A deux voix

A deux voix Parce que l'expérience vécue est une force.

Pair-aidante professionnelle proposant un accompagnement par visioconférence pour personnes vivant avec un traumatisme complexe, des troubles dissociatifs (TDI) et sorties d'emprise sectaire.

13/04/2026

Écoutez!! "Chers juges du parquet"

Aujourd'hui, je partage avec vous un texte qui m'a profondément touchée. Il a été écrit par une personne que j'accompagn...
10/04/2026

Aujourd'hui, je partage avec vous un texte qui m'a profondément touchée. Il a été écrit par une personne que j'accompagne en pair-aidance, et c'est à sa demande explicite et avec son accord que je le publie ici.

Ce texte lui appartient. Je ne fais que lui offrir un espace de visibilité supplémentaire, parce qu'il mérite d'être lu, largement.

Ce qu'elle a mis en mots, c'est le vécu du Trouble Dissociatif de l'Identité, le TDI (ou DID en anglais).

Pas une définition clinique, pas une description de manuel. Une expérience incarnée, plurielle, traversée de silence, de survie, de stratégies invisibles, et d'une lucidité qui force le respect.

Elle écrit ce que la société dans son ensemble peine encore à reconnaître.

Le TDI reste l'un des troubles les plus mal compris, les plus caricaturés, les plus mal représentés dans les médias et la culture populaire.

On en fait un spectacle, un mythe, un "super-pouvoir", alors que ce que décrit ce texte est tout autre chose : une adaptation extrême à une souffrance extrême, une fragmentation de l'identité née dans la nécessité de survivre, et une solitude profonde.

Ce texte est un acte de courage. Je suis honorée de la confiance qui m'est accordée🙏🏻.

Une première série de fiches sur le contrôle de l'information et l'isolement dans les mécanismes d'emprise et de contrôl...
08/04/2026

Une première série de fiches sur le contrôle de l'information et l'isolement dans les mécanismes d'emprise et de contrôle coercitif

06/04/2026

J'ai conduit une analyse documentaire systématique du livre publié par la Communauté du Pain de Vie : "Pain de vie Pain des pauvres ou l'arbre à pain" (1988). Ce livre se trouve sur internet.

Je suis née dans cette communauté. Dans ce travail, j'ai appliqué seize catégories d'indicateurs d'emprise et de contrôle coercitif à l'ensemble du texte. 342 citations extraites, classifiées, articulées à un corpus théorique multidimensionnel : Lifton, Hassan (modèle BITE), Stark, Dutton & Goodman, Herman, Van der Hart, Nijenhuis & Steele, Fricker, Derocher, Jenkinson, Lalich, Singer, Sauvayre, Perry & Szalavitz, Bowlby & Ainsworth, Goffman, Parquet.

Ce n'est pas une lecture militante d'un texte religieux. C'est une lecture outillée, rigoureuse, méthodique, celle dont j'aurais aimé avoir accès il y a vingt ans, et que je construis aujourd'hui à partir de ce que j'ai vécu, étudié, et intégré comme compétence professionnelle.

Ce que ce document révèle sur des centaines de pages n'est pas anodin :
👉 contrôle de la pensée,
👉 contrôle du comportement,
👉 contrôle de l'information et des émotions ;
👉 subordination explicite du lien parent-enfant à la doctrine ;
👉 sacralisation de la souffrance comme voie de grâce ;
👉 inceste spirituel ;
👉 idéations suicidaires sacralisées et non signalées ;
👉 manipulation de personnes en état de vulnérabilité extrême.

Et une citation qui concentre à elle seule le substrat doctrinal du groupe : « La souffrance est rédemptrice. »

Je partage ce travail parce que la reconnaissance des mécanismes de contrôle coercitif dans les communautés religieuses fermées est encore trop rare dans l'espace public.

Parce que les personnes qui grandissent dans ces environnements, comme je l'ai fait, méritent que leur expérience soit nommée avec précision, pas euphémisée.

Et parce que le savoir expérientiel, lorsqu'il est articulé à des cadres théoriques solides, devient un outil d'analyse à part entière.

Ce document est produit à des fins d'information. Il ne constitue pas un avis juridique. Il est le fruit d'un travail de pair-aidante professionnelle spécialisée.

Dans un livre publié en 1988 par la Communauté du Pain de Vie, "Pain de vie Pain des pauvres ou l'arbre à pain", une pet...
06/04/2026

Dans un livre publié en 1988 par la Communauté du Pain de Vie, "Pain de vie Pain des pauvres ou l'arbre à pain", une petite fille de 3 ans est morte. Elle s'appelait Élizabeth.

