13/01/2026
La guérison du Soi est un fantasme — le fantasme du Soi lui-même, qui rêve de se retrouver dans sa forme originelle, celle d'avant le bouleversement, la scission, la séparation. L'homme tel qu'il se connaissait, se reconnaissait, avant sa chute du paradis. Mais s'il guérissait vraiment, comme il le fantasme, retrouverait-il cette part de lui-même qu'il chérissait et qui semble s'être envolée ?
C'est un peu comme vouloir réparer le miroir dans lequel il se regarde chaque jour, désormais brisé en mille éclats. Il s'observe, mais l'image est déformée. À certains moments de la journée, lorsque la lumière change, il ne se reconnaît même plus. Il se dit alors : « Je ne me reconnais plus dans le miroir, comme si je regardais un étranger. » Et il se contemple avec amertume, avec souffrance, habité par le sentiment lancinant d'une perte irréversible.
Rien ne brûle avec plus d'insistance, de façon plus punitive, que cette impitoyable irréversibilité devenue projection maudite. S'il était juge, il l'interdirait sans hésiter… il la remplacerait par une transition douce, rosâtre, où l'homme s'éloignerait de lui-même sans le savoir, sans le sentir, sans s'en apercevoir — tel un secret qu'il se cache à lui-même, qui l'enveloppe et l'endort comme un bébé ignorant, emmailloté dans l'innocence.
Et s'il fallait absolument qu'il connaisse ce secret, qu'il le découvre ? Peut-être que quelqu'un, quelque part, pourrait encore lui dire à quoi il ressemble vraiment. Peut-être que quelqu'un lui tendrait un miroir intact dans lequel il pourrait enfin se regarder à nouveau. Qui sait… Peut-être se retrouvera-t-il alors, transporté vers ces temps où il rêvait les yeux ouverts, où la rêverie lui murmurait des fleurs de toutes les couleurs, où ses gestes devenaient une sorte de musique intérieure que lui seul connaissait…
Comment écoutait-il, alors ?
Roxana Mihalache Psychanalyste
photo : pinterest