Livia - Guid’Animale : consultante en comportement canin & félin

Livia - Guid’Animale : consultante en comportement canin & félin Passionnée par les animaux, je suis soucieuse de leur bien-être et de leur équilibre.

Spécialisée en chiens et chats sensibles (réactivité en laisse, agressivité, difficulté de cohabitation…), je vous accompagne pour mieux comprendre et améliorer les comportements de votre animal, grâce à des méthodes éthologiques et énergétiques 🌸 C'est pourquoi je mets tout en oeuvre pour aider les humains en difficultés avec leurs petits compagnons.

03/05/2026

“Et si l’agressivité entre mâles entiers n’était pas HORMONALE mais FABRIQUÉE ?”

Les chiens mâles domestiques entiers subissent une pression sociale qui n'est pas observée chez les femelles intactes. Cette pression du "il doit bien s'entendre avec tous les mâles entiers" n’est pas des plus naturelles. Elle provoque souvent l'instrumentalisation des comportements agressifs chez les mâles intacts en raison de la répétition artificielle des contextes de tension provoqués par les rencontres.

L’INTERVENTIONNISME HUMAIN ET SES CONSÉQUENCES

Les conflits entre mâles entiers ne sont pas “anormaux”. Chez de nombreuses espèces sociales (dont les canidés), les interactions entre mâles sont plus compétitives (accès aux ressources, reproduction…). Chez le chien domestique mâle entier, on observe plus de consultations pour agressivité que chez les femelles.

Normalement, ces conflits sont censés être rares et se réguler naturellement. En effet, dans des conditions de libre-arbitre, les chiens mâles entiers évitent activement les conflits par la distance sociale. Leurs interactions passent par des rituels de communication et l’escalade vers la bagarre, quand elle survient, est courte et auto-limitée. Ici l’agression est un outil ponctuel et nécessaire de régulation en cas de compétition, pas un état chronique.

Mais le contexte domestique change tout. La vie avec l’humain impose des rencontres répétées entre individus non familiers, beaucoup de promiscuité, la contrainte de la laisse avec impossibilité de fuite, et des interventions humaines à répétition (intervention, interruption, anxiété, etc.). Ces facteurs sont connus pour augmenter la tension entre deux mâles non familiers, perturber fortement leurs codes sociaux et favoriser l’escalade d’un conflit qui souvent, ne trouvera pas de phase d’apaisement.

L’humain crée sans le savoir des situations “artificielles” où des mâles entiers sont mis en confrontation de façon répétée dans leur quotidien, sans possibilité d’évitement. C’est ce que j’appelle la “répétition artificielle des contextes de tension” — une formulation qui correspond à l’idée scientifique de sensibilisation comportementale.

COMPRENDRE LA NOTION D’INSTRUMENTALISATION

On parle d’instrumentalisation de l’agression quand un comportement agressif devient appris et renforcé par le contexte. Si l’agression permet, de manière répétée, d’obtenir un résultat satisfaisant pour le mâle entier (distance, contrôle, décharge du stress subi…), il peut apprendre à utiliser l’agression comme seule stratégie face à un autre mâle entier. C’est en général ce qui arrive lorsqu’on nous présente un chien dont on nous dit qu’il est sociable, sauf avec les mâles entiers. Ici, l’agressivité est devenue une stratégie amplifiée par la répétition des situations créées par l’humain. On constatera que ces mâles entiers se montrent beaucoup plus détendus avec les autres chiens. Ils ne dégagent en effet pas les mêmes phéromones, n’ont pas les mêmes conduites lors des croisements. Le mâle entier sensibilisé aux autres mâles entiers les sent de très loin. Il anticipe, se tend et se montre près à en découdre sans raison particulière, alors même que l’autre ne l’a peut-être même pas regardé.

La recherche démontre que la testostérone est associée à une augmentation de la réactivité et des comportements de compétition. Mais attention, cette hormone n’est ni nécessaire ni suffisante pour produire de l’agression et la justifier. D’ailleurs, il est noté que la castration ne supprime pas l’agressivité instrumentalisé. Il faudrait pour cela que l’ablation des gonades efface en même temps la mémoire du chien. N’oublions pas que certaines agressions chez les mâles entiers sont aussi liées à la peur, la frustration, l’apprentissage, le stress. Aucune chirurgie ne peut intervenir sur ces difficultés. Seule la gestion environnementale le peut. En somme, en neurobiologie, la testostérone module la probabilité d’un comportement mais ne le déclenche pas sans contexte. Elle agit comme un amplificateur, pas comme une cause directe. Et c’est ici que la notion d’instrumentalisation prend tout son sens.

Les travaux de Robert Sapolsky sur les primates démontrent que la testostérone n’induit pas l’agression en soi, qu’elle renforce les comportements socialement pertinents dans un contexte donné et qu’elle augmente surtout la sensibilité aux provocations. Il explique que la testostérone ne crée pas l’agression, mais qu’elle facilite les comportements qui permettent de maintenir ou d’acquérir un statut.