Et voici ce que ce livre dit de sa mort :

Sa mort est d'abord euphémisée en « départ » : « le samedi 16 novembre, au petit matin, Élizabeth part pour "un autre pays, pas très loin d'ici" ». En marge de la page, une citation biblique prescrit l'attitude à adopter : « Le Seigneur a donné. Le Seigneur a repris, que le Nom du Seigneur soit béni ».

Puis la révolte légitime de sa mère est aussitôt encadrée : « pour apaiser la révolte qui va la submerger et pour l'aider à accepter que Dieu reprenne le don précieux de la vie qu'Il lui avait fait », cette acceptation s'est faite « dans une Paix inexplicable pour ceux qui ne connaissent pas Jésus », formulation qui classe implicitement quiconque conteste dans la catégorie de ceux qui ne connaissent pas assez Dieu.

Ensuite vient ceci, les derniers jours de cette enfant de 3 ans sont décrits ainsi : « elle ouvrait des yeux immenses et graves à chaque communion, des yeux de désir et d'attente trop longue : elle voulait Jésus, si fort ». Puis : « L'envie de Jésus l'a emportée sur la sienne ». Et pour finir : « Lui l'a trouvée si belle qu'Il a accédé sans résistance à son appel. Il est venu demeurer en elle ; elle est allée habiter en Lui ; ils sont heureux l'un en l'autre... et pour toujours. »

Cette enfant est morte.

Et le texte interprète sa mort comme une union heureuse, un désir comblé, une fusion mystique. Sa mort à 3 ans est le happy ending.

Un autre extrait : « Jésus avait permis que tous ceux qui auraient pu agir soient absents. »

L'absence de secours n'est pas une défaillance. Elle est la volonté de Dieu. Ce cadrage rend toute mise en cause institutionnelle impossible : s'indigner reviendrait à s'opposer à Jésus.

En août 1987, 21 mois après ce décès, ma famille a été envoyée au Cameroun pour remplacer celle d'Élizabeth.

J'avais exactement le même âge qu'elle. 3 ans.

Il n'y a pas eu de retour sur ce qui s'était passé. Pas de mesures de protection renforcées. Pas de questionnement sur les conditions dans lesquelles une enfant de 3 ans venait de mourir. Une autre famille est partie. Avec d'autres enfants. Dont une enfant du même âge que celle qui venait de mourir : moi.

J'ai grandi dans cette communauté. Je mène depuis des mois une analyse documentaire rigoureuse de ses textes fondateurs. Ce que je lis relève du contrôle coercitif au sens de Stark (2007) : la doctrine prime sur la vie des enfants, la souffrance est sacralisée pour neutraliser toute contestation, et la mort d'une enfant devient un argument théologique plutôt qu'une catastrophe à prévenir et à analyser. Derocher (2018, 2022) a documenté ce que vivent les enfants nés dans ce type de groupes. Je suis l'une de ces enfants.

J'aurais pu mourir comme elle.

Nommer, c'est ce qui permet que ça cesse.

En avril 2015, l'évêque Mgr Boulanger signait le décret de suppression de la reconnaissance canonique de la Communauté d...
04/04/2026

En avril 2015, l'évêque Mgr Boulanger signait le décret de suppression de la reconnaissance canonique de la Communauté du Pain de Vie où j'ai grandi.

Ce décret faisait suite au rapport de la Pastorale des Dérives Sectaires de la Conférence des Évêques de France, rédigé en 2014.

Ce rapport documente un culte de la personnalité, une interdiction absolue de tout questionnement, une coupure systématique avec les familles et les soignants, une exploitation financière massive, une surveillance interne par délation, des humiliations répétées et organisées, et au moins quatre suicides entre 1995 et 2012.

Mais il faut nommer comment ce rapport a été produit. On a demandé à une 30aine de personnes concernées d'écrire leur vécu, aucune enquête systématique de tous les sortants n'a été faite.

Sans leur donner à l'avance les grilles de lecture permettant d'identifier les mécanismes d'emprise. Le recueil de la parole s'est fait sans cadre analytique partagé, sans conditions sécurisées, sans accompagnement spécialisé.

Si on nous avait donné ces grilles en amont et si le recueil avait été conduit dans des conditions adaptées, nous aurions pu cocher tous les critères.

Dans ce rapport, je n'ai pas témoigné des violences se@uelles commises au sein même de cette communauté. À l'époque, j'étais dans la survie.

