28/05/2026
"Il y a une histoire que vous avez peut-être lue et qui parle de ce que nous appelons le paradis et l'enfer, la vie et la mort, le bon et le mauvais.
Ça raconte en quoi ces choses n'existent pas sinon en tant que pure création de notre propre esprit.
C'est l'histoire de ce grand costaud de samouraï qui vient voir un sage et lui demande : "Parlez-moi de la nature du paradis et de l'enfer."
Alors le roshi le regarde droit dans les yeux et lui dit: "Pourquoi devrais-je parler à un rustaud débraillé, dégoûtant et misérable comme toi ?"
Le visage du samouraï tourne au cramoisi, ses cheveux se dressent sur sa tête, mais cela n'arrête pas le roshi, qui continue: "Un misérable ver de terre comme toi, penses-tu que je devrais te dire quoi que ce soit?"
Fou de rage, le samouraï tire son épée et s'apprête à trancher la tête du roshi.
Celui-ci lui dit alors: "C'est cela l'enfer."
Le samouraï, qui est en fait un homme sensible, comprend immédiatement qu'il vient de créer son propre enfer, qu'il était au plus profond de l'enfer. C'était noir et brûlant, rempli de haine, de désir de se protéger, de colère et de ressentiment, au point qu'il en était prêt à tuer le roshi.
Des larmes emplissent ses yeux, il se met à pleurer, il joint les paumes de ses mains et le sage lui dit : "C'est cela le paradis."
Il n'existe ni enfer ni paradis en dehors de la façon dont nous entrons en rapport avec notre monde. résistance à la vie.
Quand nous voulons dire "non" à la situation dans laquelle nous sommes, c'est parfait de dire "non"; mais quand nous en faisons tout un plat au point d'être prêt à dégainer notre épée pour trancher la tête de quelqu'un, cette sorte de résistance à la vie, c'est l'enfer.
À noter que notre approche de la pratique ne nous amène à déclarer : "L'enfer est mauvais et le paradis est bon" ou bien : "Débarrassons-nous de l'enfer et recherchons seulement le paradis; nous nous employons, au contraire, à faire naître un cœur et un esprit ouverts au paradis, à l'enfer et à toute chose.
Pourquoi ? Parce que c'est la seule manière de nous rendre compte que, quoi qu'il arrive, nous sommes toujours debout au centre du monde, au milieu de l'espace sacré, et que tout ce qui entre dans ce cercle et y existe avec nous est là pour nous apprendre ce que nous avons besoin de savoir.
Notre travail dans la vie est de nous éveiller, de laisser les choses qui entrent dans le cercle nous éveiller plutôt que nous endormir.
Le seul moyen d'y arriver est de s'ouvrir, d'être curieux et de développer une sorte de sentiment de sympathie envers tout ce qui arrive, pour pouvoir en connaître la nature et en tirer un enseignement."
Pema Chödrön.
Entrer en amitié avec soi-même.