08/02/2019
ETIOPATHIE / OSTEOPATHIE : QUELLES DIFFERENCES ? QUELLE DIFFERENCE !
CABINET D'ÉTIOPATHIE FLAVIN - FRÉDÉRIC MURATET·VENDREDI 8 DÉCEMBRE 2017
C’est la question qui m’est le plus souvent posée. Elle est légitime au regard de la multitude de pratiques manuelles qui fleurissent ci et là ; elle méritait donc une réponse simple et précise.
▄ Un peu d’histoire : les débuts de l’étiopathie et son fondateur Christian Trédaniel
Son parcours médical personnel, un accident que la médecine classique n’a pas pu soigner, lui permit de rencontrer le Pr. André de Sambucy, pionnier de la médecine manuelle en France, dont il devient l’assistant. Après quatre années passées à ses côtés, et deux à l’hôpital du Val de Grâce comme assistant du Pr. Coirault, Christian Trédaniel perfectionnera aux États-Unis sa connaissance des techniques manuelles, à l’époque (1958) plus avancées qu’en Europe. Il y constatera aussi que personne, parmi les spécialistes qu’il a rencontrés dans les meilleures écoles, n’est à même d’expliquer l’efficacité des traitements manuels.
De retour en France, où la médecine manuelle n’était représentée que par les rebouteux des villes et des campagnes il profitera de la période naissante des recherches interdisciplinaires pour axer sa réflexion sur la compréhension des phénomènes pathologiques et leurs procédés thérapeutiques manuels. Il commence à dispenser un enseignement et participe quelques temps au début de l’ostéopathie Française, mais très vite le terme d’ostéopathie devient trop flou à ses yeux car regroupant trop de pratiques différentes, toutes fragmentaires et restreintes à un nombre de pratiques manuelles plus ou moins limitées. Mais par-dessus tout l’ostéopathie n’est pas dotée d’un raisonnement scientifique.
Il décide alors de développer sa propre méthode pour laquelle il dépose le terme « Étiopathie » en 1963. Fidèle à Descartes, Christian Trédaniel n’abandonne pas le raisonnement analytique des phénomènes locaux, nécessaires à l’observation des faits, mais utilise une nouvelle manière d’ordonner les informations recueillies par l’observation et l’expérience. Il conceptualise le vivant comme un ensemble de systèmes en interaction et leur applique les règles de la cybernétique, ce qui lui permettra progressivement d’aboutir à une méthode de diagnostic révolutionnaire. Partageant le fruit de ses découvertes au fur et à mesure de son travail, Trédaniel enseignera dans les années 60/70 avec une extrême rigueur. Certains de ses élèves n’iront pas au bout de cette longue gestation et le quitteront en cours de route pour créer des écoles d’« ostéopathie » où ils dispenseront un enseignement basique.
▄ Les différences
L’étiopathie, l’ostéopathie, la chiropractie sont des thérapies manuelles appartenant au courant des médecines dites parallèles ou alternatives. Le terme « thérapies manuelles » regroupe un ensemble de techniques, dont la plupart étaient déjà utilisées par les praticiens « rebouteux » ou « dénoueurs » qui nous ont précédé.
L’étiopathie ne partage avec l’ostéopathie qu’un seul point commun : celui d’utiliser la main comme outil de traitement. Pour le reste, elle en diffère sur plusieurs plans.
La méthodologie étiopathique : les principes fondamentaux
L’étiopathie contrairement aux autres disciplines manuelles repose sur des principes scientifiques : « Les principes fondamentaux pour une médecine étiopathique » rédigés par Trédaniel et fruit de plus de vingt ans de recherche et de réflexion.
Ils posent les bases d’une conception déterministe et mécaniste des pathologies du vivant permettant de distinguer les effets (symptômes, douleurs…) des causes qui les provoquent et de justifier les méthodes manuelles y remédiant.
L’unicité de l’étiopathie : dans son raisonnement et son enseignement
Ce raisonnement, qui applique la cybernétique à la physiologie humaine et aux dysfonctions du vivant, fonde l’unicité de la formation rigoureuse et particulièrement originale que reçoivent les étiopathes.