Le silence d'un rapport institutionnel sur des violences n'est pas la preuve de leur absence. C'est la preuve que les conditions du témoignage n'étaient pas réunies.

Et voilà ce qui me révolte profondément. L'Église a retiré sa reconnaissance canonique à la communauté du Pain de Vie, comme si ce geste suffisait à solder l'affaire.

Mais cette même Église avait validé, au fil des années, le Livre de Vie, le livre des règles de vie de la communauté, dans lequel le contrôle coercitif était présent de manière omniprésente, documentée, structurée.

Les évêques qui ont signé les décrets de reconnaissance connaissaient ces règles. Ils les ont cautionnées. Ils ont couvert et institutionnellement validé les maltraitances systématiques infligées aux adultes et aux enfants dans cette communauté.

Puis quand le scandale est devenu trop visible pour être ignoré, ils ont retiré leur reconnaissance et abandonné à leur sort toutes les personnes qui en étaient sorties. Pas de reconnaissance des préjudices. Pas de dispositif de soutien.

Où est la responsabilité institutionnelle ? Où est la justice ?

Aujourd'hui je suis pair-aidante professionnelle. Je verse ce dossier publiquement parce que nommer est un acte de justice. Parce que les personnes qui ont vécu la même chose ont le droit de savoir que ce qu'elles ont subi a été documenté, et que la responsabilité de ceux qui ont su et se sont tus reste entière.

Le recueil de la parole de toute personne sortant d'un système coercitif devrait être fait selon un modèle adapté et standardisé avec des personnes neutres et formées.

Je publie aujourd'hui un travail d'analyse documentaire, et que je partage ici dans un esprit de protection des personne...
02/04/2026

Je publie aujourd'hui un travail d'analyse documentaire, et que je partage ici dans un esprit de protection des personnes concernées et d'utilité institutionnelle.

Il s'agit d'une extraction exhaustive des citations à visée d'emprise et de contrôle coercitif contenues dans le "Livre de Vie de la Communauté du Pain de Vie", communauté dont la reconnaissance canonique a été retirée par l'Église catholique de France. J'y suis née et j'y ai grandi.

657 citations ont été extraites et analysées à partir d'un corpus théorique de référence couvrant seize catégories d'indicateurs : contrôle de la pensée (Lifton, 1961), modèle BITE (Hassan, 2018), contrôle coercitif (Stark, 2007 ; Dutton & Goodman, 2006), emprise sur les enfants (Derocher, 2008, 2018, 2022), dissociation structurelle (Van der Hart, Nijenhuis & Steele, 2006), injustice épistémique (Fricker, 2007), traumatisme complexe (Herman, 1992), et treize autres cadres complémentaires. Le document comporte également une section dédiée aux indicateurs légaux, notamment au regard de l'article 223-15-2 du Code pénal.

Ce travail n'est pas un témoignage. C'est une analyse professionnelle, rigoureuse, produite à des fins institutionnelles : signalement MIVILUDES, protection de l'enfance, accompagnement des personnes sorties du groupe.

Je le partage parce que nommer ce qui s'est passé, avec les mots de la science et du droit, pas seulement de la souffrance, est une forme de justice. Et parce que d'autres personnes nées dans ce groupe, ou dans des groupes similaires, méritent que ce travail existe et soit visible.

Ce document est produit dans le cadre de mon activité professionnelle (À DEUX VOIX, Pair-aidance en Santé Mentale). Il constitue une analyse à visée de signalement et ne constitue pas un avis juridique. Les qualifications pénales mentionnées sont de nature analytique et à vérifier avec un juriste spécialisé.

Voici le lien vers le document :

Voici des fiches qui sont dédiées à un sujet qui me touche particulièrement car étant personne concernée : les enfants q...
31/03/2026

Voici des fiches qui sont dédiées à un sujet qui me touche particulièrement car étant personne concernée : les enfants qui naissent et grandissent dans les groupes sectaires, sans avoir jamais connu d'autre monde.

Pour construire ce travail, je me suis appuyée sur un article fondateur publié dans ICSA Today : Ashley Allen, « Impact on children born into or raised in a cultic group » (Vol. 7, No. 1, 2016, p. 17-22). https://internationalculticstudies.org/research-highlights/impact-on-children-born-into-or-raised-in-a-cultic-group/

L'autrice de cet article, Ashley Allen, travailleuse sociale et thérapeute, est décédée en novembre 2025. Dans cet article, elle pose ce présupposé rare : chez l'adulte, le trauma répété érode une personnalité déjà formée, chez l'enfant, il forme et déforme la personnalité elle-même. Ce n'est pas une nuance. C'est une différence de nature qui justifie une approche entièrement spécifique, sur le plan clinique, juridique et social.

