21/01/2026
Une génération d'esclaves
Faut-il encore épiloguer sur l'usage du mobile et des réseaux sociaux ? Oui et c'est moche !
Pardon pour cette accroche, je suis allé à bonne école -> Linkedin. Et voilà que ce cher algo me propose - sans m'avoir consulté - un texte sur l'école justement ! Où Marion BABIN intervient dans des ateliers auprès de 100 élèves de collège.
Ce qu'elle a découvert va vous étonner. Sans, hélas, vous surprendre.
"Les données de leur smartphone indiquent pour plusieurs d’entre eux :
- plus de 15 heures d’utilisation une journée sans cours
- jusqu’à 9-10 heures les jours de collège.
Au menu, TikTok, Instagram, Snapchat, Netflix…"
15 heures d'une journée sans école. 10 heures avec école. Autant dire que ces élèves restent sur leur mobile pendant TOUTES leurs heures disponibles.
En tant que designer, je râle souvent sur la contrainte - oui la contrainte - de ce !@€ #^$! écran de mobile. Pourtant, hors de question en 2026 d'oublier ce format pour une appli ou un site. C'est 60% du trafic mondial...
Et ça me mets en colère, vraiment, souvent, toujours.
Quand on pense mobile-first, on sait devoir évacuer 90% de solutions / options / idées. L'écran d'un mobile est petit, nos doigts sont gros et nos yeux sont limités. Il n'y a aucun espace. Et quand dans le brief on parle d'un logo "plus gros encore !", un menu à 12 entrées, de blocs texte, de belles images et des espaces pub. Sans oublier divers popups, cookies, etc.
Si on ajoute les schémas normatifs habituels...
Résumons ça au degré zéro de liberté. Tout ou presque est verrouillé.
Tout ça pour dire que nos écoliers passent leur vie - oui leur vie - en spectateur sur du moche rapide et sans espace. Un "lieu mental" étouffant et étriqué. Un tout petit spectacle permanent.
Les écrans PC ou MAC sont de plus en plus confortables. Leur OS font tourner des programmes incroyables pour concevoir, créer, peindre, refaire le monde. Car ces machines sont faites pour ça, refaire le monde.
À l'inverse, le mobile est en train de bâtir une génération de spectateurs, de con-sommateurs, passifs, immobiles, la bave aux lèvres, observateurs d'un monde sur lequel ils n'ont aucune prise, plus aucune influence. Sauf lâcher un like.
15 heures par jour n'est pas une petite détente passagère. C'est un entrainement intensif et prolongé à un mode de vie. Nous élevons, at scale, une génération d'esclaves.
Source : Laurent Vaissade - Designer | LinkedIn