11/01/2026
11 janvier 2026
J’épate… Enfin, je m’épate..
J’entrelace, presque artiste, les tissus des tap*sseries enfouies fond mémoire. Je les ai cherchées longtemps, sans savoir et trouvées, pareil. Je suis parvenu jusqu’à elles, au hasard, indécence du profane. Je ne sais comment. Une vraie vie est marquée de magie. La mienne en fut parsemée..
Je dis tout de mes insolences. Après l’épreuve du caillou (AVC pour rappel), cinq ans déjà, je chemine plus aisé sur la pente abrupte plombée par le mirage matériel..
Ahuri, ravi, je glane monceaux de félicité que j’introduis dans le goulot de ma bouteille à poèmes, non seulement pour en rendre compte mais surtout pour continuer l’incroyable aventure.
Je parachève ma recherche intérieure, sans concéder un pouce aux doigts crochus d’un quelconque pouvoir. Mes esgourdes n’entendent plus le chant des sirènes mercantiles. Les salopes ne m’entraîneront pas dans leur vide.
Plus j’avance et plus je vois, malgré mes yeux myopes, malades, le frétillement derrière les surfaces. Je décèle, derrière les écrans, les murs ou les visages, le bleu des cieux.
Je m’enroule dans ce don. Je tripote mes nerfs, les laisse tranquilles. J’en ai que faire du tapage creux des vaniteux. Je distingue clair. J’explique la raison de mon passage sur cette terre, chanter jusqu’à l’étranglement le beau qui traverse mes pupilles et berce mes paupières.
J’allume en ma chapelle des incendies que j’éteins aussitôt dès qu’ils ont répandu en ma tête agreste, l’encens dont elle a besoin. L’enivrant plane au-dessus des soucis. Il les efface, presque.
Ainsi je déambule sans mal, parmi les fils qui tressent l’osier des magnificences.
J’abuse du parfum des mots. Je les glisse dans mes phrases et s’ils ne parviennent pas jusqu’à vous, au moins, ils enchantent mon cellier.
Pardon, j’en dit trop ou pas assez. Je piétine taureau dans l’enclos trop petit pour son élan. Je m’aveugle, peut-être, d’y être enfin sur le parapet des étoiles,.
Pourtant, c’est de là que je vous écris. Échappé des galères inhérentes à toutes les activités humaines, je n’écris plus sous le joug du désir. Je l’inclue dans ma prose.
Je soulève menton, écarquille les mirettes. Que vois-je ? Une mince filet de neige recouvre les ardoises du toit.. La poudreuse ne durera pas. Au pays marin, les adjectifs éphémère et rare, définissent son passage. Je marque l’évènement sur ma pierre blanche.
Deux gosses raclent ce blanc clairsemé sur l’arête d’un muret. Les gamins tentent sans trop de succès, d’en faire des boules. Quelques passants avancent prudemment sur le trottoir, peur de la glissade. Une ouate poisseuse plombe le ciel. Un piaf continue à jouer l’aérien..
Moi, cossard, je retire une virgule. Elle me semble mal placée dans un texte, lui enlevant un peu de musicalité.
Sur ce, j’achève ma bafouille liminaire. Je chope dans ma hotte les choisis du jour, poèmes et proses qui honoreront ce nouvel opus du rite dominical.
Je vous laisse avec eux. Un infini vient de frapper à la porte de mon cerveau.
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ASSEZ VU !
Assez vu ! Je déserte la place. Rues blafardes s’entortillent dans le brouillard. Volets épandent le lisier de l’ennui. Au centre de la pièce du couvent, j’exécute, pingouin, quelque pas de danse, maladroits autour dune chaise. Je me mets en condition, pour la recevoir, l’inspiration. L’enjôleuse me mènera au royaume poésie.
Aujourd’hui, comme chaque jour, je crée l’effort Je tends muscles et attention pour décrypter les signes de l’objet inanimé. J’esquisse avec la guitare adossée au mur, les hanches de la féminité universelle.. J’attribue à ma plante Arbre de Jade, le vital du viril.
Je bouscule tout . Je chambarde tout. Les linteaux deviennent solives. La fenêtre enfante un corridor. Je l’emprunte J’opère dans la béatitude de la solitude.
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ALLERGIES
J’ai dû assister à de nombreuses lectures, souvent poétique. Ce fut calvaire. La vanité y produisait le faux à foison.
J’ai dû aussi assister à de nombreuses représentations théâtrales, où tout sentait le fabriqué, comme un roman commercial. Je suis devenu allergique à ce genre de spectacle.
Mon imaginaire n’a pas besoin d’autres interprétations que la sienne pour entrer dans la magie du verbe.
Je préfère lire le théâtre que de le voir jouer. Aujourd’hui j’ai relu, avec jubilation , « les Bonnes » de Jean Genet.
***
CHARRUE
Lampe sert de phare
sans elle
obscurité complète
Son reflet sur la vitre
c’est la lune
Diaphanes les lexies
quand elles n’expriment
aucune idée
tentation du pouvoir
Je coiffe ma dentelle
du silence absolu
J’attelle ma charrue
à l’insolence du poulain
Je plante mon soc
sur l’écharpe céleste
J’en soutire
des bris de diamants.
***
SUBJECTIF
L’eau est carrée
il dit
Et les confins de la mer
confirme ses dires
Il ajoute :
l’ananas est amer
Et la moue de sa bouche
l’atteste
Celui qui écrit le sensible
s’en prend au triangle
pour avaler le rectangle.
Serge Mathurin THÉBAULT