Il y a aujourd’hui autant de façon de pratiquer l’ostéopathie qu’il y a d’écoles, environ 70 rien qu’en France et aucune ne dispense le même enseignement. Aujourd’hui nous ne pouvons plus parler D’ostéopathie, mais Des ostéopathies qui se perdent pour certaines dans des courants énergétiques tout autant ésotériques que potentiellement dangereux. Voir article paru dans le Monde en 2012 après un entretien avec le président de la Fédération Française d’Ostéopathie, lien ci-après : http://www.lemonde.fr/vous/article/2012/03/23/l-osteopathie-en-mauvaise-posture_1674761_3238.html
Le diagnostic étiopathique
Les diagnostics classiques s’attachent à la partie du corps où siège la souffrance, le trouble, l’invalidité. Ils donnent un nom scientifique au(x) symptôme(s) au(x)quel(s) ils apportent un traitement. Ainsi on vous traite symptomatiquement une névralgie (qui signifie douleur du nerf) une cervicalgie, dorsalgie, lombalgie (qui signifient respectivement, douleur des cervicales, des dorsales et des lombaires), une colopathie (souffrance du colon) sans remédier aux causes qui les provoquent. Au mieux la pathologie s’estompe voire persiste, au pire elle s’aggrave.
Le diagnostic étiopathique va au-delà de la seule partie atteinte et permet d’identifier l’origine de la perturbation et de comprendre ce qui l’a provoquée. Cette analyse causale est possible parce que le corps humain est ici appréhendé comme un ensemble de systèmes en interaction permanente, à la fois entre eux et le milieu qui l’entoure. C’est ce que l’on appelle l’approche systémique du corps humain.
En dehors des quelques ostéopathes mécanistes encore existant (qui posent un diagnostic palpatoire très subjectif), il n’y a pas en ostéopathie des fascias ou encore énergétique de diagnostic causal.
Le traitement étiopathique
Le traitement étiopathique ne nécessite ni outil (autre que la main), ni médicament et consiste en des actes de manipulation, de mobilisations articulaires (vertébrales et périphériques) et viscérales.
Le rôle des manipulations articulaires : il consiste à « débloquer », rendre la mobilité à l’articulation concernée, car c’est ce blocage articulaire et la souffrance ligamentaire qui en résulte qui est à l’origine de troubles locaux (douleurs, usure prématurée de l’articulation, perte de mobilité…) et à distance (névralgie, contracture, tendinite…).
Le rôle des manipulations viscérales : rendre aux organes leur mobilité (position et mouvement avec les organes environnant) et leur motilité (contraction musculaire intrinsèque) car ce sont ces troubles de positionnement et de contraction qui provoquent troubles du transit, ballonnements, douleurs…
Les traitements ostéopathiques sont aussi variés qu’il y a d’écoles et de courants ostéopathiques. Il en résulte le plus souvent des actes manuels symptomatiques de digipuncture sur des fascias ou des muscles mais ne traitant pas les raisons qui ont amené ces fascias et muscles dans l’état pathologique constaté. Je prends souvent cet exemple pour mes patients : un muscle c’est comme une ampoule, pour éteindre la lumière vous ne dévissez pas cette ampoule, vous allez appuyer sur l’interrupteur, il en va de même avec le muscle pour traiter une contracture il faut supprimer l’information qui provoque cet état, travailler le muscle ne correspond qu’à travailler le symptôme (à dévisser l’ampoule).
▄ Les perspectives
Les pratiques ostéopathiques sont aujourd’hui à la peine du fait de leur enseignement disparate et de la disparition de l’ostéopathie mécaniste au profit de l’ostéopathie énergétique. Pour la même pathologie, quatre ostéopathes différents proposeront quatre traitements différents.
Malgré son efficacité dans bon nombre de pathologies courantes, évitant le plus souvent médicaments, chirurgie et effets secondaires, l’étiopathie n’est toujours pas reconnue comme une pratique médicale. Depuis septembre dernier l’évaluation de l’étiopathie a été confié à l’INSERM (l’Institut National de la Santé et de la Recherche Médicale). Inutile de vous dire que tous les étiopathes attendent avec impatience le jour où le bénéfice de leur discipline sera scientifiquement reconnu.