11/12/2025
La blessure de la séparation et la naissance du “Je”
Il y a un moment que personne ne se rappelle consciemment, mais qui marque tous les êtres humains :
Quand nous étions fœtus, il n’y avait pas de dehors.
Pas d'autre. Pas de frontières.
Finalement, nous étions le monde.
Le rythme du cœur maternel, les flux, les battements, les sensations..tout était nous.
Aucun “toi”. Uniquement un “je-nous”.
Puis, à un moment, quelque chose se brise.
On découvre que ce monde n’est pas nous.
Qu’il existe hors de nous, qu’il nous échappe, qu’il ne répond pas à nos besoins comme nous l’exigeons.
La fusion se fissure.
C’est un choc existentiel :
“Je ne suis pas le monde. Je n’ai pas de pouvoir sur lui.”
Cette prise de conscience est douloureuse.
Elle est la première perte, le premier deuil : celui de l’illusion d’omnipotence, celui de la fusion originelle.
Mais c’est aussi la première naissance :
La naissance du Je.
Ce n’est qu’en me découvrant séparé
que je peux me rencontrer.
Ce n’est qu’en sachant que tu n’es pas moi, que je peux te voir comme un autre.
Parce que si je suis toi, je ne peux pas être avec toi.
Je suis dissous en toi.
Il n’y a pas de rencontre véritable dans la fusion, il n’y a qu’un mélange sans regard.
Le paradoxe est là :
➡️ La relation n’est possible que parce qu’il y a séparation.
➡️ Je ne peux être avec toi que si je sais que je ne suis pas toi.
Alors oui, il y a une douleur à devenir un être distinct, à sentir l’absence de contrôle, à accepter la solitude ontologique.
Mais c’est aussi ce qui rend possible la rencontre, l’altérité, l’amour.
La séparation n’est pas la fin du lien, elle est sa condition.
Ce n’est qu’en cessant d’être confondu avec l’autre que je peux vraiment le choisir.
Ce n’est qu’en sachant que je suis seul que je peux authentiquement dire : “Je veux être avec toi.”