17/04/2026
Souvenirs de mon CM2 d’une autre époque…
Une classe de trente garçons.
Pas de mixité.
Des pupitres en bois, chacun avec son encrier en porcelaine qu’il faut remplir chaque semaine.
Nous écrivons au porte-plume.
Une pointe fine qui accroche le papier, s’use, se change.
Le maître trône derrière un large bureau caisson. Massif. Incontournable.
Sur son bureau, une boîte métallique de pastilles Pulmoll. Ronde, pas comme l’illustration graphique que m’offre l’IA.
Pas des bonbons au sens habituel.
De grosses lentilles épaisses, marron ambré, un peu translucides, au goût étrange, entre sucre caramélisé, eucalyptus et anis.
Quelque chose de presque médicinal « pour soigner la gorge ».
Dans cette classe, pas de bons points.
Un bon devoir vaut une pastille.
Un très bon devoir : deux pastilles.
Alors là, c’est la consécration.
Il faut se lever, monter sur l’estrade, et tendre la main. Recevoir… et sentir la classe vibrer d’envie.
Par contre, gare au cahier souillé par une tache d’encre, au bavardage ou au yo-yo sorti en douce.
Convocation… et le geste qui condamne. On doit filer sans broncher sous le bureau du maître, dans l’odeur de vieux cuir de ses gros souliers. Et y rester accroupi, sans bouger, sans chuchoter.
Sinon, les chaussures interviennent. Directement dans les côtes.
Que fait-on, là-dessous, en silence ?
Avec la petite lime du canif, on agrandit lentement un trou dans le bois.
À l’insu du maître.
À l’abri des regards.
Un geste minuscule. Patient. Inutile en apparence.
Mais un acte de résistance...
On plie.
On obéit.
On se tait.
Mais on ne se rend pas tout à fait.