07/05/2026
Le 07 05 26
"Il ne se force pas" : Lino boit deux litres d'eau par jour Ă seulement deux ans, une maladie qui bouleverse la famille
Lino boit déjà deux litres d'eau par jour à seulement deux ans, atteint d'une maladie rare. ⹠© Claire Molteno
à deux mois et demi, Lino est diagnostiqué avec le diabÚte insipide néphrogénique. Une maladie génétique rare, qui touche 400 cas en France, dont sa famille apprend à apprivoiser le quotidien. Ils veulent aider la recherche en levant des fonds.
Lino a deux mois et demi quand le verdict tombe en aoĂ»t 2024. Sa maman lâemmĂšne aux urgences, de façons rĂ©pĂ©tĂ©es, pour des fiĂšvres inexpliquĂ©es. Si une prise de sang rĂ©vĂšle un taux de dĂ©shydration alarmant, cliniquement, tout va bien. AprĂšs des examens plus poussĂ©s et un test gĂ©nĂ©tique, le diagnostic est sans appel. DiabĂšte insipide nĂ©phrogĂ©nique. Une maladie si rare que les urgentistes eux-mĂȘmes avouent ne pas la connaĂźtre. Pas de quoi rassurer Claire, la maman. TransfĂ©rĂ©e en nĂ©phrologie, la famille marseillaise rencontre enfin des spĂ©cialistes. "Ăa nous a rassurĂ©s parce qu'on a compris que sa vie n'Ă©tait pas en danger. On s'en occupe et on va de l'avant."
400 personnes touchées en France
Cette maladie, vous nâen avez peut-ĂȘtre jamais entendu parler. Pour cause, seulement 400 personnes sont touchĂ©es en France. Il sâagit dâune maladie gĂ©nĂ©tique rare dans laquelle les reins sont incapables de concentrer les urines. En clair, ça se traduit par une soif intense et permanente et des urines trĂšs abondantes. Le risque majeur est la dĂ©shydratation, qui peut survenir en quelques heures et nĂ©cessite une hospitalisation. A deux ans, Lino boit dĂ©jĂ deux litres dâeau par jour. Et ce, malgrĂ© la prise dâun mĂ©dicament. "C'est un besoin physiologique rĂ©el, il ressent vraiment cette soif, il ne se force pas", prĂ©cise sa maman. Adulte, il pourrait boire jusquâĂ 15 litres.
La nuit, Lino est branchĂ© Ă une gastrostomie pour ĂȘtre hydratĂ© en continu. Avant ses sept mois, câest une sonde nasogastrique qui remplissait ce rĂŽle. "Aucune couche ne tient toute une nuit. On le change au milieu de la nuit, mais bien souvent le matin, il est quand mĂȘme trempĂ©", explique Claire. Mais son hydratation nâest pas la seule Ă ĂȘtre contrĂŽlĂ©e. Son alimentation est aussi trĂšs stricte, puisquâil a un rĂ©gime sans sel.
"Comment les autres enfants vont réagir ?"
Si pour lâinstant sa maman, qui a arrĂȘtĂ© de travailler pour sâoccuper de son fils, gĂšre bien le quotidien, lâavenir la prĂ©occupe. Et la premiĂšre apprĂ©hension, câest la vie en collectivitĂ©, le dĂ©but de lâĂ©cole. "Ce qui nous inquiĂšte, câest surtout comment les autres enfants vont rĂ©agir ? Lui, il le vit bien, mais comment ça se passera ?" Avec lâĂ©cole, son lot de maladie. Et lĂ encore, la peur. Claire redoute le contact avec toutes ces maladies infantiles. Car pour Lino, il suffit de quelques heures pour ĂȘtre dĂ©shydratĂ©. "DĂšs quâil tombe malade, quâil a de la fiĂšvre ou une gastro⊠Câest direction les urgences", souligne la maman, qui se prĂ©pare Ă des hospitalisations plus rĂ©guliĂšres.
Cette maladie touche principalement les garçons et les filles peuvent ĂȘtre porteuses du gĂšne mutĂ©, sans dĂ©velopper la maladie. Câest le cas de Claire, qui lâa transmis Ă son fils. Lorsquâelle a appris quâelle Ă©tait porteuse, deux sentiments la traversent. "Je me sentais quand mĂȘme coupable de lui avoir transmis une maladie sachant que pour sa vie future ça aura forcĂ©ment un impact sa dĂ©cision potentielle dâavoir des enfants", prĂ©cise-t-elle. Dâun autre cĂŽtĂ©, elle se raisonnait en se disant quâelle nâĂ©tait pas au courant. Si elle a cette rĂ©flexion, câest parce quâelle-mĂȘme a revu ses projets. "Nous avons toujours voulu avoir un deuxiĂšme enfant mais nous avons renoncĂ© car le risque de transmission est trop grand", confie-t-elle.
"Jâai beaucoup souffert moralement pour mon petit-fils"
Mais tout cela nâa pas Ă©tĂ© dur que pour les parents. Pour JoĂ«lle, sa grand-mĂšre, voir Lino Ă lâhĂŽpital, entourĂ© de tuyaux, a Ă©tĂ© un choc. "Jâai beaucoup souffert moralement pour mon petit-fils. Je me suis dit quâil fallait faire quelque chose. Alors je me suis lancĂ©e." En janvier dernier, elle crĂ©e lâassociation Les pâtits reins, pour faire connaĂźtre cette maladie et faire avancer la recherche. Dans les Bouches-du-RhĂŽne, Lino est le seul Ă ĂȘtre porteur de cette maladie. Une raretĂ© qui explique le peu de recherches menĂ©es sur le sujet. Et le cĆur de Claire bascule face Ă cela. "Ils ne sont que 400, alors forcĂ©ment, ce n'est pas la maladie prioritaire pour un traitement. En tant que maman, j'ai du mal Ă le comprendre et mon cĆur me dit quâil faudrait quâil y en ait pour tout le monde. Mais en tant que personne dans la sociĂ©tĂ©, je comprends quâon mette les moyens dans une maladie beaucoup plus grave, avec de nombreuses personnes touchĂ©es."
Si pour lâheure il nâexiste pas de traitement et que la maladie est incurable, JoĂ«lle pense aux autres. "Pour lui, Ă mon avis, ça sera trop t**d. Mais peut-ĂȘtre que si on arrive Ă avancer, ça pourra aider d'autres enfants." Pour lever des fonds, la grand-mĂšre, la maman de Lino et la belle-famille se sont unies au sein de l'association. Elles vendent des bonbons et des sucettes dans les boulangeries et commerces locaux. Une dĂ©marche qui surprend parfois. "Des gens nous disent : vous vendez du sucrĂ© alors qu'il est diabĂ©tique ? Mais ça n'a rien Ă voir. Son problĂšme, c'est le sel, pas le sucre." Un malentendu qui illustre, Ă lui seul, la mĂ©connaissance qui entoure cette maladie.