23/12/2025
Il existe une dérive parfaitement acceptée dans le monde équestre.
Une dérive douce et feutrée...qui sent le cuir neuf, le spray lustrant et la résine de pin synthétique.
Une dérive si bien installée qu’on ne la voit même plus. Comme la poussière sur le tableau de bord de ta voiture.
Et vous allez voir que ça va très vite ...
J’appelle ça : le culte du cheval-objet.
( Comprenez : Objet de consommation )
Le cheval-objet, c’est celui qu’on enferme pour son bien.
Parce que dehors, il pourrait glisser et qu'avec des copains, il pourrait jouer.
Et jouer, c’est dangereux.
(Vivre aussi, d’ailleurs.)
Alors on l’isole : box individuel ou paddock individuel, ( c'est pareil pour moi ) sans congénère, sans vie sociale.
Mais propre, sec, disponible.
Et surtout pratique : on le retrouve exactement là où on l’a laissé la veille : Stratégiquement situé à égale distance entre le parking et la sellerie..
Le cheval-objet, c’est aussi celui qui sent bon.
Poil brillant, crinière brossée , prêt pour une pub de spray lustrant , lui qui n’a pas connu une roulade dans la boue depuis ce fameux concours sous la pluie que l’on évoque encore avec un léger tremblement dans la voix.
Il a aussi un casier qui ressemble plus au vanity d'Eva longoria qu’à une boîte de pansage.
Mais sans foin à volonté.
Parce que “ça le rend chaud ,ça lui gonfle le ventre et trois repas par jour, c’est déjà pas mal".
Le poil brille , le ventre gargouille.
Mais sur Instagram, ça passe crème.
Le cheval-objet, c’est aussi celui qu’on change quand il ne convient plus.
Avant, on disait de lui que c'était le cheval d’une vie.
Aujourd’hui, c'est devenu « compliqué ».
Il est trop sensible, trop froid, trop chaud… surtout a partir de 15 ans , étrangement.
Alors on le met en vente.
Toujours “à contrecœur”, évidemment et pour une “maison 5 étoiles” que personne n’a jamais visitée mais qui donne l'illusion qu'il s'agit d'un acte responsable.
Un chien revendu, c’est un abandon.
Un cheval revendu, c’est un nouveau projet de vie.
Miracle de la sémantique..
( Évidemment je ne parle pas de la vente contrainte qu’on s'impose quand on n’a plus les moyens ou qu’on ne peut plus s’en occuper pour diverses raisons ).
Et puis le cheval-objet peut aussi s’offrir en cadeau.
Comme si on offrait un nouveau conjoint à un proche (" mariés au premier regard ").
Un concept surréaliste, quand on y pense.
Parce qu’un cheval, c’est un compagnon de vie doté d’une sensibilité, avec lequel on peut avoir une affinité… ou pas.
Tous les chevaux ne sont pas compatibles avec tous les cavaliers.
Aussi beau, aussi bien mis, aussi performant soit-il.
Mais le cheval-objet, on le choisit comme une voiture. Pour sa race , sa couleur , son style...
Pourquoi pas.
Mais quand l’esthétique passe avant la compréhension du vivant, on n’est plus dans le choix.
On glisse doucement de l’admiration… à la consommation.
Évidemment, je parle ici du cheval de loisirs.
(Et qu’on se le dise une bonne fois pour toute: la compétition club et amateur, ça reste du loisirs hein.)
Chez les pros, au moins, c’est clair.
Le cheval est un outil de travail.
C’est brutal , mais honnête 🤷
Un cheval de loisirs, on lui doit plus. Beaucoup plus.
Pas forcément une pension à vie.
Mais une responsabilité.
S’engager à ne pas le jeter…
heu… le revendre quand il ne servira plus.
S’engager à réfléchir avant d’acheter, à chercher une vraie solution quand il vieillit, fatigue, décline...une fin de parcours digne.
Parce qu’un cheval n’est pas un objet de consommation.
C’est un être vivant doué d'une sensibilité.
Dépendant de nos choix.
Et chaque fois qu’on le traite comme un objet, on passe à côté de l'essentiel.
Les crins de verdure