18/04/2026
« Oui, il est violent avec moi, mais avec les enfants, c'est un bon père. »
Cette phrase, les professionnels du droit et de l'accompagnement l'entendent régulièrement. Elle est compréhensible — mais elle mérite d'être profondément questionnée, non pour culpabiliser les mères, mais pour comprendre ce que vivent vraiment les enfants dans un foyer où la violence est présente.
Par Hanna Becache, collaboratrice · Intervenante psychosociale — Expertise violences conjugales · Justice-Quebec.ca · 11 avril 2026
L'enfant co-victime des violences conjugales
Lorsque l'on parle de violences conjugales, on parle nécessairement du cycle de la violence : une dynamique répétée faite de tensions croissantes, d'incidents violents, puis de phases de réconciliation — souvent appelées lune de miel — pendant lesquelles tout semble s'apaiser, où l'espoir renaît que « cette fois, ça va changer ».
L'enfant n'a pas besoin d'être violenté directement pour être victime. Il suffit qu'il soit témoin. Il entend, il ressent, il observe. Il vit dans un état d'alerte constant, dans l'ambivalence du chaud et du froid, dans l'insécurité de ne jamais savoir quelle version de son parent va rentrer à la maison.
Ce cycle, l'enfant le vit lui aussi. Pleinement. Quotidiennement.
« Être témoin de violences, c'est aussi être victime de violences. »
— Hanna Becache · Intervenante psychosociale, expertise violences conjugales
L'enfant exposé aux violences conjugales est, au même titre que la victime directe, une co-victime. Ce principe est aujourd'hui reconnu par les professionnels de la protection de l'enfance, de la santé mentale et du droit de la famille.
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Peut-on être un bon père et un conjoint violent ?
La question de la coparentalité est au cœur des enjeux juridiques et humains pour les femmes victimes de violences. Peut-on dissocier les deux rôles ? La réponse est nuancée — mais elle exige une évaluation sérieuse.
L'évaluation de la parentalité ne peut pas se limiter à observer si un père est affectueux avec ses enfants en dehors des épisodes de violence. Elle doit s'intéresser à l'ensemble du tableau :
Ce que l'évaluation de la parentalité doit vraiment examiner
La qualité réelle des relations parent-enfant, au-delà des apparences.
La dynamique du couple parental : un père qui terrorise la mère exerce aussi une violence sur ses enfants.
L'impact du comportement paternel sur le développement affectif et psychologique des enfants.
Un père qui maintient sa conjointe sous emprise, sous contrôle coercitif, expose ses enfants à un environnement traumatisant — même s'il ne les frappe jamais directement.
« Protéger une mère victime de violences conjugales, c'est protéger ses enfants. Les deux sont indissociables. »
— Hanna Becache
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Collaboration — Justice-Quebec.ca — Hanna Becache — Avril 2026