24/11/2024
« Le jour de son anniversaire »
Aujourd’hui j’ai 60 ans moins deux ans ,petit,quelques fois j’avais 9 ans et demi, ce « et demi » qui faisait de moi un être plus vieux me rendait fier , tous les enfants ont annoncé leur âge avec anticipation. On a tous eu « presque 13 ans ou bientôt 15 » avec une arrogance insouciante.
Il m’arrivait même parfois de rajouter une ou deux années, pour jouer à l’adulte et me permettre d’entrer au cinéma ou m’accouder contre un flipper dans un bar enfumé, pour me sentir exister comme un grand.
À 14 ans, comme beaucoup je rêvais d’avoir 18 ans pour partir au bout du monde. Conduire, m’enfuir , rugir ma colère de ce temps d’adolescence aux sens chamboulés. Je voulais ajouter des chiffres à mon âge, enlever du temps à ma vie, être un grand pour éviter les petits soucis, être majeur pour vivre le meilleur.
Je le suis devenu en un instant, le temps d’une valse aux espérances inassouvies, un tango aux amours difficiles. J’ai tellement couru après l’irrattrapable, foncé tête baissée vers l’inexistant, maintenant je suis cet homme qui compte les années à rebours pour tenter d’échapper au temps qui passe. Je suis celui qui plaide aujourd’hui l’immobilité plutôt que la course effrénée…Celui qui regarde grandir ses enfants comme un remède au temps qui passe.
Aujourd’hui j’ai 60 ans moins deux ans et je tente de voler des années à ma vie. Ralentir le temps qui s’écoule dans le sablier de l’existence qui ne se retourne qu’une fois .
J’admire chaque grain de sable comme des moments qui ne reviendront pas. Je suis heureux d’entendre vivre ceux que j’aime, pleurer ceux qui me sont chers, me fâcher contre les autres car je sais qu’ils continuent le chemin sur cet équilibre instable qu’est la vie. Et c’est un cadeau.
Comme le disait Albert Camus ,
« À peine le temps d’apprendre à vivre et c’est déjà fini »
Alors j’espère continuer à apprendre mes leçons encore longtemps , comme ce petit garçon qui voulait grandir trop vite.
Paul BURESI