26/01/2021
Le guerrier hors la loi
~ un chaman lumineux
A la veille d'un énième discours de la part de ceux qui nous gouvernent et décident du sort de millions de personnes en faisant usage de règles devenues totalement liberticides et insensées, je me fais une joie de vous partager ce qui suit. Seuls les plus curieux, ou les plus disponibles me liront entièrement car le texte est un peu long. Désolée...mais ça vaut le détour!
Lorsque les lois de vie en société s'immiscent dans nos vies privées jusqu'à les détruire, il convient d'agir avec lucidité et conscience avec les moyens qui sont les nôtres.
S'empêcher de vivre par peur de mourir ne fait pas partie de mes modes d'action.
Je vous laisse découvrir Guillermo Borja un chaman urbain, un guerrier de l’ombre, du dévoilement, et un chercheur de vérité. La vérité, comme le chemin le moins douloureux vers la lumière, jusqu’au cœur.
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La Locura lo cura (La folie guérit la folie) est le récit d’une expérience menée par le psychiatre Guillermo Borja (1951-1995), durant son incarcération à Almoloya au Mexique pour usage de plantes hallucinogènes lors d’une cérémonie traditionnelle huichol.
Durant sa détention qui dure quatre ans, la directrice adjointe de la prison l’invite à prendre en charge le service psychiatrique où grâce à ses soins peu académiques, il vient en aide et en soins auprès de 72 malades mentaux.
N’ayant connu toute leur vie que la misère et la violence, ces « fous » parviennent à former une communauté, apprennent à méditer et à cultiver un jardin.
Ils remportent même un prix lors d’un festival de théâtre.
Ainsi est né La locura lo cura, manifeste thérapeutique humaniste et poétique où Borja partage quelques-unes des intuitions de sagesse qui l'ont aidé à mener cette expérience inoubliable de transformation collective.
Les pages de son aventure carcérale font la lumière sur ses «méthodes» qui combinent les techniques de Gestalt avec l'héritage de ses professeurs - psychiatres non conventionnels, guérisseurs indigènes, chamans huichols.
C'est un petit texte d’une haute portée spirituelle qui a bouleversé les thérapeutes du monde entier, un voyage vers la conscience. Le livre n’a jamais été traduit en français.
Qui est Guillermo Borja ?
Guillermo Borja (1951-1995) appartient à une lignée de thérapeutes maudits, comme on parle de poètes maudits, lignée à laquelle appartiennent Wilhelm Reich, David Cooper, Sandor Ferenczi, Alejandro Jodorowsky et bien d’autres, tous ceux qui ont bravé les cadres de l’exercice thérapeutique pour ouvrir de nouveaux possibles.
Ils sont craints, détestés et souvent combattus par les institutions mais révérés par les chercheurs de vérité et les guerriers du soin.
Appelé Memonio par ses proches (rapprochement de « Memo », diminutif de Guillermo et de « Demonio », démon), Guillermo Borja est né en 1951 à Irapuato, au Mexique.
Il passe ses premières années de formation à étudier avec le Dr. Salvador Roquet, pionnier dans l’usage des psychotropes au Mexique, avec la fameuse guérisseuse Maria Sabina, ainsi qu’avec un mystérieux chaman Huichol nommé Oswaldo qui l’aurait adopté. Il devient ensuite disciple et collaborateur du psychiatre Claudio Naranjo qui salue en lui une créativité déconcertante, thérapeute gestaltiste presque malgré lui principalement dans le fait d’envisager que l’on puisse faire de la thérapie en s’appuyant sur la vérité de l’expérience et le courage d’être soi-même.
Robin des Bois qui ne s’embarrasse d’aucune règle ni d’aucune convention lorsqu’il s’agit d’aider ses semblables, Borja continue durant des années à célébrer le jour des Morts dans le désert mexicain en compagnie d’un indien Huichol, cérémonie du peyotl à laquelle assistent Mexicains et Européens. Jusqu’au jour où, en novembre 1990, il est dénoncé, arrêté et condamné à quatre ans de prison.
Six mois après sa libération de la prison d’Almoloya où il a passé quatre années, il meurt du sida la nuit du 10 au 11 juillet 1995.
