08/04/2026
“On pourrait aller plus vite.”
C’est une idée qui revient souvent, parfois dès les premières séances.
On pourrait aller plus vite.
Aller droit à ce qui fait mal.
Trouver rapidement ce qui bloque, comprendre, et passer à autre chose.
D’une certaine manière, ça paraît logique.
Quand quelque chose fait souffrir, on n’a pas envie que ça dure.
Mais dans la pratique… ce n’est pas si simple.
Parce que ce qui compte vraiment n’apparaît pas toujours là où on l’attend.
Et surtout, pas au moment où on le décide.
Ce sont souvent des moments un peu à côté qui deviennent importants.
Un silence qui s’installe sans qu’on sache trop pourquoi.
Une hésitation, une phrase qui s’arrête en chemin.
Quelque chose qui échappe un peu au fil de la discussion.
Sur le moment, ça peut donner l’impression de perdre du temps.
De ne pas avancer comme il faudrait.
Et pourtant, c’est souvent là que quelque chose commence à se déplacer.
Pas dans le registre de la réponse rapide, ni dans celui de l’efficacité immédiate, mais dans un rythme différent, moins maîtrisé.
Un rythme où tout ne se décide pas à l’avance.
Où ce qui émerge n’est pas exactement ce qu’on était venu chercher.
Comme le disait Milton Erickson :
« Le patient a besoin de temps pour apprendre ce qu’il ne sait pas encore qu’il sait. »
Prendre son temps, en thérapie, ce n’est pas ralentir volontairement.
Ce n’est pas non plus refuser d’avancer.
C’est plutôt accepter qu’il y ait un décalage entre ce qu’on voudrait obtenir… et ce qui peut réellement se transformer.
Accepter de ne pas tout comprendre immédiatement.
De ne pas aller droit au but.
Et parfois, de rester un moment dans quelque chose d’incertain,
sans chercher à le combler trop vite.
Parce que ce n’est pas toujours la lenteur qui freine le changement.
C’est parfois la manière dont on essaie d’aller trop vite.
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Jean-Jacques Fabre
2026