11/12/2025
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On voit fleurir partout des références à La Science. On l’invoque comme si elle devait avoir réponse à tout, en figure d’autorité ultime. On s’y réfugie pour imposer des normes, des réformes, des modèles de prise en charge, au besoin en installant une sorte de dictature chiffrée : ce qui ne se traduit pas en indicateurs, en scores, en preuves quantifiées est discrédité d’emblée. On est alors très loin de ce qu’est réellement le travail scientifique : lent, conflictuel, traversé de biais, de controverses, d’essais et d’erreurs.
Entre une science vivante, qui doute et se corrige, et La Science brandie comme vérité absolue, il y a un troisième étage : tous ceux qui se servent du mot “science” comme d’un label marketing. On surfe sur l’imaginaire des “outils psy” miracles, des psychothérapies rapides, des protocoles clé en main qui promettent de “guérir en quelques séances”. On vend des recettes, des promesses de changement express, en faisant trop souvent l’économie de ce qui fait la substance même du travail psychique : le temps, la conflictualité, la perlaboration, ce patient travail d’élaboration où le sujet se confronte à ce qui lui résiste. C’est l’outil, la méthode, la “boîte à outils scientifique” qui serait censée tout réparer à la place du sujet.
En psychologie, la question devient encore plus délicate quand des recommandations, des protocoles ou des outils sont imposés “au nom de la science” sans que les cliniciens de terrain soient réellement associés. À ce moment-là, on n’est plus dans la science comme ressource pour penser et enrichir la clinique, mais dans La Science comme argument d’autorité, utilisée pour normer les pratiques, réduire l’autonomie clinique et, bien souvent, rentabiliser le soin. La référence scientifique sert alors à justifier des dispositifs standardisés, des évaluations chiffrées, des prises en charge compressées dans le temps, au service de logiques budgétaires autant que thérapeutiques.
Ce que j’essaie de défendre n’est ni un rejet de la recherche, ni une idéalisation d’une psychologie “pure” qui se passerait de tout dialogue avec les autres sciences. Il s’agit plutôt de garder un regard critique sur la manière dont “la science” est invoquée, récupérée, fétichisée. Une science vivante ouvre la possibilité de penser et de discuter, et elle est là pour donner davantage d’autonomie aux praticiens comme aux patients. Une science transformée en religion idéalisée, sanctifiée, ou en simple argument de vente – avec, en arrière-plan, des objectifs de rentabilisation du soin – finit au contraire par appauvrir la pensée et le travail clinique, là où elle devrait les enrichir.