Homme d'action, Borja sortait de son bureau pour amener la psychothérapie dans la rue, partout où la souffrance humaine l’appelait.
Sa manière confrontante et puissante a laissé sa marque sur toute une génération de grands Gestaltistes au Mexique, en Espagne, au Brésil et en Italie, thérapeutes et guérisseurs qui sont aujourd'hui reconnus comme les disciples de Memonio.
« La Locura lo cura. Manifiesto psicoterapéutico » ( La Folie soigne. Manifeste psychothérapique) est tiré d’une série d’entretiens enregistrés sur bande durant l’incarcération de Memo, puis retranscrits.
Memo commence par relater son expérience à la prison d’Amoloya, où il prit en charge bénévolement le pavillon des psychotiques.
Voici ce qu’il nous en dit : « C’était un bâtiment abandonné avec 72 psychotiques, nus, avec des infections sur le corps, sans traitement psychiatrique, et qui vendaient aux autres prisonniers le peu de médicaments qu’ils recevaient (le fait de ne pas prendre ces saloperies me sembla très sain de leur part).
Ils déambulaient dans toute la prison, nus, la population pénale les violait, les utilisait, leur faisait faire la lessive; ils n’étaient pas protégés par les gardiens.
Les médecins ne se rendaient pas dans ce bâtiment, le département de psychologie en avait peur, et ce bloc était celui qui avait le plus fort indice en matière de violences, suicides et meurtres.
Dans chaque cellule, faite pour recevoir une personne, vivaient quatre personnes.
Il n’y avait pas d’eau. Tout le bâtiment était tapissé d’excréments... ».
À sa sortie, c’est un lieu de vie clair et propre, avec un potager, un jardin et des ateliers, où l’on pratique quotidiennement la méditation.
Son programme fait figure de modèle et a été repris dans d’autres établissements pénitentiaires mexicains.
Mais ce livre, comme l’indique son sous-titre, est aussi un manifeste psychothérapique, l’occasion pour Guillermo Borja de nous livrer ses pensées, souvent péremptoires mais non moins souvent pétillantes de vérité et de finesse clinique, sur l’art psychothérapeutique et ses représentants.
Il aimait rappeler haut et fort que « quand un thérapeute est un mauvais thérapeute, c’est qu’il n’est pas une personne ».
Homme d’action, homme d’intensité, Memo ne donnait pas beaucoup dans l’écriture, pas plus qu’il ne croyait aux cinquante minutes de la consultation ou au divan; il préféra accomplir son office avec une lucidité mordante, dans la rue, dans le désert, dans les bars, au lit...
Le quotidien fut la scène de son engagement honnête dans les relations et dans la vie.
Malheur aux thérapeutes « light » qui se sont risqués à passer le seuil de sa folie…
Il se reconnaissait comme un chaman urbain, un guerrier de l’ombre, du dévoilement, et un chercheur de vérité. La vérité, comme le chemin le moins douloureux vers la lumière, jusqu’au cœur.
Il faisait de chaque moment de sa vie un espace de liberté et d’engagement qui fascinait ou blessait, enchantait ou décontenançait, mais ne pouvait laisser indifférent.
Il eut donc des amis et des ennemis à la hauteur de l’authenticité de son contact et de sa formidable capacité soignante.
Il laisse surtout beaucoup de personnes reconnaissantes car comme tout « serviteur » (autre nom donné aux chamans en Amérique latine), il s’engageait totalement dans le contact et exigeait que l’autre en fasse de même, et c’est cette capacité à devenir une personne, au-delà des étiquettes familiales ou des diagnostics médicaux, à prendre la responsabilité d’être soi-même, en toute vérité, que Memo sut si bien développer et transmettre à ses semblables, pour leur plus grand profit.
Guillermo Borja laisse des disciples au Mexique, en Espagne où il exerça une forte influence dans le milieu gestaltiste dans les années 90, au Brésil et en Italie.
Source: https://www.cairn.info/revue-gestalt-2005-1-page-39.htm
Source: gratitude à Renata Armesto et Jean-Philippe de Tonnac.
Photo: à gauche Guillermo BORJA