02/03/2026
[Article congélation ovocytaire] Elle congèle ses ovocytes : « Je suis prête à faire un enfant toute seule »
Être ou ne pas être mère. Au XXI e siècle, les femmes sont toujours sous pression sociétale et/ou familiale pour fonder une famille, s'inscrire dans une espèce de norme sociale et culturelle.
Cette injonction à la maternité est accueillie différemment selon les femmes. Certaines s'y refusent et décident de ne pas procréer. D'autres préfèrent faire carrière avant de faire des enfants et font le choix de congeler leurs ovocytes quand d'autres y sont contraintes par la maladie.
À 34 ans, Céline a pris conscience des « années qui passent », cette fameuse horloge biologique dont on rabat les oreilles des trentenaires. La Clermontoise vient d'entamer le processus d'une autoconservation ovocytaire comme l'autorise la loi de bioéthique du 3 août 2021 (*), qui permet aux femmes âgées de 29 à 37 ans de faire congeler leurs ovocytes sans raison médicale. La technique est autorisée en France depuis 2011 pour des raisons médicales (avant un traitement stérilisant en cas de cancer, un don d'ovocytes, une fécondation in vitro classique, en prévention de maladies et lors de pathologies ovariennes, maladies génétiques ou chroniques dont le traitement est toxique).
« J'ai commencé à penser vouloir des enfants lorsque j'étais en couple. Séparée depuis six ans, je veux encore croire à une belle rencontre mais je ne veux pas mettre tous mes espoirs de maternité dans cette hypothèse. Je suis une femme indépendante et je n'ai pas envie de dépendre forcément d'un homme. Je suis prête à faire un enfant toute seule ».
Même si elle se dit « plutôt sereine », elle admet qu'il y a une pression de la société, notamment professionnelle, et de sa famille, « qui ne comprend pas que je sois encore célibataire et a du mal à accepter ma démarche de congélation ».
Céline commence à se renseigner auprès de sa gynécologue, qui n'a pas manqué de lui poser la question de la maternité il y a déjà quelques années à l'aube de la trentaine, et réalise que les délais peuvent être longs. Elle prend contact avec le Cecos (Centre d'étude et de conservation des oeufs et du sperme humain) du CHU D'Estaing à Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme), et a eu, fin novembre, sa première consultation avec une médecin gynécologue après avoir rempli un questionnaire. « Elle m'a présenté un peu rapidement le processus de congélation et m'a fait passer une échographie à l'issue de laquelle elle m'a annoncé que je suis moitié moins fertile qu'une femme normale de mon âge. J'ai été un peu choquée par cette annonce. Je vais prendre le temps d'analyser cette info avant mon second rendez-vous avec le biologiste en avril 2026, qui doit permettre de définir le traitement hormonal adapté. »
La jeune femme reconnaît « avoir un peu peur ». Elle dit aussi qu'elle ira au bout de la démarche, « même si je rencontre quelqu'un. Je veux le faire. Je suis motivée mais j'aurais aimé que le parcours soit plus simple ! » Elle est consciente que « ce n'est pas gagné. Si ça ne marche pas et s'il reste des ovocytes disponibles, j'en ferai don. »
Il est conseillé de congeler ses ovocytes avant 35 ans, âge à partir duquel la fertilité féminine décroît. L'âge limite de réutilisation est fixé à 45 ans. Si les actes liés au prélèvement sont entièrement remboursés par la Sécurité sociale (entre 2.000 et 3.000 ?), les frais de conservation sont à la charge de la patiente (environ 45 ? par an). Chaque année, il faut faire savoir ce qu'on souhaite faire de ses ovocytes congelés dans de l'azote liquide. Les études le disent : la période idéale d'un point de vue biologique pour concevoir un enfant se situe entre 25 et 35 ans. D'après l'Insee, « l'âge moyen aujourd'hui des femmes à leur premier enfant est de 31 ans, contre 29 ans, il y a quelques années. » Les femmes conçoivent de plus en plus t**d, aidées par les avancées médicales.
« Un refuge sécuritaire »
Ce constat est corroboré par Joëlle Desjardins, psychologue libérale à Besançon (Doubs). « J'ai beaucoup de patientes qui ont choisi de différer leur grossesse en congelant leurs ovocytes. Pour elles, c'est comme un refuge sécuritaire parce qu'elles ne sont pas sûres de vouloir un enfant aujourd'hui mais se gardent cette possibilité ou parce qu'elles ne sont pas sûres de leur relation actuelle. » Ce report leur permet aussi de « se sentir plus libres de mener la vie qu'elles veulent à cet instant présent ». Joëlle Desjardins ne nie pas la pression sociale que subissent les femmes en âge de procréer mais constate que cette pression n'est pas seule responsable de ces décisions de reporter une grossesse : « Il y a aujourd'hui un doute plus profond concernant le désir d'enfant, sur fond de guerre et de problèmes climatiques et un autre doute sur le bien-fondé du couple. Certaines de mes patientes me disent être prêtes à faire un bébé seule ! » l
(*) Cette loi concerne aussi les hommes qui peuvent faire congeler leurs spermatozoïdes.
« Il y a aujourd'hui un doute plus profond concernant le désir d'enfant »