16/03/2026
L’hormonothérapie
COMPRENDRE LE CANCER DU SEIN — PARTIE 3
L'hormonothérapie : comment elle fonctionne
(Ce que votre oncologue ne vous a peut-être jamais expliqué)
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Voilà plus de 3 ans que je prends mon hormonothérapie chaque matin.
Longtemps, je ne comprenais pas vraiment ce qu'elle faisait dans mon corps.
On m'avait dit : "ça réduit le risque de récidive, il faut tenir 5 à 10 ans."
C'est vrai. Mais c'est très incomplet.
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📌 Si vous n'avez pas lu mon article précédent :
L'hormonothérapie réduit le risque de récidive pouvant aller jusqu'à 50 % — un chiffre relatif, que j'ai expliqué en détail dans la Partie 2 de cette série, disponible sur mon groupe Le Cercle des Femmes Phénix.
Ce que je veux ajouter ici, et qui est tout aussi important :
Toutes les femmes sous hormonothérapie ne souffrent pas d'effets secondaires.
Certaines traversent ces 5 à 10 ans sans perturbation majeure de leur quotidien.
Mais pour celles qui en souffrent — et elles sont nombreuses — comprendre pourquoi ces effets apparaissent change radicalement la façon dont on les vit.
Pas pour faire peur.
Pour donner des repères là où il n'y en a souvent aucun.
Voici donc la mécanique réelle de ce traitement — expliquée clairement, avec les sources officielles.
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1. POURQUOI L'HORMONOTHÉRAPIE ?
Environ 75 à 80 % des cancers du sein sont dits hormonodépendants (1)(2).
Cela signifie que les cellules cancéreuses utilisent vos hormones naturelles — les œstrogènes — comme carburant pour se multiplier.
Les œstrogènes se fixent sur des récepteurs présents à la surface de ces cellules cancéreuses, déclenchant leur division et leur prolifération.
L'hormonothérapie coupe ce carburant — soit en empêchant les œstrogènes d'être produits, soit en bloquant les récepteurs sur lesquels ils se fixent (1)(2).
Ce n'est pas un traitement qui "guérit" le cancer déjà traité.
C'est un traitement dit adjuvant — il intervient en complément des traitements principaux (chirurgie, radiothérapie, chimiothérapie) — dont le rôle est de rendre l'environnement hormonal hostile à toute réapparition, sur le long terme (2).
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2. CE QUE LES ŒSTROGÈNES FONT RÉELLEMENT DANS VOTRE CORPS
Avant de comprendre les effets du traitement, il faut comprendre ce que l'on supprime.
Les œstrogènes — principalement l'estradiol — ne sont pas de simples "hormones féminines liées à la reproduction".
Ce sont des hormones de communication cellulaire qui agissent comme une clé sur des récepteurs spécifiques — présents dans presque tous les tissus et organes de l'organisme (3).
Leur rôle est global, systémique, et souvent très méconnu — y compris des patientes elles-mêmes.
✅ Pour les os :
Les œstrogènes exercent une action dite anti-ostéoclastique — ils freinent l'activité des cellules chargées de détruire naturellement le tissu osseux, tout en favorisant sa minéralisation et sa solidité.
Tant qu'ils sont présents, le renouvellement osseux reste équilibré (4)(5).
✅ Pour le cœur et les vaisseaux :
Les œstrogènes jouent un rôle protecteur majeur sur le système cardiovasculaire — un rôle que beaucoup de femmes ignorent complètement.
Ils favorisent la relaxation et la souplesse des parois artérielles, augmentent le "bon" cholestérol (HDL), diminuent le "mauvais" (LDL), et exercent des propriétés anti-inflammatoires directes sur la paroi interne des vaisseaux sanguins (6)(7).
Avant la ménopause, les femmes sont ainsi mieux protégées que les hommes contre les maladies cardiovasculaires — grâce, en grande partie, à leurs œstrogènes (6)(7).
✅ Pour le cerveau :
Les œstrogènes sont des neuroprotecteurs.
Ils protègent le système nerveux central, maintiennent le volume de la substance grise dans des zones clés du cerveau, facilitent la transmission des signaux nerveux, et soutiennent activement la mémoire, la concentration et l'attention (8)(9).
✅ Pour le métabolisme et la glycémie :
Les œstrogènes protègent contre le diabète de type 2 via deux mécanismes : ils améliorent la sensibilité des cellules à l'insuline, et ils régulent la production d'hormones clés dans la régulation de la glycémie et de la sensation de satiété (10)(11).
