19/03/2026
« L’important, c’est que bébé aille bien. »
C’est sans doute la phrase que je hais le plus en tant que doula. Pas parce qu’elle est fausse, bien sûr que la santé du bébé compte.
Mais parce qu’elle écrase tout le reste. Elle balaie d’un revers de main l’expérience de la mère, son corps, ses émotions, son vécu. Comme si, au moment précis où un enfant naît, la femme CESSAIT D'EXISTER.
Cette phrase, on la sort comme une conclusion universelle, un pansement rapide pour faire taire une douleur, une déception, parfois un traumatisme. Accouchement violent ? L’important, c’est que bébé aille bien.
Consentement bafoué ? L’important, c’est que bébé aille bien.
Sentiment d’échec, solitude, peur ? Tu l’as deviné !
Mais non. Non, ce n’est pas suffisant.
Une naissance, ce n’est pas seulement un résultat médical. Ce n’est pas une ligne d’arrivée où seul le bébé compte. C’est une traversée, une expérience fondatrice, inscrite dans le corps et la mémoire d’une femme pour le reste de sa vie. Et réduire ça à “au moins le bébé va bien”, c’est nier la violence que certaines ont vécue. C’est leur dire, en creux : “ton ressenti n’a pas d’importance”.
Pourquoi faudrait-il choisir ? Pourquoi le bien-être du bébé devrait-il se faire au détriment de celui de sa mère ? Une société qui accepte ça sans broncher en dit long sur la place qu’elle accorde aux femmes : essentielles pour enfanter, secondaires pour exister.
En tant que doula, je refuse cette hiérarchie. Je refuse qu’on demande aux femmes d’être reconnaissantes quand elles ont été ignorées, maltraitées, ou simplement pas écoutées. Une mère qui va bien, respectée, soutenue, c’est aussi un bébé qui va bien. Les deux ne sont pas opposés. Ils sont indissociables.
Alors non, je ne me contenterai jamais de cette phrase. Parce qu’elle est trop petite. Trop pauvre. Trop injuste.
L’important, ce n’est pas seulement que bébé aille bien.
L’important, c’est que la mère aussi.