22/02/2026
👩🔬 Supplémentation en vitamine D : toujours associer à de la vitamine K2 (à ne pas confondre avec la vitamine K1), pour que le calcium se dirige bien vers les os et pas vers les tissus mous (vaisseaux, articulations, reins... 😉).
Merci au Dr Djalane pour cette belle explication 🙏
Vitamine D et vitamine K2 : chronique d’une confusion entretenue…
Dr. Aziz Djalane. Le : 21.02.2026.
Il existe des confusions bénignes, innocentes.
Celles que l’on tolère, qui résultent de la simplification pédagogique ou de l’approximation humaine.
Et puis il y a ces confusions persistantes, enracinées dans l’habitude, de vingt voire trente ans d’âge, répétées sans examen critique, jusqu’à devenir des évidences collectives — et parfois des dogmes silencieux.
La confusion entre vitamine K1 et vitamine K2 appartient à cette seconde catégorie.
Depuis des décennies, je vois défiler des patients consciencieusement supplémentés en Vitamine D3. Les intentions sont nobles, il n’y a rien a redire, du moins presque toujours. Renforcer l’os, soutenir l’immunité, prévenir la fragilité du vieillissement. Les doses varient, les prescriptions se multiplient avec une assurance qui frôle parfois l’optimisme naïf…
Mais presque jamais, ou si rarement, la question de la vitamine K2 n’est abordée.
Lorsque je l’évoque, la réponse revient, comme un automatisme rassurant :
« Je mange des légumes verts, donc je ne manque pas de vitamine K. »
Certes. Vous consommez de la Vitamine K1. Mais la biologie n’est certainement pas une affaire d’orthographe.
Même lettre, fonctions radicalement distinctes
La vitamine K1 se concentre dans le foie. Elle active les facteurs de coagulation. Elle prévient l’hémorragie. Elle est vitale.
La Vitamine K2, elle, agit ailleurs, dans un registre plus subtil et souvent ignoré : celui du destin du calcium. Elle active l’ostéocalcine, garantissant que l’os se minéralise avec justesse. Elle active la Matrix Gla Protein, frein indispensable à la calcification artérielle.
La K1 protège du saignement.
La K2 protège de la rigidité silencieuse des tissus.
Les confondre, c’est méconnaître l’exquise précision de l’économie biologique.
La K2 : une famille trop souvent résumée
La vitamine K2 n’est pas un bloc homogène.
Elle est une famille de ménaquinones (MK-n), dont au moins quatorze formes naturelles ont été identifiées.
La MK-1 correspond, en réalité, à la vitamine K1.
Les véritables formes de K2 débutent à MK-4 et s’étendent jusqu’à MK-14. En pratique clinique, trois groupes retiennent l’attention :
• MK-4
• MK-7
• MK-8 / MK-9
Les autres formes appartiennent davantage aux catalogues biochimiques qu’à la pratique quotidienne.
MK-4 : intensité brève
La MK-4 est une forme à chaîne courte.
On la retrouve dans certains tissus, et l’organisme peut en produire à partir de la K1, bien que cette conversion reste variable et limitée.
Son trait distinctif : une demi-vie plasmatique courte, de l’ordre de quelques heures.
À dose nutritionnelle (100–200 µg), son effet systémique demeure modeste.
Pour obtenir un effet clinique significatif, certaines stratégies recourent à des doses pharmacologiques élevées — jusqu’à 45 mg par jour dans certains protocoles japonais, en association avec de la Nattokinase. Il s’agit alors de milligrammes. Ce n’est plus de la nutrition, c’est de la pharmacologie.
La MK-4 n’est pas inefficace : elle est exigeante…
MK-7 : la continuité biologique
La MK-7, issue principalement de fermentations bactériennes traditionnelles, présente une chaîne plus longue.
Et cette longueur structurelle lui confère un avantage majeur : la continuité.
Sa demi-vie plasmatique s’étend sur 48 à 72 heures, permettant une diffusion extra-hépatique efficace et une activation continue des protéines dépendantes de la vitamine K.
À des doses comprises entre 90 et 200 µg par jour, elle réduit significativement les formes non carboxylées de l’ostéocalcine et de la Matrix Gla Protein.
La MK-4 agit intensément mais brièvement.
La MK-7 agit discrètement mais durablement.
En prévention, la constance l’emporte souvent sur l’intensité ponctuelle.
