Virginie Goulet-Girard Art-Thérapie

Virginie Goulet-Girard Art-Thérapie Art-thérapeute, j’accompagne enfants, adultes et personnes âgées en séances individuelles et en petits groupes.

Hommage à cette femme, Selma Fraiberg, qui a œuvré pour soutenir les jeunes mamans et leurs bébés.
19/01/2026

Hommage à cette femme, Selma Fraiberg, qui a œuvré pour soutenir les jeunes mamans et leurs bébés.

On disait des mères qui ne créaient pas de lien avec leur bébé qu’elles étaient froides, défaillantes, contre-nature. Puis une psychologue posa une autre question :
« Qu’a traversé cette famille ? »
Cette question a tout changé.

Années 1970. Ann Arbor, Michigan.

Une jeune mère est assise dans le cabinet de Selma Fraiberg, tenant son bébé de six mois à bout de bras. Les larmes coulent sur son visage.

« Je ne ressens rien », murmure-t-elle.
« Je le nourris. Je le change. Je fais tout correctement. Mais je ne ressens pas… je ne ressens pas ce que je suis censée ressentir. »

Elle s’attend au jugement.
À ce qu’on lui dise qu’elle est une mauvaise mère.
À la confirmation de cette terrible certitude qu’elle nourrit déjà à son sujet.

Au lieu de cela, Selma Fraiberg lui demande doucement :
« Parlez-moi de votre propre mère. »

Cette question — non pas « Qu’est-ce qui ne va pas chez vous ? » mais « Qu’est-ce qui vous est arrivé ? » — allait transformer en profondeur la manière dont la médecine comprend la maternité, le traumatisme et le développement du nourrisson.

Mais avant cela, elle allait sauver cette mère et ce bébé en particulier.

Selma Fraiberg naît en 1918 à Detroit, dans une famille d’immigrants juifs d’Europe de l’Est. Elle étudie la psychologie à la Wayne State University, puis obtient un master en travail social, spécialisée dans le développement de l’enfant.

Mais sa véritable formation se fait au contact des familles en crise.

Dans les années 1950 et 1960, Fraiberg travaille avec des familles pauvres, souvent confrontées à des traumatismes, à la maladie mentale et à des souffrances transmises de génération en génération. Elle effectue des visites à domicile — entrant dans des appartements chaotiques, observant des mères dépassées et des nourrissons en détresse, voyant des liens qui auraient dû se former… mais ne l’avaient pas été.

Les théories psychologiques dominantes de l’époque accusaient les mères de tout. Les « mères réfrigérateurs », froides et rejetantes, étaient censées provoquer l’autisme. La schizophrénie était attribuée à une pathologie maternelle. Si un bébé pleurait sans consolation ou ne s’attachait pas, la mère devait être défaillante.

Fraiberg voyait ce blâme détruire des femmes déjà à bout. Et elle n’y croyait pas.

Parce que ce qu’elle observait ne correspondait pas aux théories en vigueur.

Ces mères n’étaient pas froides. Elles étaient traumatisées. Dépressives. Hantées par leurs propres enfances faites de violences, de négligence ou de pertes. Et leurs bébés ne réagissaient pas à un manque d’amour, mais à des environnements saturés de souffrances non digérées.

La mère assise dans son bureau ce jour-là en était l’exemple parfait. En parlant, l’histoire émerge : sa propre mère souffrait de graves troubles mentaux, parfois violents. Enfant, elle avait appris que demander du réconfort entraînait une punition. Que pleurer signifiait danger. Que l’amour n’était pas sûr.

Aujourd’hui, tenant son propre bébé, ces anciens schémas se réactivaient. Lorsque son enfant pleurait — exprimant des besoins normaux — quelque chose en elle se coupait. Non pas parce qu’elle manquait d’amour, mais parce que son système nerveux la protégeait de sentiments qui avaient autrefois été dangereux.

Le bébé ressentait cette déconnexion et pleurait davantage. Elle se sentait encore plus inadéquate et se retirait encore plus. Le cercle vicieux s’installait.

« Vous n’êtes pas brisée », lui dit Fraiberg avec douceur.
« Vous réagissez à des fantômes. »

Cette expression — « les fantômes dans la chambre d’enfant » — deviendra le titre de l’article le plus célèbre de Fraiberg, publié en 1975.

Dans Ghosts in the Nursery, elle formule une idée révolutionnaire : les traumatismes non résolus de l’enfance des parents peuvent hanter leur relation avec leur bébé. Ces « fantômes » ne sont pas surnaturels — ce sont des schémas neurologiques et psychologiques forgés par les expériences précoces.

Une mère abandonnée peut inconsciemment se détacher de son nourrisson pour éviter une douleur future. Un père victime de maltraitance peut être submergé par les pleurs d’un bébé, ces sons réveillant sa propre terreur d’enfant. Ce ne sont pas des fautes morales. Ce sont des réponses traumatiques.

Et elles peuvent être soignées.

Fraiberg développe alors la psychothérapie parent-bébé — une approche qui travaille avec le parent et l’enfant ensemble, en répondant à la fois aux besoins immédiats du nourrisson et aux traumatismes non résolus du parent.

Elle se rend au domicile des familles, les rencontrant là où elles vivent au lieu de les contraindre à venir dans des cabinets cliniques impersonnels. Elle s’assoit par terre dans des appartements exigus, observe comment les mères tiennent leurs bébés, comment les bébés réagissent, et à quel moment le lien se rompt.