Les 11 fiches que je partage aujourd'hui cartographient les cadres théoriques qui permettent de comprendre ce qui se passe pour ces enfants : la rupture de l'attachement sécure quand le leader usurpe la place des figures parentales, l'impact neurologique de la privation de jeu documenté par Perry et Goldstein, la conscience morale rigide décrite par Lorna Goldberg, le choc culturel et la double identité analysés par Horback et Rothery-Jackson, et les théories absentes de l'article source mais indispensables, le contrôle coercitif au sens de Stark, la dissociation structurelle de Van der Hart, Nijenhuis et Steele, et l'injustice épistémique de Miranda Fricker, qui nomme avec précision ce que vivent ces enfants quand leurs témoignages ne sont pas crus et quand les institutions ne disposent pas des outils pour reconnaître ce qui s'est passé.

Ces fiches sont librement utilisables dans un cadre professionnel ou éducatif, avec mention de la source. Elles s'adressent aux professionnel·les de la protection de l'enfance, de l'accompagnement psychosocial, de la formation et de la recherche et à toutes les personnes directement concernées, pour qui mettre des mots sur ce qui s'est passé est souvent la première étape.

Fiches de théories et modèles internationaux qui permettent de comprendre deux réalités indissociables : comment une per...
30/03/2026

Fiches de théories et modèles internationaux qui permettent de comprendre deux réalités indissociables : comment une personne entre sous emprise, et comment elle peut en sortir.

Voici une série de 20 fiches pédagogiques que j'ai réalisées et que je partage, à destination des professionnel·les, des personnes concernées, et de toute personne qui accompagne ou cherche à comprendre.

Ces fiches couvrent dix auteur·es et modèles de référence : Lifton, Hassan, Singer, Prochaska et DiClemente, Sauvayre, Lalich, Derocher, Jenkinson, Parquet et Jacquette. Chacun abordé sous deux angles : les mécanismes de l'emprise d'un côté, les chemins de la désemprise de l'autre.

Ces modèles ne servent pas à pathologiser les personnes qui ont adhéré à un groupe coercitif. Ils servent à diagnostiquer le groupe et permettent un déplacement de la honte vers la compréhension.

Ces fiches sont librement utilisables, à condition de citer la source. Merci.

Je suis née et j'ai grandi dans une dérive sectaire. Durant mon enfance et mon adolescence, le gourou et sa femme ont co...
29/03/2026

Je suis née et j'ai grandi dans une dérive sectaire.

Durant mon enfance et mon adolescence, le gourou et sa femme ont commis des violences se@uelles à mon encontre. Et avant mes 18 ans, ils m'ont mise avec l'un de leurs fils, sans que je l'aie choisi, sans que j'aie pu dire non. Ce mariage m'a été imposé dans un contexte d'emprise totale, là où le consentement n'existe pas, là où la volonté d'une jeune femme ne compte pas. C'était un mariage forcé.

En septembre 2011, j'ai quitté ce groupe. Dans les années qui ont suivi, j'ai entamé de nombreuses démarches pour nommer ce que j'avais vécu, pour le faire reconnaître, pour demander réparation à la justice civile, et à l'Église catholique.

En mars 2015 j'ai entamé des démarches auprès de l'officialité de Marseille. Car l'Église n'est pas étrangère à ce que j'ai subi. Elle a cautionné cette dérive sectaire. Elle lui a accordé une reconnaissance canonique fondatrice. Des évêques ont validé. Des papes les ont reçus, félicités, remerciés. Pour moi, il fallait que cette instance là répare. Qu'elle nomme. Qu'elle assume une part de ce qu'elle avait rendu possible même si je ne suis plus ni croyante ni pratiquante.

J'ai donc demandé la nullité de mon mariage religieux. C'est une procédure canonique qui reconnaît qu'un mariage n'était pas valide dès l'origine notamment parce que le consentement était vicié.

Dans mon cas, la nullité a été prononcée sous le chef de "crainte infligée à l'épouse".

Des juges ecclésiastiques m'ont entendue pendant plusieurs heures. Des témoins ont été interrogés. Et au bout de presque quatre ans de batailles : nullité. L'Église a reconnu que je n'avais pas consenti librement.

Cette réparation a été minime. Elle n'a pas changé ma vie concrètement, je ne suis plus ni croyante ni pratiquante. Mais elle a compté. Parce qu'une institution complice a dit : ce mariage n'était pas libre.

