19/04/2026
QUELLE EST LA DIFFÉRENCE ENTRE DÉPRIME ET DÉPRESSION ?
J’entends souvent dire : « je suis déprimé·e » ou « mon docteur m’a prescrit des médicaments parce que je suis déprimé·e ».
Même si autrefois la France était reconnue comme la championne de la consommation de psychotropes (antidépresseurs et anxiolytiques), depuis une décennie, elle ne fait plus partie des pays d’Europe où les antidépresseurs sont les plus consommés. Selon les dernières données de l’OCDE, ce sont les pays nordiques – et surtout l’Islande – qui comptent parmi les plus gros consommateurs.
Je suis toujours étonnée, voire indignée, lorsqu’un médecin peut prescrire rapidement - et parfois de manière systématique - ce type de médicament à une personne qui pleure ou qui exprime son mal-être, sans en rechercher les causes.
Qu’en est-il vraiment ?
La déprime et la dépression sont deux termes bien différents. S’ils ont certains symptômes en commun, ils ne veulent en aucun cas dire la même chose. Il est important de les différencier.
LA DÉPRIME est un état passager qui se manifeste par de la tristesse, de la fatigue, de l’irritabilité, des insomnies, une baisse de motivation et de libido, ou encore une perte d’appétit, mais sur le court terme.
Toute personne peut éprouver ce que l’on appelle un « coup de blues », « avoir le cafard », surtout lorsqu’elle fait face à des événements difficiles tels qu’une crise dans son couple, des conflits professionnels ou des soucis de santé.
La personne peut être triste, déprimée, avec des difficultés à s’endormir, mais il s’agit d’une baisse d’énergie passagère liée à une situation donnée.
La vie n’étant pas un fleuve tranquille, il est important d’accepter cette baisse d’énergie, cette perte de plaisir et d’intérêt, cette tristesse, pour pouvoir remonter la vague.
Les fluctuations de l’élan vital sont normales.
LA DÉPRESSION - ou état dépressif - est un trouble psychique qui affecte fortement l’humeur et qui a un retentissement important sur la vie quotidienne.
La dépression entraîne une vision négative de soi, du monde, de l’avenir, avec le sentiment que l’on ne va jamais s’en sortir, qu’il n’y aura jamais de fin, qu’il est impossible de toucher le fond pour pouvoir rebondir.
C’est un effondrement de l’élan vital, avec une fatigue intense, des difficultés de concentration, mais aussi des troubles du sommeil, des troubles du comportement alimentaire, des troubles digestifs, des troubles sexuels, une forte dévalorisation de soi, des difficultés à faire des choix, une vision du futur négative et des pensées suicidaires.
J’utilise souvent une métaphore pour illustrer la dépression :
Prenez un grand pot, vous y mettez une grande couche de colère, puis une petite couche de tristesse, et vous fermez. Ainsi, colère et tristesse ne peuvent pas s’échapper.
Ne pas exprimer ses émotions, les refouler, ne pas sentir pour ne pas souffrir, constitue un terrain propice aux somatisations et à la dépression.
En effet, la colère est une émotion saine lorsque nous vivons une situation injuste, une frustration ou une insatisfaction. La tristesse est une émotion saine lorsque nous vivons une perte.
Marshall B. Rosenberg écrit :
« Je suis persuadé que nous sombrons dans un état dépressif parce que nous n’obtenons pas ce que nous voulons, et nous n’obtenons pas ce que nous voulons parce que nous n’avons jamais appris à l’obtenir. Nous avons en revanche appris à être des enfants modèles, des parents modèles. Si nous tenons à correspondre à ces modèles, autant nous habituer à être déprimés. La dépression est la récompense que nous obtenons pour notre conformité.
J’ai réalisé que les sentiments de colère et de dépression n’étaient que des expressions d’une conscience déformée résultant de mes pensées.
[…] Il faut dire que peu d’entre nous ont été éduqués à penser en termes de besoins. On nous a plutôt enseigné à chercher ce qui ne va pas chez l’autre lorsque nos besoins ne sont pas comblés. […] Or j’ai constaté à maintes et maintes reprises qu’à partir du moment où les gens parlent de leurs besoins plutôt que de ce qui ne va pas chez l’autre, la possibilité de trouver comment satisfaire les besoins de tous est accrue de façon significative. »
Marshall B. Rosenberg, Les mots sont des fenêtres (ou bien ce sont des murs)
La psychothérapie est un traitement essentiel de la dépression.
Toutefois, dans les cas de dépression très sévère, elle peut être associée à la prise d’antidépresseurs et parfois d’anxiolytiques.
ET LE BURN-OUT ?
Le burn-out, ou syndrome d’épuisement, est encore autre chose.
Il est généralement lié à un contexte précis, le plus souvent professionnel, dans lequel la personne a été exposée de manière prolongée à un stress intense, à une surcharge, à des exigences élevées ou à un manque de reconnaissance.
Lorsqu’il n’est pas lié au travail, on parle plus largement d’épuisement.
Contrairement à la dépression, qui touche l’ensemble de la vie psychique, le burn-out s’installe d’abord dans un domaine spécifique : le travail. Il se manifeste par un épuisement profond, une perte d’énergie, un sentiment de débordement, un désinvestissement, voire un détachement émotionnel.
Avec le temps, s’il n’est pas pris en charge, le burn-out peut évoluer vers une véritable dépression.
Là encore, il ne s’agit ni d’un manque de volonté ni d’une fragilité personnelle, mais d’un signal d’alarme : quelque chose, dans l’environnement ou dans le fonctionnement de la personne, a dépassé ses capacités d’adaptation.
D’où l’importance d’intervenir tôt.
Le stress devient dangereux lorsqu’il s’installe dans la durée sans régulation.
Il évolue généralement en trois phases :
→ une phase d’alarme, où le corps se mobilise face à une situation perçue comme exigeante
→ une phase de résistance, où la personne s’adapte et “tient” malgré la fatigue
→ puis, si rien ne change, une phase d’épuisement, où les ressources sont dépassées
Être attentif·ve aux signaux précoces - fatigue persistante, irritabilité, troubles du sommeil, perte de motivation - permet d’agir avant l’effondrement.
Prendre soin de son stress à temps, c’est déjà prévenir le burn-out.
Texte : Francine Baraban