Leur action métabolique joue donc simultanément sur le sucre, sur l'insuline, et sur la faim.
✅ Pour la peau et les muqueuses :
Les œstrogènes stimulent la production de trois composants essentiels à la qualité de la peau : le collagène, qui lui donne sa solidité, l'élastine, qui lui donne son élasticité, et l'acide hyaluronique, qui assure son hydratation (12).
Ils maintiennent également l'intégrité des muqueuses : génitales, urinaires, mais également celles des yeux, du nez et de bouche (et des gencives).
✅ Pour les muscles :
Les œstrogènes participent activement au maintien de la masse musculaire et à la capacité des fibres à se régénérer après l'effort.
Ils protègent contre la sarcopénie — cette fonte musculaire progressive souvent attribuée, à tort, au seul vieillissement (13).
✅ Pour le système immunitaire :
Les œstrogènes modulent le développement, la différenciation et la migration des cellules immunitaires — lymphocytes, macrophages — et influencent directement la réponse inflammatoire de l'organisme (14)(15).
✅ Pour la régulation de l'appétit :
L'estradiol influence indirectement les signaux de faim et de satiété via des mécanismes hormonaux complexes.
Leur variation peut donc perturber ces mécanismes de régulation — indépendamment de toute habitude alimentaire antérieure (16).
EN RESUME : les œstrogènes ne jouent pas un rôle localisé.
Ils jouent un rôle de régulation dans presque chaque système de votre corps.
C'est précisément parce que leur action est aussi étendue que leur suppression, même délibérée et médicalement justifiée, peut entraîner des répercussions sur l'organisme — variables d'une femme à l'autre.
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3. OÙ CES HORMONES SONT-ELLES FABRIQUÉES ?
C'est là que beaucoup de femmes sont surprises — et que le traitement devient plus compréhensible.
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➡️ Avant la ménopause :
La source principale de production des œstrogènes, ce sont les ovaires.
Leur activité est pilotée par le cerveau — plus précisément par l'hypophyse — via deux messagers chimiques appelés gonadotrophines : la FSH (hormone folliculo-stimulante) et la LH (hormone lutéinisante).
C'est ce circuit cerveau → hypophyse → ovaires qui régule le cycle menstruel et la production hormonale (2)(5).
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➡️ Après la ménopause (ou après l'ablation des ovaires) :
Les ovaires ne fonctionnent plus — mais votre corps ne cesse pas pour autant de fabriquer des œstrogènes.
Mais il continue à en produire, en quantité moindre, dans d'autres tissus :
le tissu adipeux (la graisse),
la peau,
le foie,
les glandes surrénales (5)(17),
grâce à une enzyme appelée aromatase, présente dans ces tissus, qui transforme des hormones dites "mâles" (androgènes), produites par les glandes surrénales en œstrogènes, dans un processus appelé aromatisation (17)(18).
C'est pourquoi, même après la ménopause, une production résiduelle d'œstrogènes persiste.
Et c'est précisément cette production résiduelle que certains traitements visent à bloquer.
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4. QUEL TRAITEMENT SELON VOTRE PROFIL ?
Il n'y a pas une hormonothérapie — il y en a plusieurs, avec des mécanismes d'action différents, et la prescription dépend de votre situation hormonale au moment du diagnostic (2).
Donc, les indications ci-dessous sont données à titre général : seul votre oncologue peut vous prescrire le traitement qui VOUS conviendra le mieux.
➡️ Vous n'êtes pas ménopausée
▸ Analogues de la LH-RH (ex : Goséréline, Leuproréline)
Ces médicaments agissent au niveau du cerveau.
En saturant en permanence les récepteurs de l'hypophyse, ils interrompent le circuit de commande cerveau → ovaires.
Résultat : les ovaires ne reçoivent plus l'ordre de produire des œstrogènes — provoquant une ménopause artificielle temporaire, réversible à l'arrêt du traitement.
Mode d'administration : injection sous-cutanée ou intramusculaire, toutes les 4 semaines (ou toutes les 12 semaines selon le dosage) (2).
▸ Tamoxifène (famille des SERM — modulateurs sélectifs des récepteurs aux œstrogènes)
Le tamoxifène n'empêche pas la production des œstrogènes.
Il se fixe sur les récepteurs aux œstrogènes présents sur les cellules cancéreuses — comme un bouchon dans une serrure — empêchant les œstrogènes naturels de s'y fixer et de déclencher la prolifération cellulaire.
