10/01/2026
Il est rentré seul.
La laisse était encore dans sa main, mais elle ne tirait plus. La maison l’a accueilli dans un silence brutal, presque irréel. Plus de pas pressés sur le carrelage. Plus de museau levé à l’ouverture de la porte. Juste ce vide, immense, qui s’installe sans demander la permission.
Le vétérinaire avait été doux. Les mots avaient été justes. On lui avait dit qu’il avait pris la bonne décision. Mais une fois la porte refermée derrière lui, il n’y avait plus que cette question qui martelait son esprit : et si j’avais attendu encore un peu ?
Il a posé les clés, lentement. Son regard s’est accroché au panier, aux jouets, à cette gamelle encore propre. Chaque objet semblait demander des comptes. La culpabilité s’est glissée partout, silencieuse, lourde. Avoir choisi la fin, même par amour, laisse une blessure que rien ne panse vraiment.
Il s’est assis là où son chien aimait dormir. Il a pleuré sans bruit, avec cette honte étrange que ressentent ceux dont le chagrin n’est pas toujours compris. Parce que pour lui, ce n’était pas « juste un chien ». C’était une présence. Un repère. Une part de lui-même.
Et pourtant, au fond de cette douleur, une vérité résistait encore : il n’avait pas choisi de perdre son chien. Il avait choisi d’arrêter sa souffrance. Il avait accepté de porter la douleur à sa place.
Ce soir-là, le maître est rentré sans son chien.
Mais il est rentré avec un amour intact, et un cœur plus lourd que jamais.