09/02/2026
L’empêchement.
Ou l’art inconscient d’éviter ce que l’on ne veut pas affronter.
Il y a celles et ceux qui ne peuvent jamais.
Jamais venir.
Jamais s’organiser.
Jamais faire autrement.
Toujours une urgence.
Toujours une douleur.
Toujours une maladie qui surgit le dimanche soir, à l’approche du lundi matin.
Et si, derrière cet empêchement permanent, ne se cachait pas une incapacité…
mais une impossibilité psychique à accepter une vérité plus simple :
je ne veux pas, ou je ne me sens pas à la hauteur.
L’enfant toujours en re**rd pour l’école.
Celui qui “rate” son contrôle et récolte un zéro, non par manque de capacités, mais pour éviter l’épreuve d’être évalué.
Le salarié qui multiplie les pauses ci******es pour ne pas entrer dans la réunion, pour ne pas soutenir le regard des collègues, pour ne pas se confronter.
Celui ou celle qui est toujours très malade, toujours contraint de s’arrêter, de rappeler, d’expliquer, de justifier son absence au travail.
La maman en post-partum qui ne parvient pas à organiser une garde, parce que la séparation est trop lourde ou que les enjeux familiaux sur la place de la mère sont accablant.
Et puis il y a celui ou celle qui interroge sans cesse l’autre :
« Dis-moi la vérité, il y a un problème, tu as quelque chose contre moi… »
Alors que le conflit n’est pas dehors,
mais dedans.
Car l’évitement n’est pas un hasard.
C’est une stratégie de survie.
Un mécanisme ancien, souvent inconscient, mis en place pour ne pas ressentir, ne pas revivre, ne pas risquer.
En EMDR, nous ne jugeons pas ces empêchements.
Nous les écoutons.
Nous allons rencontrer ce qui, un jour, a rendu impossible le fait de choisir librement.
Quand le système nerveux n’a plus besoin de se protéger par l’évitement,
alors le « je ne peux pas » peut enfin devenir
un « je choisis ».
Et cela change tout. Ça libère …
Et cela change tout pour celui ou celle qui vit ces empêchements depuis parfois des années.
Mais cela change tout aussi pour l’entourage :
la famille, le conjoint, les proches, le milieu professionnel.
Car lorsque le mécanisme est compris,
l’incompréhension laisse place à la lecture,
les reproches cessent,
les interrogations s’apaisent.
On ne se demande plus sans cesse
« pourquoi il/elle fait ça »,
« pourquoi encore une absence »,
« pourquoi toujours au dernier moment ».
On comprend qu’il ne s’agissait ni de mauvaise volonté,
ni de manipulation,
ni de désintérêt,
mais d’un système interne débordé, figé, en mode survie.
Et quand ce système s’apaise,
les relations se réorganisent elles aussi.
Les liens deviennent plus justes.
Les places se redéfinissent.
C’est en cela que le travail thérapeutique ne transforme pas seulement une personne,
mais tout un environnement relationnel.
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Mais attention : qui pose la nuance essentielle entre choisir et fuir :
ce que la personne appelle parfois un « choix » n’en est pas toujours un.
Il s’agit souvent d’une nécessité psychique,
celle de garder le monopole de la décision,
ou, à l’inverse, de faire en sorte que l’autre décide à sa place :
que l’autre rompe, que l’autre exclue, que l’autre mette fin.
Car partir ainsi permet encore d’éviter.
Éviter d’être confronté.
Éviter d’assumer un désir, une limite, une responsabilité.
Éviter de rester là où quelque chose se joue.
Ce « choix » est alors un mouvement de fuite.
Une sortie par le haut.
Un départ répété, qui se donne l’apparence de la liberté
mais qui reproduit, encore et encore, le même mécanisme d’évitement.
On ne choisit pas vraiment.
On quitte.
On s’échappe.
On disparaît avant que l’autre ne puisse voir, dire, ou ressentir.
Le travail thérapeutique vise précisément cela :
permettre de faire de vrais choix,
et non plus des décisions dictées par la peur ou la survie.
Car choisir, ce n’est pas toujours partir.
Parfois, choisir,
c’est rester.
Soutenir.
Nommer.
Traverser.
Et c’est là que l’évitement cesse de gouverner la vie.
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Aurore Losserand
Psychopraticienne – Thérapie EMDR