12/01/2026
Dans son livre "Les deux royaumes" (passionnant au demeurant), Eric-Emmanuel Schmitt nous livre sa vision de l'hypnose.
En voici quelques extraits, qui expliquent avec clarté et simplicité, l'outil d'accompagnement qu'il est (bien loin de l'outil-spectacle, impressionnant mais souvent bien futile, une poudre jetée aux yeux de sa profonde efficacité thérapeutique).
“ Tout autant qu’une technique, l’hypnose constitue une énigme. Elle fait surgir, sous le vernis de notre souveraineté apparente, une vérité moins flatteuse : l’homme n’est pas toujours maître chez lui.
Que dis-je, il l’est rarement ! Il lui arrive d'accomplir des gestes et de ne pas s'en souvenir, de ressentir ce qu'il n'a jamais vécu, de chanceler alors que sa conscience ne s'éteint pas tout à fait et parfois d'entendre en lui une voix étrangère. Là, dans ce vacillement même, l'hypnose prend naissance. Elle met à mal l'idéal de maîtrise, motif pour lequel elle a souvent dérangé.
--- En grèce, on s'y adonnait avec ferveur. On s'allongeait sous les colonnes des temples pour rêver sa guérison. A Epidaure, les fidèles d'Asclépios s'abandonnaient au sommeil sacré en espérant qu'un dieu viendrait, au coeur de l'obscurité, souffler une prescription, cautériser une plaie, indiquer un remède. L'organisme s'apaisait quand l'esprit lâchait prise. L'hypnose, pas encore nommée, dessinait un lien inédit entre la chair et la parole, entre la nuit du corps et la lumière du langage.
--- Au XVIIIème siècle, Franz-Anton Mesmer, un Badois étrange, évoqua l'existence de "fluides", de passes "magnétiques". On se tenait la main autour d'un baquet, on fermait les yeux, et l'on tombait dans une torpeur bienheureuse. Certains criaient au charlatan ; d'autres se sentaient guéris. L'hypnose devint un spectacle, également une question : existe-t-il une substance invisible qui relie les vivants ?
La réponse importait peu ; ce qui fascinait, c'était l'idée d'une connexion souterraine, d'une communication silencieuse entre les êtres. On touchait peut-être l'ordre caché, que l'intellect ne peut saisir, tandis que le corps, lui, l'éprouve. N'est-ce pas une bien belle théorie, que la raison seule rejetait, mais que l'imagination accueillait avec ravissement ?
--- Au XIXème siècle, le mot "hypnose" entra dans les livres de médecine. Charcot, Bernheim, Freud l'étudièrent. L'un voyait en elle un trouble nerveux, l'autre une clé thérapeutique, Freud, surtout, l'explora, l'aima, puis la délaissa - cependant elle l'avait déjà conduit à la porte de l'inconscient. Selon lui, le moi ne se limite pas à un bloc unique, il est traversé par des voix, des tensions, des oublis féconds. L'hypnose offre un miroir paradoxal : en perdant conscience, on découvre ce que l'on ignorait de soi-même.
--- Un psychiatre américain aux manières douces, au regard tranquille, Milton Erickson, donna à l'hypnose son vrai visage au XXè siècle : celui de la non contrainte, mais de l'écoute profonde, de la parole qui glisse sous les résistances, comme une eau tiède dans une terre sèche. Chez lui, on ne dormait pas, on s'éveillait autrement. L'hypnose n'était plus une domination, plutôt un accompagnement. Le praticien n'imposait rien, il suggérait, orientait, invitait. On passa d'une hypnose d'extériorité à une hypnose de coopération, respectueuse de l'autonomie intérieure.
L’histoire de l’hypnose m’a enseigné que l’homme n’est pas un être de pure clarté. Une part de lui échappe au langage, au contrôle, à la lucidité. L’hypnose propose l’art d’y entrer sans bruit. Néanmoins, cette part obscure ne se réduit pas à un gouffre : elle forme une ressource, un lieu de guérison, de mémoire, de transformation. ”
Hypnothérapeute Magnétiseur Vincent Avenel
65 avenue de la Verrerie à Fougères
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