11/05/2026
Radio Activité sur un site de Chef de Baie à La Rochelle.
Le contexte : une usine, 80 ans de déchets
L’usine de Chef de Baie, c’est d’abord Rhône-Poulenc, puis Rhodia, aujourd’hui Solvay. Elle traite des terres rares depuis des décennies, en utilisant longtemps de la monazite comme matière première, un minerai naturellement radioactif.
Ce procédé génère deux types de résidus : les Résidus Radifères (RRA) et les Résidus Solides Banalisés (RSB).
Le problème concret : de 1947 à 1985, les déchets de traitement étaient rejetés directement en mer.
À partir de 1985, une partie des déchets solides a été évacuée vers des sites nucléaires, mais certains effluents liquides ont continué à être déversés via un émissaire de rejet.
Ce que les mesures révèlent aujourd’hui
La CRIIRAD (l’association indépendante de surveillance radiologique) a mesuré des niveaux alarmants sur un terrain de Chef de Baie.
Le terrain, issu du comblement d’une zone humide avec des vases de dragage, est répertorié “Zone de stockage de substances naturelles radioactives” dans le PLU de La Rochelle. Les sondages révèlent des remblais uranifères et thorifères avec une activité totale supérieure à 100 000 Bq/kg et même 300 000 Bq/kg.
Pour donner un ordre de grandeur : ces niveaux sont comparables à des déchets radioactifs de type TFA VL voire FA VL, qui nécessitent normalement une filière d’élimination spécifique.
Et ce n’est pas qu’un problème de sol. La CRIIRAD a mesuré 139 000 Bq/m³ de radon 222 dans l’air d’un des trous de sondage. Le radon est un gaz radioactif qui s’infiltre dans les bâtiments et les poumons.
Le risque santé réel
Deux expositions combinées posent problème : le rayonnement gamma externe et l’inhalation/ingestion de radionucléides (uranium, thorium, radon).
Certains des radionucléides présents présentent une très forte radiotoxicité par ingestion et par inhalation, et produisent en permanence des gaz radioactifs.
Le lien avec les cancers locaux n’est pas démontré causalement, mais la corrélation est là : les activités de l’usine pourraient avoir contribué à la surincidence des cancers du poumon qui touche un secteur comprenant les quartiers de La Pallice, Chef-de-Baie et Port-Neuf.
Ce qui choque dans ce dossier
La CRIIRAD avait déjà mis en évidence une radioactivité anormalement élevée sur la plage de Port Neuf à la fin des années 80. On a donc des alertes qui datent de près de 40 ans. Et les remblais radioactifs, eux, ont continué à servir de terrain.
L’inventaire actuel du site Solvay recense environ 6 200 tonnes de thorium et 21 700 tonnes d’hydroxydes stockés sur place.
Ce dossier est en cours d’instruction.
La CRIIRAD a publié son rapport le plus récent en avril 2026. On est clairement dans un cas où la contamination est documentée, les risques identifiés, mais la gestion du passif industriel reste entière.