09/01/2026
LE TUNNEL DE LA FOI
Il existe une traversée dont on parle peu.
Non pas parce qu’elle fait peur,
mais parce qu’elle ne donne rien à montrer.
Ce n’est plus la nuit intérieure ordinaire,
celle où l’on cherche encore un sens, un signe, une consolation.
Ici, même l’idée de sens semble se retirer.
On avance sans lumière.
Sans certitude.
Sans cette chaleur intérieure que l’on appelait autrefois la foi, la confiance ou la présence.
Ce qui trouble le plus, ce n’est pas l’absence de réponses,
c’est l’impression que les questions elles-mêmes se sont tues.
Comme si l’âme marchait dans un couloir étroit,
où rien ne résonne.
Dans ce tunnel, on ne croit plus “comme avant”.
On ne ressent plus.
On ne comprend plus.
Et pourtant… on continue.
Non par enthousiasme.
Non par conviction.
Mais par une fidélité nue, presque mécanique,
qui n’attend aucune récompense.
C’est là que beaucoup se trompent :
ils pensent avoir perdu la foi,
alors qu’ils ont perdu ses images.
Car ce tunnel n’est pas une punition.
Il est une purification radicale.
Tout ce qui reposait sur le sensible, l’émotion, la représentation, se défait.
Il ne reste qu’un acte minuscule :
avancer sans savoir pourquoi,
sans rien ressentir,
sans même être sûr que cela ait encore un sens.
Ésotériquement, c’est l’une des traversées les plus rares.
Parce qu’elle ne flatte rien.
Parce qu’elle ne nourrit aucun ego spirituel.
Parce qu’elle ne permet pas de se dire : “j’ai compris”.
Et pourtant, celui qui traverse ce tunnel sans tricher
découvre, au bout — souvent bien plus t**d —
une forme de confiance nouvelle.
Sans images.
Sans exaltation.
Mais indestructible.
Si tu es dans ce passage,
ne te juge pas.
Ne te presse pas.
Ne te raconte pas d’histoires.
Continue simplement à marcher.
Même sans lumière.
Même sans voix intérieure.
Car parfois, la foi la plus profonde
n’est pas celle qui voit,
mais celle qui avance
alors qu’elle ne voit plus rien.