et d'erreur est total! L'observation attentive du langage non verbal s'avère cruciale. Il s'agira de détecter les micro-signes - une intonation, un geste - pour se faire une idée plus précise. Comme quoi, un sentiment d'appartenance à une communauté utilisant le même vocabulaire induit forcément le développement de l'écoute et de l'observation!
Un vocabulaire aussi flou autorise l'expression de l'indicible puisque chacun y met ce qu'il veut bien comprendre. C'est le règne de la transparence totale, une véritable dictature réduisant la charge mentale et ouvrant la porte aux catégorisations globales comme "les autres", "les hommes", "les femmes", "les étrangers". Un monde simpliste, je le crains. C'est le langage de la transparence psychologique, le mot s'efface devant l'intention et l'on jugera l'autre à nos interprétations.
Plus le langage se réduit, plus la pensée et l’acte se durcissent.
En ces temps, peut-être se souvenir que
cultiver les mots, c’est préserver un espace
où l’humain ne se confond pas avec une catégorie.