31/01/2026
C'est mon endroit préféré, près de la maison. Le sanctuaire des animaux. L'hiver, je leur laisse entièrement. Avec la nourriture qui se fait rare, la chasse et le froid, j'estime qu'ils doivent pouvoir arpenter cette corne d'abondance sans être importunés par mon odeur. Aujourd'hui, j'ai fait exception à cette règle. Trop triste, trop en colère, trop sombre. Les excuses, ça se trouve facilement. J'avais besoin d'être tirée vers le haut, de sortir la tête de l'eau, qu'on m'attrape par le col et qu'on me remonte à la surface. Prendre une grande bouffée d'air qui glace les poumons. J'avais besoin des empreintes fraîchement marquées dans la boue, des coulées franches sur la prairie. Des écorces meurtries par les bois et des branches cassées sur les chemins. J'avais besoin du silence glacé du ciel. De voir les herbes couchées par les corps sur les buissons enfouis dans l'obscurité, de les imaginer s'endormir là, serrés les uns contre les autres, et leurs souffles chauds devenir brouillard. J'avais besoin de la seule absence qui est présence et qui, elle, n'a besoin de rien.