Si l’on transpose au chien entier, placé dans un environnement où les rencontres sont fréquentes, les tensions répétées et les codes sociaux perturbés par l’intervention humaine, la testostérone va accentuer une stratégie agressive déjà activée. L’agressivité entre mâles entiers chez le chien domestique n’est donc pas simplement hormonale, elle émerge d’une interaction entre un terrain biologique (sexe, maturité, hormones) et un environnement social artificiel, contraint et inadéquat.

La répétition de ces situations conflictuelles favorisera l’apprentissage, stabilisera des réponses agressives et pourra transformer un comportement ponctuel en une stratégie instrumentalisée. Sapolsky écrit : « It's the aggressive behavior driving the testosterone not the other way around » : C’est le comportement agressif qui induit la testostérone, et non l’inverse. Il met le doigt sur le fait que la testostérone n’est pas une cause directe de l’agressivité mais un modulateur qui amplifie des dynamiques sociales déjà présentes.

Audrey Ventura /

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INSÉCURITÉ RELATIONNELLE ET JALOUSIE

Pour réfuter que le sentiment de jalousie existe chez le chien, on avance parfois l’argument qu’il peut « sentir » mais pas « ressentir ». On pense que l’ambiance affective n’existe pas chez le chien à cause de sa mémoire. Ainsi, il ne disposerait pas d’une mémoire à long terme qui lui permettrait d’entretenir des sentiments et d’éprouver du ressentiment (ressasser des émotions en l’absence de leur source).

Or, la jalousie est une émotion sociale qui se trouve à la base d’une ambiance affective installée. Et encore une fois, c’est d’insécurité affective dont il s’agit. Parce que les chiens n’oublient pas ce qu’ils ont ressenti. Leur mémoire est associative, émotionnelle, sensorielle et épisodique (capacité à se souvenir d’un événement précis avec son contexte). Les expériences qu’ils vivent laissent des traces durables dans leur système nerveux, influençant leurs comportements futurs, même en l’absence du stimulus initial.

Marc Bekoff avance que la jalousie ne doit pas être refusée au chien et qu’elle n’a rien à voir avec ce qu’on appelle la
« protection de ressources ». La jalousie suppose toujours une interaction sociale, pas la protection de ressources. La jalousie est une émotion courte ou un sentiment qui perdure à cause de la répétition de cette émotion courte. La protection de ressources est une action, un comportement qui se situe en dehors de toute socialité. Si la jalousie apparaît toujours au sein d’une relation sociale, la protection de ressources s’adresse elle à des objets, des lieux, des aliments, des privilèges. Enfin, si la jalousie installée chez le chien doit amener à questionner sa sécurisation affective, la protection de ressources, qu’elle soit génétique ou apprise, fait son lit dans une mauvaise sécurisation environnementale.

>>> Sur la mémoire émotionnelle du chien, le psychobiologiste Jaak Panksepp et les neurosciences affectives ont montré que les émotions sont ancrées dans des systèmes cérébraux anciens. Les souvenirs émotionnels sont durables et influencent le comportement futur. En d’autres termes, les animaux (dont le chien) n’ont peut-être pas une mémoire narrative élaborée, mais possèdent bien une mémoire émotionnelle forte et persistante, même en l’absence de la source.

>>> Sur la mémoire associative et émotionnelle, Joseph LeDoux (directeur de l’Emotional Brain Institute) montre que les émotions laissent des traces durables dans le système nerveux. Cela soutient l’idée qu’un animal peut « revivre » une émotion de manière répétée, en l’absence du déclencheur initial.

>>> Sur les émotions sociales comme la jalousie, l’éthologue évolutionniste Marc Bekoff raconte une expérience menée sur des dizaines de couples humain-chien. Les scientifiques observent que les chiens s’interposent entre leur gardien et un chien en peluche à l’instant où leur gardien exprime des comportements affectueux, amicaux, sociaux envers lui. Les chiens cessent lorsque leur gardien exprime exactement les mêmes comportements avec un seau à bonbons, c’est-à-dire un objet quelconque, non social.

>>> Sur la mémoire du chien, les recherches en cognition ont démontré depuis longtemps qu’elle est associative, émotionnelle, sensorielle et épisodique. Claudia Fugazza met en évidence que les chiens peuvent se souvenir d’actions complexes passées, la preuve d’une mémoire complexe, avec notamment son « Do as I do ».

Affirmer que le chien ne peut pas ressentir revient à le priver de toute vie émotionnelle intérieure et de tout sentiment durable. Et si un chien peut ressentir le bien qu'une personne lui procure, même en son absence, il ressent aussi le mal qu'une autre a pu lui faire, même longtemps après, alors qu'elle n'est plus là. Les sentiments et les ressentiments font partie de la vie intérieure du chien, même s'il est plus commode de croire que le chien ne garde que les souvenirs des bons moments.

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