06/03/2026
Il existe en réalité deux grandes modalités de méditation que l’on retrouve dans beaucoup de traditions.
La première est la concentration : fixer l’attention sur un objet unique — un mantra, une sensation, le souffle, ou même l’idée du Soi. Cela stabilise l’esprit et rassemble l’énergie mentale. Cette étape est très classique dans la pratique spirituelle et elle peut être utile pour discipliner l’attention.
La seconde modalité, qu’il décrit ensuite, consiste à laisser apparaître les pensées et les observer sans s’y identifier : « laisser venir, laisser partir ». On ne lutte plus contre les pensées, on les regarde simplement passer. Cela correspond à ce que beaucoup de traditions appellent la position du témoin.
Dans la perspective du Trika Śaiva, ces deux approches sont reconnues comme des étapes possibles dans la pratique. La concentration stabilise l’attention, et la position de témoin aide à desserrer l’identification au mental.
Mais il y a une précision essentielle : la position de témoin n’est pas encore la reconnaissance ultime.
Pourquoi ? Parce qu’il reste encore deux pôles : celui qui observe et ce qui est observé. Même si le témoin est neutre, il reste une séparation subtile.
Dans l’enseignement du Trika — chez Abhinavagupta et chez Swami Lakshman Joo — la reconnaissance va encore plus loin. Il ne s’agit pas simplement d’être le témoin des pensées, mais de voir que les pensées elles-mêmes sont des manifestations de la conscience.
Autrement dit, la pensée n’est pas un objet étranger à observer. Elle est déjà une vibration de la conscience elle-même.
À ce moment-là, il n’y a plus un spectateur d’un côté et un flux mental de l’autre. La séparation disparaît, et tout ce qui apparaît — pensée, perception, émotion — est reconnu comme expression de la même conscience.
Ainsi la pratique peut commencer par la concentration, passer par la position de témoin, mais elle s’accomplit lorsque même cette séparation tombe. Il ne reste plus une conscience qui observe le monde : il reste la conscience qui se reconnaît dans tout ce qui apparaît.
C’est cela que le Trika appelle la reconnaissance directe.