26/10/2024
Bravo à Sylvain Guyomarc'h - Coaching & Préparation Mentale
Une nouvelle aventure commence alors 🤔 Soyez P.R.O.😜
Rolex Paris Masters ATP Masters 1000 dur indoor
Mayot : « La tête ne suivait plus »
Anthony Dibon/Icon Sport
Le jeune tennisman a connu une saison difficile sur le plan mental, notamment parce que son objectif de top 100 était devenu une obsession. Le Français, qui entame aujourd’hui les qualifications de Bercy, a identifié le problème et s’est attaqué à lui trouver des solutions.
LUCILE ALARD
Il y pointera peut-être le bout de son nez à la fin de ce Bercy (28 octobre - 3 novembre). Ou peut-être pas. Mais quoi qu’il se passe, Harold Mayot essaie de ne plus faire du top 100 une obsession. Le Français de 22 ans (106e mondial), à l’ascension longtemps perturbée par une blessure à un poignet dans la foulée de son titre à l’Open d’Australie junior en 2020, a vécu une saison à la fois pleine et frustrante. Pleine parce qu’il a joué tous les Grands Chelems (qualifications au moins), a participé à ses premiers Masters 1000 (il est invité aux qualifications de Bercy qui commencent aujourd’hui) et a glané des places au classement. Frustrante parce qu’il n’a pas réussi à franchir ce cap du top 100 qui ouvre de nouvelles perspectives. Rencontré à Orléans il y a quelques semaines, le protégé de Thierry Tulasne nous avait raconté comment cet objectif et l’essoreuse du circuit avaient pu le bouffer. Lucide sur ses failles et déterminé à trouver des solutions.
« Il y a un moment que vous tournez autour de cet objectif du top 100, racontez-nous.
Je l’ai en tête depuis le début de l’année, ça fait six mois que je n’en suis pas loin et je me suis mis beaucoup de pression par rapport à ça. Je sens que ça me bloquait dans la tête en match, ça me déstabilisait dans les moments importants. Si je le deviens (top 100) tant mieux, sinon ce n’est pas grave, je jouerai les qualifications en Australie (en janvier) et j’essaierai de rentrer dans les 100 dès que je peux.
Cette quête a-t-elle pu provoquer trop de ruptures émotionnelles en match ?
Le déclic a été la tournée aux États-Unis, une catastrophe pour moi. En sept semaines, pas un tournoi ne s’est passé correctement. J’ai vécu un enfer dans ma tête, dans mon jeu, dans ma façon d’être. Je ne me sentais pas bien sur le court et en dehors. Je n’avais pas envie d’être là-bas et en même temps j’avais envie d’y être pour essayer de faire des points. C’est la première fois de ma vie que je fais une tournée comme ça où, quand je rentre, je me dis que c’était un désastre.
Vous étiez dans une forme de lassitude mentale ?
Oui je pense, déjà à Wimbledon je ne me sentais pas très bien. Depuis la finale à Ikley (en Challenger, contre le Belge David Goffin), je sentais que mentalement ce n’était plus ça. J’étais vraiment très proche des 100 et cette finale, c’était la victoire qui me faisait entrer dans les 100 et qui me permettait d’être au tableau de l’US Open. J’ai perdu, donc ça m’a fait beaucoup de mal.
Vous étiez à bout quand vous êtes revenu en Europe ?
Quand je suis rentré des States, j’en avais plein le cul, je ne voulais plus jouer. J’étais inscrit à Majorque (Challenger), je suis arrivé là-bas, j’ai pris la carte de ma chambre et quand j’y suis entré, je me suis dit que je ne pouvais pas rester. J’ai pris la décision en une seconde, je suis allé voir le juge-arbitre pour lui dire que je me retirais. Je sentais que ça allait peut-être être le tournoi de trop. La tête ne suivait plus et il faut avoir de la fraîcheur mentale pour performer. J’ai pris deux semaines pour vraiment me reposer, prendre du temps avec mes proches et parler avec Thierry (Tulasne, son entraîneur).
“Mon axe prioritaire est de trouver cette stabilité émotionnelle qui va me permettre de jouer tous les tournois à fond sans sortir d’un match en étant frustré”
Vous avez notamment pris la décision d’ajouter un préparateur mental à votre équipe…
**"J’ai commencé à travailler avec Sylvain Guyomarc’h".
Il a bossé pas mal à la Fédé, il a bossé avec beaucoup d’athlètes de haut niveau dans tous les sports. Il connaît le jeu, il sait de quoi on parle et surtout il est prêt à voyager et ça, c’est très important.
J’espère qu’on fera ensemble une quinzaine de semaines dans l’année. C’est mon axe prioritaire, trouver cette stabilité émotionnelle qui va me permettre de jouer tous les tournois à fond sans sortir d’un match en étant frustré.
Quelles sont les solutions que vous travaillez ?
Ce sont beaucoup de discussions, on a commencé à travailler sur la méditation, le souffle, comment maîtriser les pensées qui viennent en tête pendant les matches, remplir sa tête de positif. Il y a trop de fois dans le match où j’ai la tête vide et où je ne me dis rien. Rien se dire, ça ne suffit pas, il faut essayer de se dire des choses positives, même quand ça ne va pas. On travaille beaucoup sur le fait d’être bienveillant avec soi-même. Tutu (son coach) est déjà une grosse aide par rapport à ça, mais je pense que c’était important qu’on ait l’apport d’un professionnel.
“Je stagne depuis un moment et il faut trouver une solution. Bien sûr que je vais continuer à faire évoluer mon coup droit, mon service, mais ça part de la tête”
Vous avez 22 ans, on imagine que ce n’est pas la première fois que vous travaillez sur le plan mental. Vous n’étiez pas prêt avant pour le faire ?
Le travail mental, je pars du principe qu’il faut que ça parte de soi. Et franchement, ça me cassait les co****es. Aller dans un bureau et parler de mes problèmes sur le court avec une personne qui ne connaît pas forcément bien le tennis ou qui n’est pas avec toi sur le court, je ne voyais pas trop l’intérêt. J’avais eu un préparateur mental avec qui ça s’était bien passé, François Ducasse, qui est malheureusement décédé. Les autres, c’était sûrement des super préparateurs mentaux, mais je pense qu’ils ne sont pas arrivés au bon moment et le travail était mal fait, dans le sens où je n’étais jamais avec eux sur le court.
Vous sentez que c’est ce qui peut vous permettre de franchir de nouvelles étapes dans votre carrière ?
C’est une manière de travailler de plus et ça devenait une nécessité. Je stagne depuis un moment et il faut trouver une solution. Bien sûr que je vais continuer à faire évoluer mon coup droit, mon service, mais ça part de la tête. À ce niveau, on est tous proches et si on n’a pas cette stabilité mentale… Après, je sais que ce n’est pas une baguette magique. Le but est d’accepter ce qui se passe sur le court, de prendre plaisir à voyager, à être sur le circuit. Ce qui m’importe c’est d’être bien dans ma tête et dans mon corps. »
EN BREF
HAROLD MAYOT
22 ans
1,78 m
Classement : 106e (meilleur classement 103e).