Son action est sélective : il bloque les récepteurs dans certains tissus (sein, cellules cancéreuses) tout en les activant dans d'autres (os, foie).
Mode d'administration : comprimé oral, pris quotidiennement à heure fixe (2).
➡️ Vous êtes ménopausée (ou en ménopause induite) :
▸ Inhibiteurs de l'aromatase (Létrozole, Anastrozole, Exémestane...)
Puisque les ovaires ne fonctionnent plus, ces médicaments ciblent la production résiduelle d'œstrogènes dans les tissus périphériques.
Ils bloquent l'enzyme aromatase dans le tissu adipeux, la peau et le foie — interrompant l'aromatisation et supprimant ainsi jusqu'au dernier résidu de production œstrogénique dans l'organisme.
Mode d'administration : comprimé oral, pris quotidiennement à heure fixe (2).
Ces traitements agissent donc à des niveaux biologiques différents — cerveau, récepteurs cellulaires, enzyme de conversion — selon votre profil hormonal.
Mais ils ont un point commun : ils réduisent massivement — et délibérément — les œstrogènes circulants dans l'organisme.
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5. CE QUE CELA SIGNIFIE CONCRÈTEMENT
Vous avez lu les rôles des œstrogènes dans la Section 2.
Vous comprenez donc ce qui se passe, à des degrés divers, lorsqu'on les supprime.
Les organes concernés par cet arrêt sont :
❌ Le squelette.
❌ Le système cardiovasculaire.
❌ Le cerveau.
❌ La peau et les muqueuses.
❌ Les muscles.
❌ Le métabolisme.
❌ Le système immunitaire.
❌ Les signaux de satiété (16).
Ces répercussions se manifestent de manière très variable d'une femme à l'autre.
Beaucoup de femmes traversent leur hormonothérapie sans perturbation majeure — et c'est une réalité qu'il est important de rappeler.
Mais pour celles qui souffrent d'effets secondaires, savoir pourquoi ils apparaissent — comprendre qu'ils ont une cause biologique réelle, documentée, et non "dans la tête" — change profondément la façon dont on les traverse.
Je vous en parlerai en détail dans le prochain article.
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👉 Et vous, a-t-on pris le temps de vous expliquer tout cela avant de commencer votre traitement ?
🌈 Si cet article vous a aidée à mieux comprendre votre traitement, partagez-le à une femme qui en a besoin. 💙
Retrouvez tous les articles de cette série, classés et archivés, dans mon groupe :
Le Cercle des Femmes Phénix — Renaître après le cancer du sein
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📌 Sources officielles :
(1) Gustave Roussy, "L'hormonothérapie a un impact plus important que la chimiothérapie sur la qualité de vie", 2019
(2) INCa, Guide patient "Les traitements des cancers du sein", 2013
(3) Geretto M. (Clue), "Tout sur les œstrogènes : les niveaux au cours du cycle menstruel", 2025
(4) GRIO (Claude Ribot), "Estrogènes et Tissu Osseux", 2009
(5) Barakat R. et al., "Extra-gonadal sites of estrogen biosynthesis and function", BMB Reports, 2016
(6) Dr A. Nagesh (CARE Hospitals), "Rôle des hormones dans la santé cardiaque", 2025
(7) American Heart Association / CARE, "Ménopause et risques cardiaques croissants", 2025
(8) Barakat R. et al., "Impact des œstrogènes sur le cerveau et la neuroprotection", 2016
(9) France Alzheimer, "Œstrogènes et Alzheimer : une étude sur la protection cognitive", 2022
(10) UNIGE / HUG, "Diabète : le rôle protecteur des œstrogènes enfin compris", 2018
(11) JCI Insight / UNIGE, "Effet des œstrogènes sur le métabolisme glycémique", 2018
(12) Sandra Ly, "Peau, ménopause et traitement hormonal", Gynéco Online, 2024
(13) Pellegrino A. et al., "Mechanisms of Estrogen Influence on Skeletal Muscle", Sports Med, 2022
(14) Barakat R. et al., "Estrogens and Inflammation", BMB Reports, 2016
(15) Guery J.C., "Impact des estrogènes sur le système immunitaire", Réalités Cardiologiques, 2012
(16) Barakat R. et al., "Estrogen and Appetite", BMB Reports, 2016
(17) INCa, "Cancer du sein : médicaments utilisés en hormonothérapie", 2020
(18) Yahiaoui S., Thèse inhibiteurs de l'aromatase, Université de Limoges, 2005
-cancer
© Françoise Boutet pour Equilibrance coaching - 15 Mars 2026