05/01/2026
Le pharmacien débordé : trop occupé pour agir, trop pressé pour anticiper
Depuis plusieurs années, un constat s’impose sur le terrain, discussion après discussion, officine après officine : la prise de décision des pharmaciens titulaires s’effrite. Lentement, mais sûrement.
Et le paradoxe est frappant : au moment même où les pharmaciens en phase de vente sont de plus en plus nombreux, la volonté de transformer, d’investir, d’anticiper… se contracte.
« Je laisse ça pour le futur pharmacien. »
Cette phrase, nous l’entendons de plus en plus souvent.
Elle semble anodine. Elle est en réalité génératrice d’incertitude, de perte de valeur, et parfois même d’un cercle vicieux.
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Une pharmacie en pause… en attendant quoi ?
La pharmacie d’officine traverse une période de mutations profondes :
• nouvelles missions,
• nouvelles contraintes réglementaires,
• évolution des modèles économiques,
• montée en puissance du numérique,
• pression sur les marges,
• complexité de la lecture financière.
Et pourtant, la réaction dominante n’est pas l’action, mais l’attente.
Attente de quoi, exactement ?
Difficile à dire.
« Trop de changements. Trop de formalismes. Trop de procédures. »
Ce ras-le-bol est réel. Il est compréhensible.
Mais il entraîne un phénomène inquiétant : la quête de rentabilité, l’équilibre des services, la dynamique d’équipe, l’épanouissement professionnel… passent au second plan.
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Le refus systématique… au nom du manque de temps
Les échanges se ressemblent, parfois jusqu’à la caricature.
« Bonjour, je voudrais vous proposer une formation pour vous dégager du temps et reprendre le contrôle de votre officine. »
— Non désolé, je n’ai pas le temps.
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« Bonjour, je voudrais que vous me trouviez un acheteur pour mon officine, elle est superbe, je suis très pressé ! »
— Il faut mettre une annonce.
— Je vais réfléchir.
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« La rentabilité de ma pharmacie est en danger. »
— Avez-vous un outil pour récupérer vos remises et vérifier qu’elles sont bien versées ?
— Je n’ai pas le temps.
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« Vous avez reçu 5 000 visites sur votre page, cela coûte 5 € par mois et 289 patients ont essayé de vous joindre. »
— À ce prix-là, ce n’est pas sérieux. Et puis encore un abonnement que je vais oublier… il faudra un recommandé pour l’arrêter.
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Le vrai sujet : la perte de pilotage
Le problème n’est pas le manque d’outils.
Ce n’est pas non plus le manque de solutions, ni même le manque de budget.
👉 Le vrai sujet, c’est la perte de pilotage.
La pharmacie est devenue :
• réactive plutôt que proactive,
• contrainte plutôt que stratégique,
• subie plutôt que dirigée.
Le titulaire n’est plus celui qui décide, mais celui qui agit quand il n’a plus le choix :
• quand le banquier appelle,
• quand la rentabilité chute,
• quand la vente devient urgente,
• quand l’épuisement est déjà installé.
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Attendre, c’est déjà décider (mais mal)
Ne rien faire, c’est faire un choix.
Reporter, c’est prendre une décision… par défaut.
Et ce choix a un coût :
• une pharmacie qui ne se transforme pas se dévalorise,
• une équipe qui n’est pas accompagnée se démotive,
• un outil qui n’est pas utilisé n’a aucune valeur,
• une opportunité ignorée aujourd’hui devient une urgence demain.
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Reprendre la main, avant qu’elle ne vous échappe
La transformation ne signifie pas tout changer.
Elle commence souvent par une décision simple :
• accepter de regarder les chiffres autrement,
• accepter de tester,
• accepter de se faire accompagner,
• accepter d’investir un peu de temps… pour en récupérer ensuite.
La vraie question n’est pas :
« Ai-je le temps ? »
Mais plutôt :
« Combien de temps vais-je encore me permettre de ne pas décider ? »
Parce qu’au final, la pharmacie ne disparaît pas brutalement.
Elle s’érode.
Et souvent, trop t**d, le titulaire réalise qu’il n’a plus vraiment choisi…
Il a juste attendu qu’on lui dise d’y aller.