Et elle intervient avec une compassion radicale.

Au lieu de critiquer les mères, elle les aide à comprendre leur propre histoire. Elle traite leur dépression et leurs traumatismes. Elle leur apprend à reconnaître quand les « fantômes » interfèrent — lorsque les pleurs du bébé déclenchent leur douleur d’enfant plutôt que des réponses protectrices.

Le monde médical résiste. La santé mentale du nourrisson n’est pas encore reconnue. L’idée que les bébés aient une vie émotionnelle est controversée. Et suggérer que les mères aient besoin de soutien thérapeutique plutôt que de jugement est jugé radical.

Mais les résultats sont incontestables.

La mère qui ne ressentait rien revient quelques semaines plus t**d, tenant son bébé autrement. Contre elle. Avec tendresse. Le travail thérapeutique lui a permis de comprendre que son engourdissement n’avait rien à voir avec son fils. Il s’agissait de se protéger de sentiments autrefois dangereux.

Une fois cette prise de conscience faite, elle peut commencer à ressentir en sécurité. Le lien, impossible jusque-là, commence à se construire. Pas instantanément. Pas parfaitement. Mais réellement.

Fraiberg documente cas après cas. Des mères qualifiées de « froides » ou « rejetantes » qui se transforment lorsque leurs traumatismes sont pris en compte. Des bébés inconsolables qui s’apaisent lorsque la dépression maternelle est soignée.

En 1977, Fraiberg fonde le Child Development Project à l’Université du Michigan, créant l’un des premiers programmes formels de santé mentale du nourrisson. Elle forme des thérapeutes, mène des recherches et plaide pour des politiques publiques de soutien aux familles.

Elle démontre que l’intervention précoce — aider les familles dans les premiers mois après la naissance — peut prévenir des décennies de difficultés. Que soigner la dépression maternelle n’est pas seulement bénéfique pour les mères, mais essentiel au développement des bébés.

Elle montre que l’attachement n’est pas instinctif et automatique pour tout le monde. C’est un processus façonné par le contexte, l’histoire personnelle et la santé mentale. Et lorsque ce processus est difficile, la réponse n’est pas le blâme — mais le soutien.

C’était révolutionnaire.

Pendant des générations, des femmes en difficulté après la naissance ont porté une terreur silencieuse : la peur d’être monstrueuses pour ne pas ressentir immédiatement un amour débordant. La peur que dire leur engourdissement entraîne la condamnation ou le retrait de leur bébé.

Elles souriaient aux fêtes prénatales tout en se noyant intérieurement. Elles jouaient la gratitude qu’elles ne ressentaient pas. Elles se taisaient sur l’obscurité.

Fraiberg leur a donné le droit de parler.

Elle a nommé la dépression post-partum, les traumatismes non résolus et le stress environnemental comme des forces réelles entravant le lien — sans transformer les mères en coupables.

Elle a dit ce que tant de femmes avaient besoin d’entendre :

Vous n’échouez pas parce que c’est difficile.
Vous n’êtes pas sans amour parce que vous luttez.
Votre bébé n’est pas brisé parce qu’il pleure.
L’attachement n’est pas un interrupteur qui s’allume à la naissance. C’est un processus. Et un processus peut être soutenu.

Selma Fraiberg meurt en 1981 à 63 ans, mais son héritage transforme durablement les soins maternels et infantiles.

Aujourd’hui, la santé mentale du nourrisson est un domaine reconnu dans le monde entier. Les troubles de l’humeur post-partum sont dépistés — imparfaitement, mais ouvertement. Des programmes de visites à domicile existent pour soutenir les familles dans ces premiers mois cruciaux.

Les thérapeutes sont formés à demander :
« Qu’est-ce qui vous est arrivé ? »
plutôt que :
« Qu’est-ce qui ne va pas chez vous ? »

Ces avancées reposent sur les fondations que Fraiberg a posées à une époque où les mères étaient encore blâmées dans le silence.

Pour les millions de femmes qui ont souffert après la naissance sans mots ni aide — convaincues d’être seules, défaillantes, incapables d’un amour maternel « normal » — son travail affirme une vérité essentielle :

Ce que vous ressentiez était réel.
Ce dont vous aviez besoin, c’était de soutien, pas de jugement.
Et l’amour ne disparaît pas simplement parce qu’il arrive plus t**d.

La mère assise dans le cabinet de Fraiberg dans les années 1970, tenant son bébé à distance, a compris que son engourdissement ne venait pas d’un manque d’amour pour son enfant, mais de la nécessité de survivre à sa propre enfance.

Une fois cela compris, elle a pu commencer à guérir. Le lien s’est créé. Pas parfaitement. Pas sans travail. Mais véritablement.

On appelait ces mères « froides » et « brisées ». Puis Selma Fraiberg a demandé :
« Qu’a traversé cette famille ? »
au lieu de :
« Qu’est-ce qui ne va pas chez cette mère ? »

Cette simple question a changé notre compréhension de la maternité, du traumatisme et de l’amour.

Parce que parfois, la chose la plus réparatrice n’est pas d’exiger que les mères fassent mieux — mais de les aider à aller bien.

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👉 Votre frère ou votre sœur est porteur-se d’un handicap intellectuel, autisme, polyhandicap ou handicap psychique ? Faites entendre votre voix en contribuant à notre enquête : https://swll.to/VoixDesFreresEtSoeurs



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