23/12/2025
C’est quand le phallus se dégonfle que le désir peut émerger ! Nouvel article sur mon site : https://www.psy-aulnay.fr/articles-theoriques/phallus/
C’est Freud qui introduit la notion de phallus à partir de la question du rapport de l’enfant au sexuel. L’enfant, découvrant le pénis, suppose d’abord son universalité : si quelqu’un en a, tout le monde doit en avoir. Cette supposition soutient une illusion de complétude, mais elle a aussi une fonction logique : elle permet à l’enfant de penser le monde sur un mode unifié, comparable, mesurable.
La découverte ultérieure de la différence des sexes ne prend alors la forme que de la perte ou du défaut, comme si l’autre avait été castré. C’est un moment fondamental : tout enfant passe par là. Il produit l’idée que ce qui compte n’est pas seulement ce qu’on voit, mais l’hypothèse générale que tout le monde en dispose. C’est le fondement de la conception de la normalité et de la comparaison, qui dépasse largement la question anatomique.
Lacan élargit ainsi la notion à une fonction structurale du psychisme. Il dégage la notion de phallus de toute référence organique. Pour lui, le phallus (ou Φ) devient le signifiant du désir. La lettre Φ est toujours associée à la lettre −Φ, autrement dit à ce que l’on croit détenir et, en même temps, au manque. La détention du phallus est imaginaire et illusoire, car on ne le possède jamais, tandis que le manque ne cesse de faire travailler le sujet. Lacan ne remet pas en cause l’approche freudienne, mais l’étend à tout ce qui peut correspondre au manque et à ce qui peut venir le combler. Cette double face explique pourquoi le phallus est si facilement pris comme étalon : il fait croire qu’il y aurait une bonne manière d’y être, une position juste dans la vie, un savoir sûr et certain de ce qu’il en est.
Un analysant dit : « le couple, c’est vraiment toujours des emmerdes ». Le sujet élabore ici une théorie qui vient suturer un point de manque. En affirmant que le couple ne fonctionne jamais, il fait exister en creux l’image d’un couple qui, lui, fonctionnerait sans emmerdes. La certitude vient recouvrir la question du ratage singulier : il n’y a plus à se demander pourquoi ce couple, à lui, est pris dans des difficultés, ni ce qui s’y répète. La proposition universelle a une fonction phallique : elle comble le manque par un savoir (Φ) et, ce faisant, rend le manque visible sous la forme de son envers (−Φ). La question est bouchée, mais ouverte à l’analyse.
Une analysante affirme qu’« une femme digne de ce nom doit savoir nettoyer la maison ». Là encore, elle pose une norme, un étalon de l’être-femme, qui lui permet de se situer. Ce savoir sur ce qu’il conviendrait de faire ou d’être fonctionne comme un point d’appui subjectif. Il vient suturer l’incertitude sur ce que signifie être une femme pour elle. Cette certitude peut alors se lire comme un signifiant du désir, non pas en tant qu’idéal à atteindre, mais comme tentative de donner une forme stable à un manque autrement angoissant.
Dans les deux cas, le travail analytique ne consiste pas à réfuter ces théories — on ne vit pas sans théorie — mais à en faire apparaître la fonction de comblement. Il s’agit d’en déplacer l’usage : non plus les prendre comme des véritités sur le monde, mais comme des constructions qui répondent à un manque. C’est à partir de ce manque, et du désir qui s’y articule, qu’une dynamique subjective peut se relancer. La formulation du désir n’abolit pas le manque ; elle en est le seul traitement vivant.
L’apparition, pour le sujet, de cette fonction de comblement correspond à la rencontre de la castration : les vérités qu’il croyait universalisables ne le sont plus, il n’y a plus de réponse solide pour venir nier le manque. C’est quand le phallus se dégonfle que le désir peut émerger.
Le phallus (Φ)