Sauf que dans toute démarche de reconnaissance, auprès de l'Église, de la justice, de n'importe quelle institution, il y a souvent des violences systémiques qui surviennent en chemin.

À l'issue de cette procédure, en octobre 2018, l'official qui m'a reçu m'a dit que dans mon malheur, j'avais de la chance parce que la personne avec qui on m'avait mariée était plutôt beau garçon...

C'est ça aussi, la violence institutionnelle. Elle ne disparaît pas quand la décision est juste. Elle se glisse dans les mots, dans les couloirs, dans les apartés. Elle re-victimise au moment même où on vient chercher réparation.

Je partage cela parce que le mariage forcé en contexte sectaire reste largement invisible. Et parce que celles et ceux qui osent les démarches méritent mieux que d'être "félicitées" d'avoir "eu de la chance".

Il existe une forme d'inceste dont personne ne parle encore vraiment. Une forme d'inceste qui n'a pas encore de nom dans...
28/03/2026

Il existe une forme d'inceste dont personne ne parle encore vraiment.

Une forme d'inceste qui n'a pas encore de nom dans la loi, même si elle existe dans les corps, dans les mémoires, dans les vies brisées de celles et ceux qui l'ont traversée.

Je vais en parler parce que c'est mon histoire, et parce que beaucoup d'autres méritent d'être reconnu·e·s.

Dans une dérive sectaire, le gourou ou la gourrelle ne se contente pas d'exercer une emprise sur des adultes. Il ou elle prend la place des parents. Il décide, il élève, il forme l'identité de l'enfant, de tous les enfants. Il devient, dans l'univers mental et affectif de cet enfant, le père ou la mère, parfois plus réel que les parents biologiques eux-mêmes, parce que toute la structure de la dérive a organisé cette substitution.

C'est ce qui m'est arrivé. Le gourou de la communauté dans laquelle j'ai grandi a été ma figure paternelle. Dès l'enfance il a commis des violences sexuelles à mon encontre. A quinze ans, il m'a retirée à mes parents pour m'installer chez lui, à sa disposition. Il m'a forcée à épouser l'un de ses fils, il est devenu mon beau-père, le grand-père de mes enfants.

Dans ma réalité d'enfant puis d'adolescente, cet homme était mon père. Pas de sang, mais de fait, d'autorité, de formation identitaire totale. Je n'avais pas les mots pour nommer ce que je vivais. Mais aujourd'hui, je les ai : c'était de l'inceste. Un inceste par substitution parentale.

Cette réalité ne se limite pas aux dérives sectaires. Dans l'Église catholique, le prêtre est littéralement appelé « père ». Il est le père de ses brebis, le père de ses croyants. Cette figure paternelle spirituelle n'est pas une métaphore, elle structure les liens affectifs et psychiques des enfants qui grandissent dans cet univers.

Quand ces figures paternelles commettent des violences sexuelles sur ces enfants, les victimes n'ont pas seulement subi des crimes. Elles ont subi quelque chose qui a la structure psychique de l'inceste, avec tout ce que cela implique en termes de trahison absolue, de confusion identitaire, d'effacement des repères. Elles méritent d'être reconnues comme telles.

La loi française reconnaît l'inceste dans le cercle familial. Mais elle n'a pas encore pensé l'inceste spirituel. Elle n'a pas encore nommé ce qui se passe quand la figure paternelle est un gourou, un prêtre, un leader charismatique investi d'une autorité totale sur l'enfant.

Cette lacune n'est pas neutre : elle prive des victimes d'une reconnaissance qui serait pourtant juste, exacte, et qui changerait profondément la prise en charge juridique et psychique de ce qu'elles ont traversé.

Il est temps que la loi évolue pour intégrer l'inceste par substitution parentale, l'inceste spirituel dans le spectre des violences incestueuses reconnues. Pas comme une exception. Comme une réalité que nous sommes nombreuses et nombreux à avoir vécue.

Adresse

17, Boulevard Champfleury
Avignon
84000

Site Web

https://www.instagram.com/adeuxvoix/, https://cn2r.fr/, https://www.gemppi.org/, http://linkedin.c

Notifications

Soyez le premier à savoir et laissez-nous vous envoyer un courriel lorsque A deux voix publie des nouvelles et des promotions. Votre adresse e-mail ne sera pas utilisée à d'autres fins, et vous pouvez vous désabonner à tout moment.

Partager

Share on Facebook Share on Twitter Share on LinkedIn
Share on Pinterest Share on Reddit Share via Email
Share on WhatsApp Share on Instagram Share on Telegram