26/02/2026
On me caricature souvent comme « celui qui dit que les tests ne servent à rien ».
Ce n’est pas seulement inexact, c’est surtout révélateur d’un malentendu plus profond sur ce que nous faisons en clinique.
Le DSM – dans sa version actuelle, le DSM-5-TR – est un manuel descriptif. Il organise les troubles à partir de leurs manifestations observables : comportements, symptômes rapportés, retentissement fonctionnel. Il répond essentiellement à une question : que se manifeste-t-il cliniquement ? Nous sommes ici au niveau phénoménologique.
Ce niveau est indispensable. Il permet de parler le même langage, d’établir des critères partagés, d'améliorer la fiabilité diagnostique. Mais il ne dit rien, ou presque, du fonctionnement interne de la personne. Il décrit le tableau. Il n’explique pas les mécanismes.
C’est précisément à cet endroit que la neuropsychologie, selon moi, prend sa place.
Non pas la neuropsychologie réduite à une succession de scores et de normes mais la neuropsychologie comme approche processuelle : celle qui cherche à comprendre comment les systèmes attentionnels, exécutifs, émotionnels, motivationnels et sociaux s’organisent chez un individu donné.
Autrement dit, le DSM décrit le « quoi ». La neuropsychologie explore le « comment ». Il ne s’agit donc pas d’opposer les deux niveaux. Il s’agit de les articuler.
Prenons un exemple simple. Deux adolescents peuvent présenter une agitation importante en classe. Phénoménologiquement, cela se ressemble. Pourtant, les mécanismes sous-jacents peuvent être radicalement différents : l’un peut présenter une dysrégulation attentionnelle, l’autre une anxiété anticipatoire. Si l’on s’arrête au comportement, tout paraît homogène. Si l’on analyse les processus, les profils divergent.
Et c’est là que le diagnostic différentiel devient possible. Pas sur une liste de comportement mais bien sur des processus cognitifs sous jacents bien différents.
Concernant les tests, ma position est simple : ils ne sont ni inutiles, ni sacrés. Ils sont des outils. Et un outil n’a de sens que par rapport à la question qu’on lui pose.
Je reviens donc au TDAH (ben oui quand même ...). Dans le TDAH, par exemple, les critères diagnostiques relèvent du niveau phénoménologique. Ils reposent sur l’entretien clinique, l’histoire développementale, les informations croisées provenant des différents contextes de vie. Les tests cognitifs ne sont ni nécessaires ni suffisants pour répondre à la question DSM : « Les critères sont-ils remplis ? »
En revanche, lorsqu’il s’agit de comprendre le fonctionnement cognitif de la personne, ses forces, ses fragilités, les mécanismes qui expliquent certaines difficultés, ou d’explorer un diagnostic différentiel (selon les questions que l'on se pose), alors l’évaluation neuropsychologique devient pertinente. Elle éclaire le fonctionnement. Elle ne remplace pas l’entretien.
Le problème n’est donc pas « pour ou contre les tests ». Le vrai enjeu est : quelle est la question clinique que je suis en train de traiter et quelle démarche est la plus pertinente pour y répondre ?
Confondre les niveaux d’analyse conduit soit à surinvestir les tests, soit à les discréditer inutilement. Articuler les niveaux permet une clinique plus fine, plus rigoureuse et plus respectueuse de la complexité humaine.
C’est cela que je défends.
Une articulation. Pas une hiérarchie.
Une clinique qui relie le symptôme aux mécanismes, sans réduire l’un à l’autre.