27/05/2026
Aujourd’hui, j’ai envie de revenir doucement à ce qui soutient mon travail de psychanalyste rêve-éveillé : le cadre.
Il est là, souvent silencieux, presque en retrait.
Et pourtant, il tient l’espace comme une présence discrète, mais essentielle.
Dans le rêve-éveillé, les images viennent librement.
Elles surgissent, se transforment, se déplacent.
Parfois fluides, parfois denses, parfois déroutantes.
Elles ne cherchent pas à être contrôlées, mais à être accueillies dans un espace suffisamment sûr pour se déployer.
Le cadre est ce qui rend cela possible.
Il offre un lieu où l’imaginaire peut se dire sans être confondu avec la réalité du quotidien,
où les images peuvent suivre leur logique propre,
et où ce qui est caché en soi peut se manifester dans toute sa singularité.
Je le ressens comme une forme d’espace-berceau pour la vie psychique.
Un espace stable, qui permet que quelque chose puisse se rêver, se dire autrement, se transformer.
Et dans cet espace, tous les sentiments qui naissent dans la relation thérapeutique ont toute leur place.
Qu’il s’agisse des attentes, des colères ou des attachements que l'on projette sur le thérapeute, ou de ce que je ressens moi-même en écho à votre histoire.
Ces vécus ne sont pas des dérives du cadre, mais au contraire les mouvements fondamentaux du travail thérapeutique.
C’est précisément parce que le cadre est là, solide et clair, que ces émotions peuvent se déployer, être reconnues et traversées, sans risque de confusion avec le lien réel.
Je constate aussi que ce cadre me permet, à moi, de rester dans une position d’écoute contenante.
Présente à ce qui se joue, y compris en moi, mais sans en faire un lieu de réponse personnelle ou de confidence.
Au service du processus, des images, et de la recherche de leur sens.
Quand le cadre se fait plus flou, même légèrement, quelque chose de la qualité de l’espace peut se modifier.
Les images peuvent se mélanger davantage à la relation directe, ou perdre leur liberté propre.
Et le travail pour mettre des mots et du sens sur sa souffrance peut devenir moins lisible.
Mon intention n’est pas d’occuper une place d’amie, ni d’être une présence disponible en dehors de l’espace de la séance.
Mon intention est de maintenir un cadre qui permette à ces mouvements émotionnels d’être accueillis, à ce que je ressens de servir de boussole, et aux images de continuer leur travail propre.
Je vois ce cadre comme une rive vivante.
Non pas une frontière rigide, mais un bord nécessaire, qui permet à la vie intérieure de circuler sans se perdre.
C’est dans cet espace tenu que les images peuvent parfois transformer ce qu’elles touchent.
À leur rythme.
Dans leur langage.
Et sans cadre… il pourrait y avoir du lien.
Mais il n’y aurait plus ce lieu unique où l'inconscient peut véritablement s'exprimer, se libérer et travailler.