07/03/2026
Retour des zones de guerre pour les ressortissants français et/ou vacanciers : ce que vivent vraiment les enfants
Ces derniers jours, de nombreux témoignages de ressortissants français au Liban ou à Dubaï évoquent l’urgence de rentrer : bombardements, sirènes, nuits dans les abris, peur permanente.
Dans ces récits, des enfants et des adolescents ont vécu ces événements au plus près.
À la radio, je viens d’entendre, une mère disait avec espoir :
« Quelques séances de psy et ça ne sera plus que de mauvais souvenirs. »
Cette phrase traduit une attente compréhensible.
Mais la réalité psychologique est plus complexe.
Je décide d’en dire quelque chose.
Lorsqu’un enfant est exposé à des situations de guerre ou de menace directe — explosions, bruits d’avions, course vers les abris, peur pour ses proches — son système nerveux enregistre ces expériences comme des événements potentiellement traumatiques.
Au retour, l’enfant peut présenter pendant un temps des réactions qui sont normales face à un événement anormal :
• peur des bruits soudains
• hypervigilance
• difficultés d’endormissement
• cauchemars
• reviviscences
• anticipation d’un danger qui pourrait revenir
Ces réactions ne sont pas un signe de fragilité.
Elles sont la trace d’un organisme qui a dû se mettre en état d’alerte pour survivre.
Le rôle des adultes et des professionnels n’est pas d’effacer rapidement ces expériences, mais d’accompagner ce que l’on appelle un temps de débriefing psychologique.
Ce travail consiste à :
• permettre à l’enfant de raconter ce qu’il a vu et compris
• mettre des mots sur les peurs qui se sont installées
• reconnaître les effets du traumatisme (plutôt que les minimiser)
• aider l’enfant à identifier comment ces souvenirs s’inscrivent dans son corps : tension, sursauts, accélération du cœur
• expliquer que ces réactions sont attendues et temporaires
Ce travail prend du temps.
Le traumatisme ne disparaît “magiquement”
Mais lorsqu’il est reconnu, nommé et accompagné, l’enfant peut progressivement retrouver un sentiment de sécurité.
Pour les familles qui rentrent aujourd’hui de zones de guerre, le message est simple :
ne banalisez pas ce qui a été vécu, mais ne vous inquiétez pas non plus inutilement.
Le plus important est d’ouvrir un espace où les enfants peuvent parler, poser des questions, et comprendre que leurs réactions ont un sens.
Nous, psychologues pouvons être sollicités pour offrir à ces enfants un espace thérapeutique. Nombreux d’entre nous avons été formé au Intervention précoce post-traumatique, débriefing.
C’est souvent le premier pas vers l’apaisement.