Vitamine D : mobilisation sans orientation ?
La vitamine D3 augmente l’absorption intestinale du calcium de façon spectaculaire, et sans laquelle reste très limitée, et stimule la synthèse des protéines dépendantes de la vitamine K.
Mais une protéine non carboxylée demeure inachevée.
Supplémenter en vitamine D sans assurer un apport suffisant en K2, c’est accélérer un flux sans en maîtriser la destination.
La physiologie ne récompense pas les stratégies partielles.
Conséquences potentielles d’une supplémentation en vitamine D sans K2
Une supplémentation conséquente en vitamine D, en l’absence d’un apport adéquat en K2, peut entraîner plusieurs effets indésirables liés à la mauvaise orientation du calcium :
• Calcification vasculaire : dépôt de calcium dans les artères, favorisant rigidité et hypertension.
• Rigidité cardiaque : calcification des valves et diminution de la compliance ventriculaire.
• Néphrocalcinose : accumulation de calcium dans les reins, risque de lithiases et altération fonctionnelle.
• Hypercalcémie : fatigue, nausées, constipation, troubles du rythme cardiaque.
• Calcification tissulaire ectopique : dépôts dans tendons et tissus mous, douleurs et perte de souplesse.
• Activation incomplète des protéines dépendantes de la K2 : ostéocalcine et MGP restent partiellement inactives, limitant la fixation osseuse.
• Déséquilibre phosphocalcique : perturbation du ratio calcium/phosphate, favorisant fragilité osseuse et micro dépôts.
• Risque métabolique accru : calcification pancréatique et microvasculaire, altérant microcirculation et sensibilité à l’insuline.
À l’attention des nouveaux prescripteurs :
Ce texte s’adresse particulièrement à ceux qui, convaincus de l’intérêt de la vitamine D, la prescrivent à tour de bras, parfois sans mesurer toutes les conséquences d’une mobilisation calcique mal encadrée.
Prescrire la vitamine D n’est pas un geste anodin.
C’est intervenir dans un équilibre phosphocalcique délicat, dont la subtilité échappe souvent à ceux qui se limitent aux recommandations standardisées.
Aux cardiologues qui m’honorent de leur présence:
Je m’adresse aussi, avec respect, aux confrères cardiologues qui hésitent parfois à inclure la K2 dans leurs prescriptions, par crainte d’interférer avec l’hémostase.
La confusion est compréhensible.
La K1 agit surtout sur les facteurs de coagulation hépatique.
La K2, notamment MK-7 à dose nutritionnelle, agit en extra-hépatique sur ostéocalcine et MGP.
Aux doses usuelles (90–200 µg), la MK-7 ne crée pas d’hypercoagulabilité chez le sujet non traité par antivitamine K. Personnellement, bilans biologiques et scan calcique a l’appui, j’ai pris l’habitude argumentée de prescrire : 100 µg K2 pour chaque 5000 UI de D3.
Ne pas intégrer la K2 par crainte théorique mérite réflexion, voire même une remise en question…
La majorité n’est pas la vérité
On m’objecte parfois :
« Si la majorité des recommandations ne mentionne pas systématiquement la K2, c’est qu’elle n’est pas indispensable. »
Je repense alors à cette phrase de Coluche :
« Ce n’est pas parce qu’ils sont nombreux à avoir tort qu’ils ont raison. »
La majorité fabrique un consensus. Elle ne produit pas nécessairement la justesse. La physiologie ne vote pas. Elle obéit à ses propres lois.
Conclusion : restaurer la cohérence
Toutes les formes de K2 ne se valent pas.
Toutes les supplémentations en vitamine D ne sont pas équivalentes.
La MK-7, par sa stabilité plasmatique et sa cohérence physiologique, est aujourd’hui la forme la plus pertinente dans l’accompagnement quotidien de la vitamine D.
La vitamine D ouvre la porte au calcium.
La K2, et plus spécifiquement la MK-7, lui indique sa destination.
Et en médecine, ce n’est jamais l’entrée qui décide de l’équilibre.
C’est l’orientation. A bon entendeur…
Dr. Aziz Djalane. Médecine Fonctionnelle et Intégrative Email : dr.a.djalane.econsultation@gmail.com Telegram : https://t.me/DrAzizDjalane_Teleconsult Fb : https://www.facebook.com/Dr.Aziz.Djalane/ https://www.facebook.com/profile.php?id=61588104157619