26/03/2026
Il y a deux questions qui m’accompagnent depuis toujours. Comme un murmure silencieux, qui ne m’a jamais quittée.
Qui suis-je ?Quelle est ma place ?
Je crois que tout a commencé très tôt, à la maternelle déjà.
Je ne comprenais pas pourquoi on attendait, le matin, assis et immobiles dans nos casiers, comme si nous étions des pions rangés dans une boîte. Pourquoi fallait-il enfiler des chaussons en classe sans rien dire ou faire la sieste?
Je regardais beaucoup. J’observais les enfants, leurs élans, mais aussi leur dureté, leur cruauté parfois. Leurs mots qui blessent, leurs petits mensonges déjà présents, les coups bas.
Je regardais les adultes aussi. Les liens, les non-dits, les jeux invisibles, leur langage du corps, le non-verbal. Et au fond de moi, une sensation diffuse : celle de ne pas savoir où me situer dans tout cela. Je ne comprenais pas ce monde, comme si je n’y avais pas vraiment ma place, comme si j’y étais étrangère.
Alors j’ai grandi avec ces questions. J’ai franchi les étapes du collège puis du lycée comme on traverse des cités inconnues et hostiles. J’ai appris à me fondre, à m’ajuster, à porter des masques qui n’étaient pas tout à fait les miens. Comme si, pour exister, il fallait souvent être quelqu’un d’autre.
Puis il y a eu l’université et la découverte de l’humain, avec ses paradoxes, ses fragilités et toute sa complexité. Et peu à peu, la rencontre avec mes propres fragilités.
J’ai compris que derrière un être humain se cachent des histoires, des blessures, des silences.
Pendant 14 ans, j’ai travaillé en institution. J’y ai vu la souffrance, celle qui se dit, et celle qui se cache. Mais aussi d’autres formes de dureté, plus subtiles, plus insidieuses dans les relations professionnelles, les abus liés au management. Des individus qui détruisent des êtres humains.
Et toujours, en moi, ce même écho : ce n’est pas tout à fait ma place.
Puis la vie est venue me bousculer. En 2015, la perte de mon père a ouvert une brèche. Un point de bascule. Comme une évidence douce et brutale à la fois : je ne pouvais plus continuer sans me rencontrer vraiment.
Alors j’ai quitté, j’ai créé des ruptures, mis un point final, je me suis parfois fâchée, battue, avec les autres, beaucoup avec moi-même. J’ai cherché, je me suis cherchée. Le chemin a été long, parfois inconfortable, sombre, sinueux, boueux, souvent exigeant, mais profondément transformateur.
Aujourd’hui, à 49 ans, je peux dire que je me sens à ma place. Pas une place figée, mais une place vivante, juste, alignée. Et chaque jour, j’accompagne celles et ceux qui, à leur tour, se posent ces deux questions essentielles :
Qui suis-je ? Quelle est ma place ?
Ce n’est pas seulement mon métier. C’est ma mission de vie, ma voie. Si ces questions résonnent en vous alors peut-être que nos chemins un jour, se croiseront.
Avec toute ma bienveillance,
Sabine.