22/02/2026
22 février 2026
Si souci n’est que s’affairer dans le grandiose, je me nomme Mathurin. Pour la cohabitation, la commune, la sociale, c’est Serge qui me faut appeler. C’est clair en ma gélatineuse cervelle. Mes rapports avec les quadrupèdes humains changent selon qu’on m’interpelle d’un des deux prénoms Le second sert civilité. Le premier, en son non entêté prône l’aventure, la spéciale, aimer autre que par les images d’Épinal vendues sur ce thème…
Ce n’est pas toujours l’entente entre les deux larrons. Je lutine avec leurs contradictions. J’ai un pied sur le sol et l’autre dans les nuages. Il faut savoir hisser ses os jusqu’au soupçon de la magnificence. Autrement vivre n’est plus que respirer.
J’unis les deux compères quand je gratte la page, agité par la furieuse résolution, d’échapper à l’uniformité, d’y glisser de la broderie dans mon ouvrage. Que j’y parvienne ou pas n’a aucune d’importance. C’est ainsi que j’ai voulu la parcourir, la chienne existence, lui faire renifler entre les dorures, les poussières transbahutées entre le néant et le tout, l’éternité.
Il ne s’agit pas, certain, d’éblouir l’autre, d’atteindre le pic de son attention, d’y glaner la flagornerie des assis, d’accumuler les prix que réclame l’ogresse vanité. Ah non ! Je vise plus haut que le satisfecit orgueil. J’aspire au subtil, à fleurir en hiver, moi, mon unique et cosmique ambition..
Je m’en contrefiche des effets du spectacle navrant d’un matérialisme triomphant.. J’assiste, c’est tout. J’en pense pas moins. Toute cette fausseté coupe l’accès aux grands enchantements..
Je cogne ma trogne contre le chêne. J’insiste, abruti.. Je veux illumination quelque soit le moyen, un choc, pourquoi pas... Je réitère mon dédain pour les « TPMG » ainsi nommés par feu Adrien, mon copain anarchiste, honnissant la violence. Les plus machiavéliques dirigent les affaires de ce triste monde. J’informe. L’acronyme signifie les « Tout Pour Ma Gu**le ». Le terme illustre un système .
C’est le petit laïus qui me vint pour ouvrir le bal dominical. Je ne sais pourquoi… L’inspiration est la maîtresse de l’exercice. J’accompagne, docile, ma compagne familière. Passons à autre chose.
Terrasse du café, sous auvent, Mike, cheveux gris cendrés, pose son cigare sur le rebord du cendrier. Malgré les gouttelettes de pluies sur son visage, le goûteur déguste un vin de Gascogne. J’interroge sur sa santé. Le basque ne les a toujours pas consultées les dernières analyses. L’ami joue la roulette russe à sa façon. Le fanfaron ajoute qu’à soixante dix sept ans, il n’y a plus qu’à l’attendre venir, la gueuse.
Sourires étaient sa marque de fabrique. Svelte, maigrichonne diront les esthètes, la commerçante accueillait, avec l’émail de ses dents, une clientèle fournie, en sa petite boutique de charcuteries et de plats cuisinés. Mari préparait tambouille. Je fus client.
Après sa retraite, nous nous échangions toujours des courtoisies lorsque nous croisions dans la rue. La femme opérait dans les dentelles de la bienveillance. Malaise la prit, semaine dernière. Un caillou, AVC, en l’occurrence lui fit traverser la mince frontière entre vie et mort, à soixante sept ans, l’âge d’une de mes sœurs.
Plus g*i, j’ai revu Christian Mister Bean, délivré de son corset orthopédique. il n’apprécie plus les intempéries monotones. Rafistolé, l’énergumène me demande, sans détours, où je cache le soleil. Je vous ai dit, celui-là, est plus poète que n’importe qui.
Je vous livre sans qu’on me l’eût demandé trois pigments de ma toile quotidienne. J’y ajoute textes et poèmes qui se manifestèrent cette semaine, habitude d’un lunaire qui fît promesse de vous faire dimanche tant que vie lui permettra.
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ILLUMINATIONS
Sur mon bureau, gît vielle plaquette, achetée pas cher, aux marché des puces de Saint-Ouen, du temps des poches crevées et des espérances sans fin.
Je feuillette. Je m’éblouis. Le charme des illuminations d’Arthur agit sur le lecteur âgé autant qu’il le fît sur le jeune. C’est l’universel confié à une langue sauvage, une alchimie qui assure que l’absolu fait bien partie de la vie terrestre.
Je n’ai jamais été Rimbaldien, fidèle à mes horreurs de l’idolâtrie. Elle s’avère souvent génératrice d’existences passives, de frustrations entretenues
Je lis toujours Rimbaud pour réconforter (sourires) Thébault que son acte vain reste fondamental, qu’il n’y a pas d’expérience plus lumineuse que se confronter à l’immensité, quitte à envoyer paître les injonctions des gardiens de la morale, séides du temple de la consommation, janissaires des puissants..
Je m’identifie à personne, ni à lui, ni à un autre. Je poursuis mon chemin, dans la fierté de l’anonyme. Celui-ci peut toujours déplier son passeport de liberté.
Tiens là, j’épie les étoiles et la lune lourde. Je leur vole les étincelles que les maraudes cachent aux aveugles.
***
YEUX VEUFS
Yeux humains veufs
de la couleur originale
A quoi bon brasser
l’amble ?
Est-ce dans l’espoir
de dissoudre l’ennui ?
***
ABSOLUTION
Tout s’arrime ensemble
le doigt, la veine, l’encre.
Avant que
ne cesse la pluie
apprendre
la lente connaissance
du végétal de la terre
Ne chercher
aucune place
à défendre
S’absoudre
dans l’éclair que crée
la rencontre des
corolles de fleurs
et du soleil
***
CUL NU
Je n’y peux rien toujours
de plus en plus de mal
à tolérer le marchand
en ses tics de civilité
Je ne peux plus aussi
supporter une lecture
et la vanité qui va avec
enfin toutes les faussetés
De plus en plus
seul m’intéresse
l’humain cul nu de l’âme
Serge Mathurin THÉBAULT